‹ De la rhétorique, ou, De la composition oratoire et littéraireChapitre 41 sur 147 · UU.W. XII. — DU COMMENCEMENT · texte numérisé non relu

UU.W. XII. — DU COMMENCEMENT

faire injure. Je n’en dirai pas aulant du jury. Si l’on songe aux éléments dont parfois il sc compose, on ne trouvera pas inopportun en bien des occasions de rappeler aux jurés leur liaule mission, de stimuler soit leur sensibilité, car ils sont hommes , soit leur sévérité, car ils sont juges. Point de flatterie d’ailleurs, si ce n'est fine et convenable ; recourez à la crainte, de l’opinion, appuyez ou combattez les préjugés, etc. Une des lumières du barreau de Paris, M* Chaix-d’Eslangc , défendait à Bruxelles un jeune homme de la haute société, accusé d'homicide. Son exorde eut naturellement pour objet sa position d’avocat étranger devant un jury étranger, et il le traita avec une adresse si savante que , avant d’avoir abordé les faits, il s’était déjà concilié la faveur universelle.

Enfin l’on conçoit que l’un des meilleurs exordes est celui qu’on puise dans la cause elle-même, dans son équité, son importance spéciale ou générale, sa nouveauté, etc. 11 rentre, ainsi que l’cxordc tiré des lieux externes ou circonstances en dehors de la cause, dans ceux dont nous avons déjà traité.

Des qualités de l exordc vous conclurez ses défauts. Trop énergique, trop saisissant, ou encore trop brillant et trop étudié, soit de pensée, soit de style, l’exorde déroute le lecteur ou l'auditeur. Celui-ci sortant à peine de la vie réelle ne peut être, dès l’abord, affecté comme l’écrivain dont l'âme s’est échauffée peu à peu au feu de ses méditations. Après un tel exorde qui promet généralement plus que l’œuvre ne donnera, celle-ci devient froide et décevante. Tiendrait-on même tout ce qu’on a promis , on court risque d’éclipser d’avance ce qui va suivre, cl l’on pèche contre la loi de la progression.

Les anciens appellent vulgaiic l’exordc qui peut appartenir à plusieurs sujets ; commun ou commuable, celui dont l’adversaire peut faire usage ou qu’il peut même , à l’aide de légers changements, retourner contre nous; étranger ou emprunté, non-seulement celui qui ne convient pas au sujet, mais surtout celui qui semble amener une conséquence tout opposée à celle

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qu’on a on vue : Ici cet exorde d’Isocratc dont LongFn fait si justement la critique dans son Traité du sublime. Sans être aussi déplacé, le début ne serait-il que disparate, il serait déjà blâmable, car il abuse le lecteur sur le caractère général, sur l’allure réelle de l’écrit qu’il va lire. Plusieurs de nos romanciers modernes sont tombés dans celle faulc *.

Sans perdre le temps à les feuilleter, que le professeur relise à scs élèves les discours de Petit-Jean et de l'intimé dans celte cbarmanle parodie que llacinc a intitulée les Plaideurs. Tous les vices des mauvais exordes y sont exposés sous le jour à la fois le plus comique et le plus vrai.

1 Je n'en citerai qu'un exemple. Quand parut dans le Constilulionnrl le premier chapitre d'un roman célèbre, ne sc crut-on pas transporté au milieu de toutes les légendes de l'Orient et du moyen âge sur le fantastique Ahasvérus ? Kl quel lecteur n'éprouva une sorte de désappointement eu tombant de là dans les ignobles intrigues d'une société fort peu fantastique, et daus les actualités plus ou moins prosaïques de l'an de grâce lb32?

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