‹ De la Révolution françaiseChapitre 51 sur 54 · FACTION DES TARD-VENUS · texte numérisé non relu

FACTION DES TARD-VENUS

Le jègne de Jean II , dans le quatorzième siècle, fut, comme on sait , l’un des plus désastrcux de la monarchie française. Ce prince commit des fautes sans doute , mais un historien observe avec justice que l’indocilité de ses sujets ne contribua pas moins que ses imprudences aux calamités qui affligèrent le royaume. A quelques vices de caractère il réunissoit les plus aimables qualités. On connoît cette maxime qu’il se pîaisoit à répéter : « Si la justice et la bonne foi étoient bannies » du reste de la terre , il faudrait du moins » qu’elles se trouvassent dans le cœur des » rois. » Mais telle est l’injustice du vulgaire, qu’il n’impute jamais qu’aux gouvernemens les malheurs qui souvent sont en grande partie l’ouvrage des peuples. Les rois ont toujours tQrt. Charles 1er périt sur ün échafaud. C’est sa faute : pourquoi fit -il la guerre civile ? Louis XYI subit le meme sort : il doit se

l’imputer : que ne repoussoit-il les factieux ? et les sujets rebelles des deux princes n’ont rien eu à se reprocher ; telle est la logique des passions. Mais l’impartialité raisonne autrement ; et considérant que ce sont les princes les plus débonnaires auxquels on arrache la couronne et la vie , on se voit contraint de reconnoître qu’il se trouve dans le cœur de l’homme, du moins à certaines époques, un grand fonds de méchanceté, de corruption et de barbarie. César et Henri IY sont morts assassinés , et Cromwel dans son lit.

Ces douloureuses et involontaires pensées nous mener oient plus loin que nous ne voudrions. Il faut s’arrêter. Sous Jean II, parmi des bandes innombrables de brigands , il y en eut deux connues sous des qualifications singulières ; l’une , sous le nom à' acquéreurs ; l’autre, sous celui de tard - venus ; toutes deux étoient cependant assez bien nommées ; car, quant à la première , c’est , dans la vérité , pour acquérir que les brigands de tous les pays et de tous les âges, sans en excepter les conquérans, se mettent en campagne. 11 n’y avoit pas moins de justesse dans la dénomination que prit la seconde troupe , qui ne vcnoit qu’ après beaucoup d’autres fameuses

sous le nom de compagnies, et qui avoient impitoyablement dévasté le royaume.

Les memes événemens se reproduisent sans cesse sous d’autres noms , et avec quelques variantes. Sous Jean II , la France étoit désolée par les armes ; aujourd’hui c’est par les principes, ou plutôt sous prétexte des principes. Nous avons eu nos compagnies révolutionnaires , c’est à présent le tour des tardvenus. Les premières ont dévoré les biens de la couronne , du clergé, de la noblesse , d’une foule de plébéiens. Ils ont moissonné largement ; mais, dans un territoire aussi fertile que la France , il y a toujours beaucoup a glaner.

Les tard-venus du dix-neuvième siècle , es-

claves volontaires du despote , et qui ne sont pas satisfaits de la part qui leur est échue dans le butin sous l’ère de l’usurpation , veulent aujourd’hui travailler de nouveau la France , comme on l’a fait en 1789. Ils se rallient au cri de liberté : peu importe à ces nouveaux affranchis , pourvu qu’ils parviennent à leur but , sous quelle bannière ils marcheront : despotisme , liberté , tout leur est égal , l’essentiel est de réussir. On s’arrange suivant les circonstances ; on prend l’arme qui se

trouve sous la main : tout instrument est bon^ tout moyen indifférent.

La plaie la plus profonde que la révcflutïonait faite au genre humain , c’est la fortune scandaleuse et l’impunité des brigands qu’c Ho a enrichis. C’est là ce qui grossit la bande des tard -venus. Ils oublient qu’iü très -grand nombre des travailleurs révolutionnaires ont reçu le châtiment de leurs crimes. Ils s’esbhinreift plus adroits, et se flattent d’être plus heureux.

