M. DE SACY ET M. LE PASTEUR
« que celui qui les a écrites n'avait pas un pro- « fond amour de la justice dans le cœur? et que « de fautes n'efface pas un pareil testament ! »
C'est complet. Il faut se borner à signaler l'odieux de cette plaisanterie ; elle ne vaut pas d'être réfutée. C'est le trait de M. de Sacy qui mérite d'être signalé ; et « la liaison d'idées » que lui permettent ses plus belles protestations de foi et de respect à l'Eglise l'empêche de vouloir jamais y être pris au mot.
La lettre de Voltaire, que M. de Sacy met si incongrûment et si impertinemment en comparaison de l'épître de saint Paul, a-t-elle une signification quelconque? Est- elle la dernière de Voltaire? Un ami de M. de Sacv, M. Saint-Marc Girardin, citait, de son côté, la dernière lettre de Voltaire. Elle a été écrite au médecin Tronchin, sur le revers d'une carte à îouer :
< Non in solo pane mvit homo^ sed in omni verio € quod orituT ex ore Tronchin. V. d
Cette pantalonnade est de deux jours avant la mort du personnage. C'est bien sa dernière épître. Quand M. de Sacy dit que peu de minutes après la lettre à Lally-ToUendal, Voltaire était mort, M. de Sacy parle oratorio modo. Malgré la discrétion et le bon sens dont il se pique, il accommode
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les choses grossièrement, et se montre plus amoureux de l'effet que de la vérité et de la délicatesse. Les dernières minutes de Voltaire ont été épouvantables. C'est un mensonge de les donner comme paisibles et vouées à l'amour de la justice; c'est un mensonge flagrant!
Si on veut rejeter le témoignage de Eicbelieu et celui du médecin protestant Tronchin sur les terreurs et les dégoûtantes abominations de ces dernières minutes de l'existence du philosophe, peut-on réfuter les assertions du neveu Mignot ou celles du curé de Saint-Sulpice et de l'abbé Gaultier ?
Trois heures avant sa mort, celui dont M. à% Sacy n'ose « faire un élu 2> avait perdu le sens ou, par une infâme comédie, feignait de l'avoir perdu afin déjouer les prêtres qu'il avait attirés auprès de lui. A quoi servent à M. de Sacy son esprit, son tact, la familiarité dont il se targue avec la chaire chrétienne et la profession de respect qu'il affecte envers l'Église, si cette mort de Voltaire ne le fait pas frémir, et s'il se permet, lui aussi, de jouer la comédie sur des questions aussi sô» rieuses? Le bel esprit doit-il primer la conscience î
Dans la sincérité de M. de Sacy, dans sa sincérité du meilleur aloi, dans celle dont il se pare