‹ De la Révolution françaiseChapitre 50 sur 54 · CHAPITRE XXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVII

BUONÀPARTE.

Le plus jeune et le plus fameux neanmoins des généraux de la révolution, établit un des-* potisme pur, éteignit l’illustre branche des Condés , par l’assassinat du duc d’Enghien , entreprit la conquête de l’Europe; et, après plus de dix ans de succès, perdit dans les glaces de la Russie la plus belle armée et la plus étonnante fortune. Seize mois après , il fut réduit £ capituler, et relégué à l’ile d’Elbe. Il s’en échappa , se saisit de nouveau de la

France, succomba sans gloire à VFaterloo,

et termina obscurément une éclatante destinée dans l’île de Sainte-Hélène , où il fut mieux gardé que dans sa première prison de l’îlc d’Elbe. On assure que, d’après des calculs dont les éiémens ont été pris dans le Moniteur , outre la perte des conquêtes faites avant lui sur l’Europe , et celle de cinq places qui nous appartenoient avant la révolution, il a coûté' a la France quatre millions d’hommes et qua-

torze milliards en argent. C’est de ce prix que nous avons payé la très-grande place qu’il tient* dans l’histoire volumineuse de nos victoires éternelles, et de nos conquêtes éphémères. Et néanmoins tant de sang répandu, tant d’or prodigué ne sont pas les plus grands des maux qu’ait causés ce torrent dévastateur.

Les saturnales de la fortune, ouvertes avec la révolution , avoient bouleversé tous les rangs , déplacé une très-grande partie des propriétés. Les plus adroits , les plus audacieux et les plus scélérats s’étoient emparés de tout. Après avoir écrasé les gens de bien, Buonaparte , il lui faut rendre cette justice , respecta la propriété , répara en partie les atteintes que lui avoit portées la révolution , montra de la tolérance , ne persécuta point ceux qui renfermèrent dans leur âme l’amour de la légitimité. Il ne répudia pas même la probité : il la rechercha peut-être quelquefois; mais comme cet homme flétrissoit tout ce qu’il touchoit, comme la première condition pour obtenir ses bonnes grâces , étoit d’approuver, de louer son usurpation , ceux qui restoient fidèles au devoir et à l’infortune se défendirent de tout contact avec l’usurpateur.

S’il n’accrut point le désordre qui s’étoit

introduit dans les conditions , il le consacra et le consolida : le crime ou la vertu , tout lui fut indifférent. On voyoit des régicides dans les premières places de son empire , et même dans ses tribunaux. L’indifférence pour le bien et le mal est peut-être plus funeste que le triomphe du mal , triomphe nécessairement passager.

Il résulta de ce système mortifère qu’on dut croire possible de parvenir à tout sans vertu , sans honneur, sans probité, même sans talens, ou avec des talens très-médiocres ; et les exemples ne manquoient pas pour fortifier

ces espérances,

Il sema un autre germe de Corruption , en allumant dans tous les cœurs qui lui étoient dévoués une soif inextinguible de richesses. Il répandoit l’or avec profusion pour augmenter le nombre de ses partisans. Au retour de ses .campagnes , par malheur si long - temps heureuses, chargé des dépouilles de l’Europe, il les distribuoit à ses affidés. Ils regorgeoient d’opulence , et la nation étoit pauvre. Yoilà ce qui explique leurs regrets : la perte de la main qui donne , quelle qu’elle soit , en excite toujours; témoin Néron.

Ces regrets ont été si vifs, que ceux qui les

éprouvoient n’ont pu avant sa mort se dessaisir de l’espérance de le revoir aux Tuileries. Peu de mois s’écouloient sans qu’il circulât quelque bruit de son évasion ; et depuis qu’il n’existe plus , ils veulent un autre Buonaparte, ou quelque autre fléau qui leur offre les memes avantages , ou de plus grands.

Lorsqu’il eut enfreint son ban de l’île d’Elbe , les révolutionnaires , ivres de joie , n’en songèrent pas moins à l’avenir. D’ailleurs il étoit à peine à Paris , qu’ils furent informés que l’Europe entière reprenoit les armes pour ressaisir son prisonnier. Quelque illusion que produise l’esprit de parti , ils ne purttfit se dissimuler le danger imminent qui le mena* çoit ; en cbnséquence ils crurent devoir profiler du court intervalle de cette dernière usurpation , pour asseoir, a tout événement,

les bases d’une démagogie. Ils proclamèrent , par l’organe du prétendu conseil d’Etat , la souveraineté du peuple , mère de l’anarchie et du régicide. C’est sur ce fondement que veut bâtir aujourd’hui une secte qui rappelle le souvenir de celle des tard -venus,

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