‹ De la rhétorique ou de la composition oratoire et littéraireChapitre 43 sur 70 · DES FIGURES. — FIGURES PAR MUTATION ET INVERSION · texte numérisé non relu

DES FIGURES. — FIGURES PAR MUTATION ET INVERSION

Enfin les rhéteurs rongent encore parmi les figures certaines formes de langage, certains tours de phrase par lesquels l’idce n’est ni développée, ni abrégée, ni rapprochée d’aucune autre, mais seulement modifiée dans sa manifestation. Ces tours et ces formes font saisir d’une manière plus vive que les formes positives et les tours habituels, le mouvement de l’ànic et la vue de l’esprit.

« Il y a pour chaque sentiment , dit Condillac, un mot propre à en réveiller l’idée; tels sont : aimer, haïr. Quand je dis donc : j’aime, je hais , j’exprime un sentiment, mais c’est l’expression la plus faible.

« En changeant la forme du discours, on modifie le sentiment, et on le rend avec plus de vivacité. Si je l’aime ! si je le hais ! exprime combien on aime, combien on hait; moi, je ne l’aimerais pas! moi, je ne le haïrais pas ! fait sentir combien on croit avoir de raisons d’aimer ou de haïr. » Voilà la raison réelle de celle dernière catégorie défigurés, que j’ai comprises sous le titre général de mutation ou inversion, et à laquelle se rapportent l 'exclamation, Y èpiphonème, Y apostrophe, Y interruption, la suspension, l’interrogation et la subjection, quand elles n’ont point pour but de dissimuler la pensée, et presque tout ce que les rhéteurs appellent

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figures de construction et de syntaxe , Yhyperbate , V malluge, etc.

L’exclamation est un élan du cœur, l’expression du sentiment substituée à celle d’une opinion. Tous peuvent penser et dire que tout est vanité dans ce monde, mais si cette triste vérité apparaît à un puissant roi, homme de génie; si au milieu des grandeurs, des plaisirs, des études, chaque découverte , chaque succès, chaque volupté nouvelle la lui confirme , ce n’est plus une idée qu’il formulera , c’est un cri presque involontaire qui lui échappera : « 0 vanité des vanités ! vanité des vanités ! »

Q« ’à l’occasion d’un fait ou d’une observation, une sentence courte et vive, un trait d’esprit ou d’imagination se détache de l’ensemble en affectant le plus souvent la forme exelamalive ('), cette espèce d’exclamation se nomme èpiphonème :

Tant de fiel entre-t-il dans l’âme des dévots !

s’écrie Boileau en parodiant Virgile; et la Fontaine à propos des deux coqs :

Deux coqs vivaient en paix; une poule survint,

Et voilà la guerre allumée.

Amour, tu perdis Troie !...

Ces trois mots charmants sont gros de figures ; mais malheur au rhéteur et à son art, quand il lui arrive de tomber sur de

(■) La forme exclamative n'est pas même nécessaire pour constituer l'épiplionènie, pourvu, comme l'a remarqué M. Fontanier, que la sentence se détacha bien, n'amène pas nécessairement ce qui suit ou ne découle pas forcément de ce

3 ul précède. Ainsi j'appelle épiplionème les vers imprimés en caractère italique « ce passage de la Fontaine, dans sa belle élégie aux Nymphes de aux :

Inspires à Louis cette même douceur :

La plat telle victoire est rie uaincre son cœur.

Oronlcest ti présent un objet de clemence;

S'il a cru les conseils d’une aveugle puissance,

Il ■ st aises puni par son sort rigoureux,

£l c'est être innocent que d'itrs malheureux!

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tels exemples. Amour, tu perdis Truie! est pour l’homme de goût la plus heureuse rencontre d’idée et d’expression à la lois gracieuse, piquante et rapide. N’est-ce pas pitié d’être obligé d’ajouter qu’il y a là quatre figures réunies, allusion, exclamation, épiphonème et apostrophe ? C’est pourtant vrai, mais oubliez bien vite que je vous l’ai dit; ne vous souvenez que d'une chose : Amour, tu perdis Troie, — et passons à l’apostrophe.

« L'apostrophe, dit Marmontel, consiste à détourner tout à coup la parole et à l’adresser, non plus à l’auditoire ou à l’interlocuteur, mais aux absents, aux morts, aux êtres invisibles ou inanimés, et le plus souvent à quelqu’un ou à quelques-uns des assistants. »

Il lait remarquer que, dans ce dernier cas, l’apostrophe est une des armes les plus puissantes de l’éloquence ; c’est l’adversaire, le juge, l’une ou l’autre classe d’auditeurs, que l’orateur interpelle tout à coup, qu’il prend à partie, qu’il atteste, qu’il terrasse ou qu'il implore. Le premier emploi de l'apostrophe peut être pathétique, quand le sujet la soutient et que la situation l’inspire ; elle est la compagne presque obligée de la prosopopée, mais elle touche souvent alors à l’emphase et à la déclamation.