Il y avoit peut-être un moyen^fftcaGe d^étouffer l’esprit de révolte : c’étoit d’arracher aux malfaiteurs le fruit de leurs rapines , d’établir à cet effet des chambres de justice qui eussent fait rendre compte de leur fortune à ceux qui s’étoient gorgés de butin révolutions naire ; c’étoit encore de faire payer , autant' que leurs moyens eussent pu y faire face , l’immense préjudice qu’a causé au trésor public la révolte des cent-jours, par les chefs bien connus qui l’avoient préparée. Cette double opération qui eût pu n’êtrepas sans difficulté, mais que bien des gens eroyoient possible , eût fait rentrer des sommes incalculables dans le trésor royal. Ce remède que les coupables eussent trouvé violent, auroit soulagé l’Etat^ satisfait le peuple , la justice, et servi de pré-

servatif pour l’avenir. On a manqué le moment de l’administrer: on a pu penser qu’il étoit trop dangereux. Quoi qu’il en soit , on ne sauroit. y revenir. Il faut se résoudre à voir les êtres les plus vils posséder d’énormes richesses souvent acquises par les voies les plus criminelles ; malheur qui pèsera long- temps sur la France, et qui en produira d’autres. Toutefois il faut le supporter; c’est une obligation qu’impose le repos public. Il y a longtemps qu’on l’a dit : la prescription est la patronne du genre humain, quoiqu’elle soit en meme temps celle de bien des fripons.

Ceux que les malheurs publics ont enrichis , n’en veulent pas d’autres , du moins pour la plupart : car il en est qu’à force de persévérance et d’impostures on a pu alarmer sur leurs possessions dans lesquelles personne n’a jamais essayé même de les troubler. Mais l’exemple contagieux de leur prospérité a, plus que toute autre chose peut-être , encouragé de nouveaux perturbateurs du repos de l’Univers.

Leurs chefs sont des ambitieux plus habiles que leurs prédécesseurs : ces derniers s’étant montrés à la tête des rebelles, ont presque tous péri violemment; ceux d’aujourd’hui se cachent. On les soupçonne , on va jusqu’à les

nommer ; mais que le soupçon soit fondé ou * téméraire, il ne sera pas facile de les convaincre. Parmi ceux qu’on désigne , il en est d’une si mince valeur, qu’on auroit peine à croire que de tels hommes pussent être dangereux Ils le sont néanmoins.

Les principes révolutionnaires que nous avions portés en même temps que nos armes dans toute l’Europe , les ouvrages séditieux que nous y avions répandus , les germes pestilentiels que nous y avions semés ont donné leurs fruits. Il s’est formé dans F Allemagne une multitude innombrable de sociétés secrètes , foyers ardens de démagogie. En 1819, une circulaire du cabinet de Berlin , adressée à ses ambassadeurs dans les cours de l’Europe , annonça Finimmencc du dapger qui résultait de ces associations. « Elles tendent ,

» y est-il dit, à bouleverser l’Allemagne, à substituer à son état actuel une république » une et indivisible, ou telle autre .chimère » qui ne pouvoit même être tentée que par » des révolutions violentes, et dont le préa- » labié auroit été le renversement de toutes les » dynasties régnantes. Un attentat atroce (i)

(i) L* assassinat de Kotzbuë.

» donna la mesure de l’audace et de la frêne-

» sie du parti révolutionnaire. »

Les novateurs tendoient à faire de toute la jeunesse un Etat dans VE lat (i) , à lui inspirer le mépris de ce qui existe , la haine contre les rois et les gouvernemens , l’enthousiasme pour le fantôme qu’ils appellent liberté (2).

Tous les révolutionnaires de l’Europe fai-

(1) C’est exactement ce qui se pratique en France. Pour corrompre la jeunesse , on l’enivre de louanges; on l’appelle pensante, courageuse, agissante. Pessimum laudantium genus. L’application de ce mot de Tacite, quoique dit pour caractériser un mal d’un autre genre, n’en est pas moins juste ici.

Détestables flatteurs, présent le plus funeste Que fasse aux jeunes gens la colère céleste?