Un mot maintenant sur quatre figures de cette classe que l’on peut confondre aisément : la parenthèse, Y interruption, la réticence et la suspension.

Par la parenthèse et Y interruption, l’écrivain suspend l’expression d’une idée, en y intercalant une autre idée, mais avec l’intention de revenir à la première et de l’achever : la seule différence, c’est que la parenthèse a pour but d’éclaircir et de compléter ce commencement de pensée, tandis que l’interruption ne fait qu y ajouter de l’énergie, en y jetant un cri de lame tout involontaire, et qui lui échappe presque à son insu. Dans la réticence, au contraire, les premiers mots d’une phrase ont bien été prononcés, mais une réflexion a surgi qui a ordonné de la trancher net pour ne plus la reprendre, et pour y substituer une autre idée. Enfin la suspension consiste à disposer la phrase sans l’interrompre, de

telle sorte que le lecteur, eu la commençant, n’en prévoi pas la fin , et h reculer assez le dernier mot pour que l’at tention soit soutenue ou la curiosité piquée.

Je lis dans la lettre de madame de Sévigné sur la mort dt Vatel : « Vatel monte à sa chambre, met son épée contre la porte et se la passe au travers du cœur; mais ce ne fut qu’au troisième coup (car il s’en donna deux qui n'étaient pas mortels) qu’il tomba mort. » Voilà une véritable parenthèse. Je n’ai qu’un précepte à donner : n’employez jamais la parenthèse sans une absolue nécessité ; ne la multipliez point, et surtout ne vous avisez pas, comme certains prosateurs, de greffer, en quelque sorte, parenthèse sur parenthèse, de façon à dérouter le lecteur, qui, à travers toutes ces superfétations, perd de vue la phrase principale (').

Voici maintenant une interruption dans Bossuet, en parlant de la reine d’Angleterre : « Combien de fois a-t-elle remercié Dieu humblement de deux grandes grâces : l’une de l’avoir faite chrétienne; l’autre... Messieurs, qu'attendez- vous? Peut-être d’avoir rétabli les affaires du roi son fils? Non, c’est de l’avoir faite reine malheureuse. »

Vous voyez que la pensée interrompue un instant est bientôt reprise ; mais quand Àthalie dit avec fureur à Joad :

Je devrais sur l’autel où ta main sacrifie

Te ... Mais du prix qu’on m’offre il faut me contenter :

Ce que tu m’as promis songe à l’exécuter.

(*) M. Fontanier propose une nouvelle espèce de parenthèse qu'il appelle incidence, et clans laquelle il range toutes ces propositions elliptiques ou explicites que l'on jette i chaque instant dans la phrase pour en afi'ecler l'assertion, par ma foi, je l'avoue, puisqu’il faut le dire, croyez-m'en, le dirai-je, etc. Toutes ces Cormes, quoi qu'il en dise, ne inc paraissent rien autre chose que des interjections ou de véritables parenthèses, qui ne méritent pas qu'on crée nne figure tout exprès pour elles. Voici, scion lui, un exemple d" incidence dans la Fontaine; c'est le renard qui parle :

Pourquoi sire Jupin in 'a-t-il donc appelé Au metier de rrut rd ? Je jure les puissances De l’Olympe et du Styr, il en sera parié.

Mais alors, autant proposer une nouvelle ligure qu'on appellera jurement, et qni comprendra les morbleu, les ventre-saint-gris, les pecaere, les cadedis, les j amigoy, et bien d'autres choses.

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Cet enfant, ce trésor qu'il faut qu’on me remette,

Où sont-ils ?...

il est clair que la réflexion a banni sans retour cette idée de meurtre qu’un premier mouvement de rage avait inspirée ; il y a réticence. Bien entendu que quand la réticence est affectée, quand l’interruption n’est point l’effet naturel de la passion, mais un dessein prémédité de faire entendre, par le peu qu’on a dit, ce qu’on affecte de supprimer, et même souvent beaucoup au delà, elle n’appartient plus alors aux figures dont nous traitons ici, et doit se ranger, à la suite de l’ironie, parmi celles qui font contraster la parole avec la pensée.

Pour donner l’idée de la suspension , je rappellerai un exemple de cette figure , c’est une singulière période de Brébeuf, souvent citée en pareil cas : elle se trouve dans scs Entretiens solitaires, livre II , chap. 5. Le poëte s’adresse à Dieu :

Les ombres de la nuit h la clarté du jour.

Les transports de la rage aux douceurs de l’amour, A l’étroite amitié la discorde et l’envie.

Le plus bruyant orage au calme le plus doux,

La douleur au plaisir, le trépas à la vie,

Sont bien moins opposés que le pécheur à vous.

M. de Lamartine a donné un bien plus poétique et bien meilleur exemple de suspension dans ses Harmonies, liv. III, ode 3.

Au reste, ces quatre dernières figures, pour mieux exprimer l’intention ou le sentiment de l’écrivain, arrêtent la marche de la phrase, mais sans y jeter le désordre ; celles dont il nous reste à parler portent de plus graves atteintes à la construclion ou à la syntaxe. Avant donc de les aborder, il faut s’ètre fait une idée bien nette de la syntaxe et de la construction.

La construction est l’arrangement des mots d'une phrase, la syntaxe , l’accord de ces mots entre eux , l’un et l’autre

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déterminés par certaines règles et par l’usage. Des biens que lui a donnés Dieu jouit le sage modérément, mauvaise construction ; le sage jouit modérément des biens que Dieu lui a donné, faute de syntaxe; enfin le sage jouit modérément des biens que Dieu lui a donnés, phrase correcte selon les règles de position, comme selon celles de concordance, dans sa construction comme dans sa syntaxe.

On est d’accord sur les principes de la syntaxe, on l’est moins sur ceux de la construction. La construction est-elle fondée sur la nature même de l’esprit humain, ou n’est-elle que le résultat du génie de chaque langue? Quelle est la plus naturelle de ces phrases : Des rois gouvernèrent d’abord la ville de Rome, ou Urbem Romain a principio reges habuere; Alexander vicit Darium, ou Darium vïcit Alexander ? Question longuement controversée au xvm® siècle. Le Batteux, Chompré, Pluche, Condillac ('), soutenaient que tout dépend du génie de la langue ; Dumarsais et l’Encyclopédie étaient d’un avis contraire ; et la raison, ce me semble, est pour eux, comme l’autorité.

Remarquez en effet . Tant que la pensée reste dans l’esprit à l’état de simple concept, elle est une et indivise, elle forme un tout qui n’a point de parties et n’en a pas besoin ; mais aussitôt qu’on veut la manifester à l’extérieur par la parole, il est bien évident qu’on ne le peut sans la diviser pour en présenter successivement les divers membres. C’est en ce sens qu’on a appelé les langues des méthodes analytiques. Or croyez-vous que cette succession de parties puisse être arbitraire, au moins dans ses principaux éléments? Admettez-vous une qualité ou un acte dans un sujet, sans avoir été instruit d’abord de l’existence de ce sujet ? L’idée de l’acte n’évoquera-t-elle pas naturellement, quand il est transitif, celle de l’objet qui en est affecté? La cause ne précéderat-elle pas l’effet? et, par conséquent, ne faudra-t-il pas mettre

(’) C'est du moins l’avis de ce dernier dans Y Essai sur l'origine des connaissances humaines , part, a; mais il se réfute lui-méme au a* et au i4* chapitre de V Art d’écrire où il établit beaucoup mieux, à mon gré, la théorie de la construction.

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nécessairement le sujet avant le verbe, le verbe avant son régime, l'antécédent avant son conséquent? Telle sera en elfet la suite forcée des mots dans les langues où leur succession peut seule faire apprécier leurs relations logiques. Il est sons doute des idiomes où l’on est libre de renverser cet ordre, mais alors on doit le remplacer en indiquant les rapports par des inflexions ou désinences qui modifient les vocables eux-mêmes. Et comment déterminer ces désinences, si l’esprit n’a préalablement arrêté les relations entre les idées dans l’ordre que je viens d’énoncer (*)?

Rappelez-vous la fameuse phrase de M. Jourdain : « Belle marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour. » Le maître de philosophie, après avoir retourné cette phrase de quatre ou cinq façons, lui dit bien que de toutes ces façons la meilleure est celle qu’il a employée tout du premier couj); mais il ne lui dit pas pourquoi. Or, ce pourquoi, c’est évidemment que, ne pouvant exprimer par des variétés de terminaisons la variété des rapports logiques qui lient ces mots entre eux , il a dû le faire en les plaçant dans une succession régulière ; c’est qu’il lui a fallu indiquer l’existence des yeux avant leur action, puis leur action en général avant le sens spécial dans lequel elle devait être comprise ici. Cette construction, que l’on a nommée construction simple , naturelle, nécessaire , significative, ènonciative, préexiste dans l'esprit comme fondement de toutes les autres, aussi bien dans les langues synthétique ou transpositives, que dans les langues analytiques ou analogues. Elle rend plus sensibles que toute autre les rapports mutuels des mots, image de la relation des idées que ces mots expriment. « C’est d’elle seule, dit avec