(2) Malgré toutes les précautions prises par les souverains allemands, il existe un assez grand sujet d'inquiétude on avoue dans un rapport fait à la diète germanique , qu’il paroit impossible d’éteindre toutes les sociétés secrètes. On n’est pas suffisamment rassuré par ce qu’ajoute ce rapport, qu’elles n’offrent point un grand danger. Toute association illicite en est un perpétuel. Et l’Allemagne est au centre de l’Europe. Heureusement nous ne saurions croire qu’on ne puisse dissiper des conventicules si dangereux , qui produisent presque toujours d’effroyables, révolutions.

saut cause commune , ceux de France ne cessent de reprocher aux souverains allemands d’avoir en quelque sorte provoqué cette révolte des esprits, en violant la promesse qu’ils avoient faite de donner des constitutions à leurs peuples. Mais le cabinet de Prusse combat victorieusement ce reproche. Il est vrai qu’au congrès de Vienne , on déclara , par l’article i3 de l’acte fédéral , qu’on leur accorderoit «une représentation d’Etats, ins-

» titution ancienne . donnant aux diffé-

» rentes classes de propriétaires le moyen » d’éclairer le souverain , et prêtant une voix » organique aux vœux et aux besoins de la » nation.,.. Mais les princes de l’Allemagne » n’ont jamais voulu , et ne se sont pas du j) moins engagés à donner à leurs peuples » une représentation dans le sens moderne » du mot , sur les principes et sur l’échelle * d’autres constitutions jusqu’ici étrangères à » l’Allemagne ; une représentation nationale » qui , calculée sur l’étendue du territoire et » de la population , et investie d’attributions »' souveraines , dénatureroit les gouverne- » mens existans, et introduiroit 3a démocra- *> lie dans la monarchie. »

Ce débat semble , au premier coup d’œil %

n’être pour la France d’aucun interet ; effectivement l’intérêt n’est pas direct ; mais comme les révolutionnaires de tous les pays confondent dans une haine commune tous les souverains, et les représentent comme des machiavélistes qui ne font aucun scrupule d’enfreindre leurs promesses ou leurs engagemens, il est bon de réfuter, en passant, leurs calomnies ; et il seroit à désirer que les royalistes de toutes les contrées fissent une sorte d’alliance en faveur de l’ordre et de la vérité, comme leurs adversaires en font pour semer le désordre et la calomnie.

Cette idée est parfaitement développée dans la circulaire dont nous parlons. Nous en citerons encore ce passage : m Les puissances » de l’Europe qui ont réuni leurs efforts » contre les bouleversemens , comme contre » les principes de la révolution française , » qui ont assis sur leurs antiques bases la lé- » gitimité et la propriété, qui, par des traités » solennels , se sont garanti cet état de » choses , sont aussi plus que jamais solidaires » pour tout ce qui tient à leur tran quilîité in- » térieure. Un pays ne peut être aujourd’hui » révolutionné , ou menacé de révolution^ sans » que les autres soient ébranlés , ou frémissent

» de l'être (i). Les ennemis (le l’ordre social,

» dans les différentes contrées de l’Europe ,

» sont liés entr’eux , non seulement par l’iden- * tité des principes, mais par des commu- » nications intimes. Leurs joies coupables,

» leurs douleurs scandaleuses , leurs craintes » et leurs espérances sont partout les mêmes ;

» et à cet égard il règne entre eux une par- » faite communauté de biens. Les premiers » amis et protecteurs de l’ordre social , les » souverains ne peuvent se flatter de com- * » battre leurs ennemis avec succès, s’ils ne » sont pas unis dans le même respect à pro- » fesser les mêmes principes, dans les mêmes » mesures vigoureuses pour les défendre. Ce « n’est pas pour eux , c’est pour les peuples;

» ce n’est pas par amour du pouvoir, c’est par » attachement pour la liberté, qu’ils doivent » tout employer pour maintenir leur autorité » tutélaire. »

Les révoltes qui éclatèrent dans les Etats de Naples, du Piémont, de l’Espagne, du

(i) Cette vérité, qu’attestent tant d’exemples, suffiroit pour prouver le droit d’intervention dans les incendies si aisément communicatifs, allumés par les révolutionnaires d’un pays étranger, surtout s’il est limitrophe.

Portugal, l’anarchique constitution des cortès d’Espagne, prise pour modèle par les révoltés des trois autres royaumes, ne tardèrent pas à justifier les assertions du cabinet de Berlin. Ori craignit un moment de voir le feu aux quatre coins de l’Europe. On ne put douter de l’association des révolutionnaires dans toutes les contrées de cette partie du monde, lorsqu’on vit les chefs des révoltes réprimées dans un pays, trouver dans ceux où elles ne l’étoient pas encore, protection, assistance et emploi.