(') Il y a plus, les esprits sévères ont voulu conserver cet ordre naturel même dans les langues synthétiques ou transposilivas. C’est à eux que s'adresse Quinti I ■ en au livre IX : « Cependant je n'approuve pas, dit-il, le scrupule de ceux qui veulent que le nom marche toujours avant le verbe, le verbe avant l'adverbe, le substantif avant l’adjectif et le pronom; car souvent le contraire a beaucoup de grâce. » Les Latins croyaient donc aussi à l'ordre naturel; s'ils s’en écar taient, ce n'était point par raison, mais pour ajouter de la grâce au discours; et de ceux-là du moins l’on ne peut dire ce que l'on a dit des rhéteurs modernes qui partagent notre opinion, qu'ils sont entraînes par l'habitude de la construction française.

DE LA RIIËTOHIQUE.

raison l’Encyclopédie, que les autres constructions empruntent la propriété qu’elles ont de signifier, au point que si la construction nécessaire ne pouvait pas se retrouver dans les autres sortes d’énonciations, celles-ci n’exciteraient aucun sens dans l’esprit, ou n’y exciteraient pas celui qu’on voudrait y faire naître. »

La langue française, la plus claire des langues analytiques, suit en général cet ordre naturel, dont elle s’écarterait cependant bien plus souvent, si elle avait moyen d’y suppléer par des terminaisons variées. Ainsi pourquoi dit-elle : Vos yeux me font mourir? et ne peut-elle pas dire : Vos yeux M. Jourdain font mourir? C’est que la forme me au lieu de je ou moi indiquant nécessairement l’objet de l’action, puisque, par une exception bien rare en français, ce mot se décline, l’esprit le replace naturellement après le verbe qui exprime celte action. 11 en est de même pour la position des relatifs. Enfin dans toutes les langues analytiques, en anglais, en italien, en espagnol, comme en français, le génie de la langue, le point de vue où l’on se place pour apprécier les relations logiques entre les mots, la liaison des idées surtout, loi souveraine de toute construction, justifient, exigent même, en certains cas, ces sortes de contraventions à la construction naturelle, mais on peut toujours, me semble-t-il, les expliquer facilement d’après ce que j’ai dit, et elles ne détruisent pas le principe.

Une objection pourtant sc présente. Si réellement il existe une construction naturelle et nécessaire, pourquoi donc, lorsque d’ailleurs la liaison des idées ne réclame pas une exception, ne pas la suivre aussi bien quand la terminaison des mots est variable que quand elle ne l’est point? Pourquoi ne dit-on pas en français : vos yeux font mourir me, comme on dit : vos yeux font mourir M. Jourdain? C’est que, tout en admettant la nécessité originelle de cette construction, on conçoit aussi que l’obligation de s’y conformer partout et toujours blesserait le principe de l’barinonic et celui de la variété ; et que la variété et l’harmonie étant, aussi bien que la clarté , des besoins de notre esprit , le génie de chaque

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langue a fait une loi d’introduire les unes toutes les fois qu’on le peut sans nuire à l’aulre. Or, mieux un Idiome indique les diverses relations des idées entre elles par les désinences diverses des mots, plus souvent il s’éloigne de la construction naturelle pour adopter celle qu’on nomme usuelle. La construction naturelle est évidemment, vos yeux font mourir me ; si la construction usuelle, vos yeux me font mourir, s’en écarte, c’est que, grâce à la forme toute spéciale de me, elle satisfait à l’harmonie, sans blesser la clarté. Vos yeux font mourir M. Jourdain, voilà la construction à la lois naturelle et usuelle. Supposons maintenant que, comme en grec et en latin , les désinences expriment encore mieux toutes les relations possibles, la construction usuelle s’étendra bien davantage et se permettra beaucoup plus de liberté. Cicéron écrira indifféremment: acccpi tuas litteras ou litteras tuas; litteras tuas ou tuas litteras uccepi; tuas accepi litteras ou litteras accepi tuas. Une fois les relations clairement indiquées par les terminaisons, qu’importe la place des mots? C’est ainsi que, dans les langues meme les plus analytiques, il est un grand nombre de qualificatifs, de compléments, d’incidentes, dont la position dans une phrase est parAutcment indifférente, et n’obéit plus qu’aux lois de la variété, ou durhythme, ou encore de l’intérêt et de la passion, influences diverses qui déterminent les subdivisions de la construction usuelle.

Euphonique, la construction usuelle , par l’enchaînement et la proportion des mots entre eux, par une certaine convenance de syllabes, cherche uniquement à flatter l'oreille. Elle balance les membres d’une période, en déroule les plis, représente les idées par les sons, et contribue ainsi à l’harmonie imitative. Racine et Buffon sont les modèles de celle espèce de construction.

Antithétique, elle s’adresse à l’esprit plutôt qu’à l’oreille, elle choque les mots contre les mots pour en faire mieux jaillir l’opposition des pensées :

Romains contre Romains, parents contre parents, Combattaient follement pour le choix des tyrans.

Et mieux encore dans ces deux rats du bon Horace :

Rusticus urbanum murem mus paupere fertur Excepisse cavo, vetercm velus hospes amieum.

Etudiez sous ce rapport Fléchicr et la Bruyère.

Historique, elle préfère à l’ordre des rapports logiques la succession chronologique des choses exprimées, comme tout à l’heure la phrase de Tacite : Urbetn Romani a principio reyes habuere. Il fallait que la ville de Home existât préalablement pour que des rois pussent la gouverner. Cette construction se rencontre à chaque page des écrivains latins (').

(') Un seul exemple, la première phrase du chap. 1 cr du livre IV de Quinte- Curce : « Darius, tanti mudo exercilus rex, gui, triumphantis magis quant dimicantis more, curru suhlimis , inierat pnelium , per loca , quee prope immensis agminibus compléterai , jam inania et ingenli solitudine vasta, fugiebat. » Opposez à ce passage line construction toute differente de Justin , pour exprimer la même idée, à propos de Xerxès , livre H, chap. i3 : « Erat res spectaculo digna, et œsttmalione sortis humante rerum varie tate miranda, in exiguo latentem videra natigio, quem paullo ante vix tequor omne capiebat; carentem eliam omni servorum ministerio, cujus exercitus propter multitudinem terris graves erant. » Et voyex cependant! malgré le défaut de désinences significatives , la construction française, maniée par un grand écrivain, égale, si elle ne la surpasse, toute la puissance de la construction latine; rapproches, en cITet, de Quinte-Curce et de Justin la phrase magnifique de Bossuet, toujours sur la même idée ; « O voyage bien différent de celui qu'elle avait fait sur la même mer, lorsque, venant prendre possession du sceptre de la Grande- Bretagne, elle voyait pour ainsi dire les ondes se courber sous elle et soumettre toutes leurs vagues à la domiualrice des mers! maintenant chassée, poursuivie par ses ennemis implacables, qui avaient vu l’audace de lui faire son procès, tantôt sauvée, tantôt presque prise, changeant de fortune à chaque quart d'heure, n'ayant pour elle que Dieu et son courage inébranlable, elle n avait ni assex de vents, ni assez de voiles pour favoriser sa fuite précipitée, a Le rapprochement de ces constructions diverses, suivant le différent génie des langues et des écrivains, n'est pas moins intéressant pour le jeune rbéloricicn que la comparaison des idées et des expressions que nous avons déjà recommandée. Mais observez en même temps la singulière susceptibilité de la langue française! Bossuet luimême, en voulant atteindre l’intérêt de la construction historique, ne parvient

F as toujours à en éviter les embarras et l'obscurité, témoin cette phrase de Oraison funèbre de Candi : a Ainsi, dans les plaines de Lens, nom agréable à la France, l'archiduc, contre son dessein, tiré d’un poste invincible par l’appât d'un succès trompeur, par un soudain mouvement du prince, qui lui oppose des troupes fraîches à la place des troupes fatiguées, est contraint à prendre la fuite.» On voit immédiatement que le rapprochement des deux par, dont l'un se rapporte au premier membre de la période, et l'autre au second, read la construction pénible.

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Pathétique , c’est à lame qu’elle parle ; elle se conforme non plus à l’ordre des faits ni à l’ordre logique , mais à celui des impressions queressentou vcutexciter l’écrivain ; celle-ci est plus familière à l’orateur et donne au style l’énergie, la vivacité, l’entrainement.

Enfin, les saillies de l’imagination, le concours d’une foule d’idées qui se présentent ensemble et se heurtent en quelque sorte pour se faire passage, la fougue, l’impatience, le délire de la passion qui s’emporte , et jettent le désordre dans l’esprit, peuvent engager l’écrivain à enlever les mots à leur place ordinaire, et à bouleverser même des phrases entières. Nous voici à la construction figurée à laquelle appartiennent les formes dont il me reste à parler.