En France , la faction des tard-venus , qui s’étoit formée dans l’ombre , a montré sa tête hideuse , lorsqu’elle s’est flattée de voir triompher la révolution en Italie. Déjà on parloit de foudroyer la dernière loi des élections ; déjà on notoit les royalistes qui s’étoient compromis. G’étoit l’insolente expression qu’employoient les factieux pour désigner ceux qui a voient ouvertement professé l’attachement à la monarchie , et la fidélité due au monarque.

L’échec essuyé par les carbonari italiens , contraignit les Français révolutionnaires à un peu plus de circonspection. Ils ne parlèrent plus d’abroger la loi qui a contribué à préserver le trône des dangers qui le menaçaient ;

mais leur audace ne fut point terrassee. Ils n’tm persistèrent pas moins dans leurs sinistres projets.

On n’auroit pas cru la tactique des révoltes susceptible de perfectionnement : celle de 1 789 scmbloit avoir porté l’art à ses dernières limites ; mais l’Italie les a reculées. Il est vrai que c’est , pour les temps modernes , la terre classique des révolutions. Son carbonarisme. a fourni d’utiles enseignemens à nos libéraux, ïlsformoient un grand nombre de sociétés sous différens noms. Toutes à la vérité avoient le

meme objet rc’étoit d’asseoir l’athéisme et la république sur les débris de l’autel et du trône (1). Mais des noms et des statuts différens leur convenoient moins qu’une dénomination et une règle uniforme. Le nom de gueux que Mirabeau ne put faire accepter aux membres

(1) Quelques unes ont pu avoir d’abord le projet d’établir une régence; elles n’ont pas tardé à s’apercevoir que le fils de Buonaparte n’avoit pas plus de droit au trône de France qu’à celui de la Chine, ni plus d’espoir d’y être porté. Il y a bien encore entre elles quelque divergence ; mais elles sont d’accord sur le plus prompt renversement des institutions existantes, sauf à s’arranger, ou à se battre ensuite pour le nouvel ordre de choses à y substituer»

de FAssemblée nationale , ne fut pas pris non plus par les libéraux ou tard-venus. Ils préférèrent celui de carbon ari ( charbonniers ) , qu’avoient choisi ies révolutionnaires italiens, et adoptèrent tout leur système de révolte ; théorie et pratique , et le nom et la chose, tout fut semblable. Ils ont un gouvernement , des grades, des emplois, une caisse ouverte aux écrivains séditieux , qui paie à bureaux ouverts les amendes auxquelles ils sont quelquefois condamnés, et les indemnise des peines qui leur sont infligées. Les associés supportent sans murmure des contributions , et ont sans doute un budget dressé par les chefs. Avec de l’argent on a des armes , des munitions et des bras.

Il paroît que les carhonari de France joignent à ce glorieux titre celui de chevaliers de la liberté. C’est ce qui résulte de la procédure instruite contre quelques uns d’entre eux à Poitiers. Berton a déclaré que ces chevaliers composoient une phalange redoutable , et en mourant a salué ses amis du cri de vive là liberté.

C’est depuis l’adoption du carbonarisme , que les plus hardis complots ont éclaté , que dans six places importantes à la fois , on a

vu des tentatives et des commencemcns de révolte.

Un magistrat courageux, long-temps avant cette adoption, avoit annoncé d’office une conspiration permanente contre les Bourbons , et conséquemment contre le repos et la sûreté de l’Etat. Un autre non moins ferme, en remplissant ses fonctions, en a récemment mis à nu tous les ressorts. Qu'on ne s’endorme point toutefois dans une fausse sécurité ; un complot contre un seul prince est avorté dès qu’il est connu ; il n’en est pas ainsi d’une vaste conjuration contre une dynastie régnante , contre un gouvernement , un ordre de choses anciennement établi ; la découverte hâte quelquefois le moment de l’explosion.

Le carbonarisme est dévoilé ; il n’est pas détruit. Les carbonari sont connus ; ils ne sont pas dispersés. Tous les libéraux ne sont pas carbonari; mais la plupart sont disposés, ou très - enclins à le devenir. Le libéralisme est la pépinière du carbonarisme , et la pépinière est très -fournie ; elle s’est singulièrement peuplée durant l’ère de la persécution des royalistes. Les peuples étonnés se demandoient si la république alloit reparoître; et des libéraux modérés offroient leur protection

à de fidèles sujets qu’ils croy oient compromis »

Quand un ordre du jour défendit de faire en-

tendre sous les armes les cris de vive le Roi * de bons et simples Vendéens , qui se trou* voient sous ses drapeaux , s’écrièrent avec effroi : « Est-ce qu’on n’en veut plus ? »

Il faudra un peu de temps pour regagner le terrain qu’on a fait perdre à la monarchie* Mais on y parviendra : la France est si essen* tiellemcnt monarchique par sa position , son génie et ses habitudes, que la monarchie doit y subsister tant que le corps social ne sera pas dissous; et sa dissolution est un événe* ment bien peu vraisemblable; mais des mou** vemens convulsifs sont a craindre.