L’hyperbate ou inversion. Cette figure distrait les mots de leur place naturelle et les transporte dans une autre pour donner à la phrase plus de vigueur , d’élégance ou d’harmonie ('}. Quintilien compare ingénieusement l’arrangeur de

(') Je n'entends donc parler ici ni de ce que les anciens appelaient anastrophe, qui consistait A transposer deux mots me cum pour cum me ; his accensa super; ni de ce qu'ils nommaient tmèse, qui coupait un mot en deux :

... hyperboreo teptem subjeeta trions',*

ni même de Y hypallage , figure par laquelle on attribue A certains mots d’une phrase des inflexions ou modifications qui appartiennent réellement A d’autres mots, sans cependant qu'il soit possible de se méprendre au sens :

ibant obscurs tola sub nocte per umbram, pour obscure soit ;

Et caligantem nigra formidine lucum,

pour et formidatum nigra caligine, etc. Ces licences de construction n'appartiennent qu'aux langues transposilives. Car j'ai l'impertinence , je l’avoue, de trouver assex ridicules les exemples d'hypallage donnés par l'Académie, jusque dans la dernière édition de son Dictionnaire. « On dit (c'est l'Académie qui parle) : Il n’avait point de souliers dans ses pieds, au lieu de : il n'avait point ses pieds dans des souliers ; et : enfoncer son chapeau dans sa télé, au lieu de : enfoncer sa tête dans son chapeau, a Je ne sais si l’on dit cela , et si l'un vaut mieux que l'autre; mais ce que je puis affirmer, c’est que les honnêtes gens ne disent ni l'un ni l'autre. Honnêtes gens, bien entendu, est pris ici dans le sens du XVIII e siècle, les personnes que la condition, la fortune ou le mérite élèvent au-dessus du vulgaire, et qui ont l'esprit cultivé par la lecture, par la réflexion et par le commerce avec les personnes qui ont les mêmes avantages.

phrases et de périodes (et notre orgueil a beau en murmurer, c’est là plus ou moins le lot de tout écrivain), à l’ouvrier qui construit un mur avec des pierres brutes, qui essaye, qui rejette, qui reprend, tantôt l’une, tantôt l'autre, jusqu’à ce qu’il ait placé chacune à l’endroit convenable et où elle s’agence le mieux. «Seulement, ajoute-t-il, nous ne sommes pas les maitres , nous autres auteurs, de tailler les mots et de les polir pour les lier convenablement ensemble ; nous sommes forcés de les prendre tels qu’ils sont et de leur choisir une bonne place ; et l’un des moyens les plus efficaces pour rendre la phrase nombreuse , gracieuse, énergique, c’est de savoir intervertir à propos l’ordre des mots, nec uliud potest sennonem facere numerosum quam opportima ordints tnutatio ('). »

Naturellement les langues transpositives se prêtent beaucoup mieux à ces inversions que les langues analogues. Celles-ci cependant ne les proscrivent pas absolument.

Le français en admet un très-grand nombre en poésie :

... Sitôt que de ce jour La trompette sacrée annonçait le retour,

Du temple, orné partout de festons magnifiques,

Le peuple saint en foule inondait les portiques ..

Slais lui-mémc étonne d’une fuite si prompte.

Par combien de serments, dont je n’ai pu douter,

Vicnl-il de me convaincre et de nous arrêter !

On voit que cette liberté de changer l’ordre analytique et de faire du premier vers le second et du second le premier ajoute à l’élégance et à l’harmonie. Aussi ne peut-on lire dix

(') Voilà qui suffirait à prouver ce que nous (lisions loul à l'heure, que U langue latine , si libre qu'elle soit dans son allure, reconnaissait pourtant une construction naturelle et usuelle. Pour qu’il y ait en effet inversion, interversion , ordinls mutatio , il faut supposer préalablement un certain ordre néccssaire, dont la raison ou l’usage défend de s’écarter. C esL ce qu’on peut conclure (I ailleurs des plus anciens commentateurs latins; ordo ett, disent-ils, toutes les lois qu'ils veulent expliquer une phrase difficile en lélahlissant la construction. Et presque toujours cette construction rétablie représente à peu près exactement celle que l'on emploierait en français.

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vers français sans y rencontrer l’hyperbate. La prose est plus rigoureuse. L’hypcrbale cependant liait, comme dans d’autres langues, sous la plume de nos grands prosateurs. Je pourrais multiplier les exemples; je me contenterai de citer une phrase de Flécliier : « Déjà prenait l’essor, pour se sauver vers les montagnes, cet aigle dont le vol hardi avait d’abord effrayé nos provinces ('); » et cette belle construction de Bossuet déjà citée, qui reproduit si bien, par la hardie transposition du verbe et par le poids de toute la phrase la formidable pesanteur de l’objet à peindre : « Restait cette redoutable infanterie de l’armée d'Espagne... etc. » Souvent, sans inversion précise , la construction de Bossuet donne à sa parole un charme extrême. Voyez dans l’Oraison funèbre de la duchesse d’Orléans: « Madame cependant a passé du matin au soir, ainsi que l’herbe des champs; le matin elle fleurissait, avec quelle grâce! vous le savez; le soir nous la vîmes séchée ; et ces fortes expressions , par lesquelles l’Ecriture sainte exagère l’inconstance des choses humaines, devaient être pour cette princesse si précises et si littérales. » Essayez de mettre : « Vous savez avec quelle grâce elle fleurissait le malin ! »

En général cependant la prose française est avare d’inversions. Fénelon lui en fait le reproche. « Notre langue, dit-il, est trop sévère sur ce point; elle ne permet que des inversions douces; au contraire, les anciens facilitaient par des inversions fréquentes les belles cadences, la variété et les expressions passionnées; les inversions se tournaient en grandes figures , et tenaient l’esprit suspendu dans l’attente du merveilleux. «

(') « Prenait l’essor est U principale action, c’est celle qu'il faut peindre sur le devant du tableau. Déjà est une circonstance nécessaire, qui viendrait trop lard si elle ne commençait pas la pluasc. L’action se peint avec toute sa promptitude dans : Déjà prenait l’essor ; elle se ralentirait, si on disait : il prenait déjà l’essor. Pour se sauver vers les montagnes est une action subordonnée, et ce n'est pas sur elle que le plus grand jour doit tomber. Si Flécliier eut dit : pour se sauver vers les montagnes déjà prenait l'essor, le coup de pinceau eût clé manque. Enfin, dont le vol hardi avait d’al/ord ejfrajé nos provinces, est une action encore plus éloignée; aussi l'orateur la rcjuitc-l-il à la fin, comme

Tout cela est vrai, mais c’est une nécessité des langues analytiques , qu’il est difficile et hasardeux de faire fléchir ; j’ai dit pourquoi. Les maîtres l’ont tenté, souvent avec bonheur, toujours avec science et réserve. D’autres sont venus ensuite, qui n’étaient pas des maîtres, et qui ont voulu aller plus loin. Mais ignorant à la fois et le principe de la construction et le génie de la langue , ils sont tombés dans tous les excès du ridicule. Le type, sous ce rapport, est l’auteur d’un roman fameux, il y a quelque trente ans, le Solitaire ; dans ce livre, comme dans le Renégat, dans la Mort et l’ Amour, etc., du même écrivain, on trouve des constructions fabuleuses et des inversions que le maître même de M. Jourdain n’a point prévues.

Ce ne sont plus là des hyperbates, mais plutôt ce que les rhéteurs appellent synchyse, c’est-à-dire, non-seulement inversion , mais renversement complet de la construction ordinaire, mélange et confusion.

La passion seule peut justifier la synchyse. C’est quand l’âme est bouleversée que la phrase peut l’être à ce point. Ainsi le commencement du discours de Paeuvius à son fils Perolla dans Tite-Live : « Per ego te, fili , quœcumque jura liberos jungunt parentibus... etc. » C’est assez dire que la synchyse est presque inadmissible dans les langues analytiques. Je trouve force synchyses dans le français du xvi° siècle, mais alors les règles de construction étaient encore vagues et mal assises; la phrase s’embarrassait ou s’interrompait à chaque pas par des inversions laborieuses, des parenthèses infinies, des allonges, en quelque sorte, gauchement soudées à l’aide de relatifs et de prépositions. Ce ne sont plus là des figures , ce sont des fautes de construction dont quelques langues peuvent s’accommoder, mais qui choquent la netteté française. M me de Sévigné , qui se rattache par tant de côtés au xvi* siècle, fournit quelques exemples de synchyse. En voici un dans son admirable lettre sur la mort Je Turennc :

dans la partie fuyante; elle n'est là que pour contraster, pour faire ressortir davantage l'action principale, a Condiliac, Art d'écrire, c. i .

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« Chacun conte l'innocence de ses mœurs, la pureté de ses intentions, son humilité éloignée de toutes sortes d'affectations, la solide gloire dont il était plein, sans faste et sans ostentation, aimant la vertu pour elle-même , sans se soucier de l’approbation des hommes, une charité généreuse et chrétienne. »

L ’énallage est une figure de syntaxe. Elle substitue un temps à un autre (■). L’énallage se rencontre en français dans certaines locutions familières : Si tu parles, tu es mort ; et dans un ton plus élevé , quand pour donner à la phrase du mouvement et de la vivacité, on substitue :

\° Le présent au passé : « Turenne meurt, tout se confond, la fortune chancelle, la victoire se lasse... etc.; »

2° Le présent au futur ; dans Boileau :

... Dès que nous l’aurons prise.

Il ne faut qu’un bon vent et Carthage est conquise ;

5° Le passé au présent ou au futur ; dans Racine :

Bientôt ton juste arrêt te sera prononcé ;

Tremble ! son jour approche, et ton règne est passé.