C’est donc aux troubles , aux désordres -, aux catastrophes qu’amènent les révolutions qu’il faut pourvoir. Ce sont les révolutions qu’il faut prévenir : il faut tarir les sources d’où elles découlent. Il y en a deux principales : les sociétés secrètes , vrais laboratoires de révoltes, et les doctrines pernicieuses enseignées à la jeunesse par des maîtres gan* grenés , ou des écrits séditieux. Tout annonce que le ministère, les administrations , les tribunaux et la police s’en occupent efficacement. Les jurés secondent l’action de la jus-»

tice : on n’entend plus parler d’absolutions scandaleuses , ni traiter d’imaginaires des révoltes armées déployant le drapeau de la révolution. Le monarque , avec la profonde sagacité qui îe caractérise , vient d’attribuer au courage avec lequel s’administre la justice, le calme qui succède enfin à tant de complots audacieux, il est fâcheux sans doute que les chefs n’aient pu encore être atteints par la loi, que le carbonarisme leur ait enseigné l’art de s’envelopper de ténèbres impénétrables , et de se cacher derrière de triples et quadruples remparts , d’où ils précipitent les enfans perdus de leur bande séditieuse, dans des périls qu’ils ne partagent pas. Mais enfin le triste sort de ces fougueux séides dessillera les yeux des insensés qui auroierit pu les imiter, et diminuera îe nombre des dupes. Il est toujours utile de briser les instrumens de la révolte. Leurs révélations entr’ouvrent îe voile qui cache les grands coupables, jettent un jour effrayant sur leurs sinistres projets, font connoître à la nation ce qu’elle doit attendre de ces chevaliers de la liberté, l’éclairent sur le choix de ses représentons, choix qui s’améliore â chaque session , et qui ne laissera bientôt plus rien à désirer. Enfin, si les chefs de

îa révolte permanente échappent au glaive de îa loi, sous lequel ils font tomber leurs complices, on peut espérer que les cadres de leur armée demeureront vides de soldats; on se lassera de courir à l’échafaud pour leur bon plaisir.

Quant à la troupe réglée, ils ne peuvent attendre d’elle que la répression de leurs coupables desseins. L’armée n’a répondu à leur appel que par le mépris et l’horreur qu’ils lui ont inspirés. Les habitans de la campagne en général , et la foule des artisans qui peuplent les villes, sont guéris depuis long temps de l’épidémie démagogique (i). L’armée en est presque entièrement formée. Les chevaliers de la liberté , trop peu nombreux pour y faire prévaloir leurs doctrines, s’y font remplacer autant qu’ils le peuvent. Rien ne peut donc corrompre sa fidélité. Aussi le roi vient-il de lui accorder le plus grand et le plus juste témoignage d’estime et de confiance, en l’envoyant combattre les rebelles qui retiennent dans îa captivité un monarque de sa famille.

(i) C’est, dans les classes les plus élevées de ce qu’on nominoit autrefois le tiers que se trouve le plus grand nombre de démagogues. Tout le monde en sait la raison.,

Ainsi tout fait espérer que cette dernière faction des tard- venus , ou des carbonari , ou des chevaliers de la liberté , comme on voudra l’appeler, va se perdre dans l’abîme où se sont englouties tant d’autres qui, sous des noms déjà presque oubliés, ont ravagé ce malheureux pays. S’il existe encore quelques vétérans de ces anciennes factions , leur nullité si notoire et si bien constatée les a rendus

ridicules ; et ce qui est ridicule ne peut guère

être dangereux; surtout en France.

Le royalisme doit se redresser de lui-même, puisqu’on a cessé de le tenir courbé vers la terre.

Il reste cependant un danger; un danger extrême et imminent ; ce sont les sociétés secrètes. Elles perdroient l’Europe, si l’on ne parvenoit à ies dissoudre» Ce sont là les adversaires qu’il faut combattre et vaincre , sous peine de mort.

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