J’appellerais volontiers énallage de mode l’emploi de l’infinitif au lieu de l’indicatif, dont les Latins usaient si souvent sous le nom d 'infinitif historique , et qui se rencontre parfois en français :

Ainsi dit le renard, et flatteurs d'applaudir.

(>) A tout moment les poètes latins remplacent le présent de l’infinitif par le parfait :

IJncchatur rates, magnum si pectore possit Excustitie Deum...

Horare est encore plus hardi :

Nunc est bibendum, nunc pede liber»

Pulsanda trllus, nunc snliaribus Ornare pulvitiar Deorum Tcnipus erai dnpibus, sodalrs.

Qtio!ques-uns expliquent cette forme par l’ellipse.

L’énallagc île nombre et de personne remplace lu par voua, je par nous, emploie la seconde personne pour la troisième, ou la troisième pour la seconde , etc. Les exemples en sont continuels.

Une autre figure qui affecte également la syntaxe est la syllepse ou compréhension. L’esprit dominé par une idée oublie la concordance grammaticale, et rapporte un mot non plus aux mots précédents, mais à l’idée qui le préoccupe et dans laquelle il comprend, il absorbe ce mot. Voici une jolie syllepse dans la Bruyère : « Une femme infidèle, si elle est connue pour telle delà personne intéressée, n’est qu’infidèle; s'il la croit fidèle, elle est perfide. » C’est une syllepse de genre. En voici une de nombre, dans Racine :

Entre le pauvre et vous vous prendrez Dieu pour juge.

Vous rappelant, mon fils, que cache sous ce lin.

Comme eux vous fûtes pauvre, et comme eux orphelin.

Et dans Bossuet : « Quand le peuple hébreu entra dans la terre promise, tout y célébrait leurs ancêtres. » Enfin, Fénelon réunit la syllepse de genre et celle de nombre, quand il fait dire à Mentor : « Il faut envoyer dans les guerres étrangères la jeune noblesse. Ceux-là suffisent pour entretenir toute la nation dans une émulation de gloire, etc. »

M. Fontanier donne à celte figure le nom de synthèse, pour empêcher , dit-il , qu’on ne la confonde avec le trope appelé syllepse , dont nous avons parle. Mais comme le mot synthèse est employé aussi dans une autre signification parla rhétorique, l’inconvénient est égal des deux parts, et je préfère encore la dénomination consacrée, parce que réellement compréhension n’est pas composition. Si vous voulez distinguer les deux syllepscs , appelez celle dont je parle ici syllepse grammaticale, et l’autre syllepse oratoire.

Je termine par ces anomalies ce que j’ai à dire du style figuré. J’ajouterai seulement une observation. On a reproché à presque toutes les rhétoriques ou d’attacher trop peu d'im-

CIIAP. XXVI.

portance aux figures , ou de les multiplier sans mesure , comme sans motif. Ai-je su éviter l'un et l’autre excès , le dernier surtout? Je n’ose le croire. Mais quelque longue que soit ma nomenclature , je prie mes jeunes lecteurs d’être persuadés que je leur épargne encore bien des détails. Sans parler, en effet , de toutes les figures dont j’ai, dans l’occasion, annoncé Je retranchement , et de toutes celles que j’ai rejetées dans les notes , j’aurais pu nommer Y épithète et Yépithétisme, et recommandera ce propos d’éviter les épithètes fades, oiseuses et déplacées, un des défauts les plus énervants pour le style; j’ai volontairement oublié Y adjonction, la conglobation , Yatroïsme, le mérisme, Yharmonisme , etc. Et que serait-ce si des genres, j’en étais venu aux espèces ! si dans le zeugme j’avais distingué le protozeuqme, le niésozeugme et ^ Yhypozcvgme ; dans l’onomatopée, Y allitération, Yassonance et Yantanaclasc; dans l’épiphonème , Yinitialif, Yinlerjectif et le terminatif ; dans la répétition, Yanaphore, Yépiphore, Yépa/uilepsc ou rêduplication , la symploque ou concaténation directe et indirecte, Yanadiplose, Yépanode... que sais-je? c’est une mine inépuisable et que je serais assurément bien fâché d’avoir épuisée.

Quoi qu’il en soit , le jeune rhétoricien aura facilement compris , je l’espère , quelles figures doivent principalement fixer son attention , et n’ètre employées par lui qu’avec un souvenir intelligent des préceptes qui s’y rattachent, la métaphore, l'antithèse, l’hyperbole, la périphrase ; ce ne sont plus là seulement des ornements de style, c’est presque le style tout entier.

Pour faciliter aux élèves l’étude de ce livre, et leur eu faire mieux saisir la marche, j’ai cru utile d’y ajouter un résumé de tout l’ouvrage.

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