CI1AP. XVI. — DE LA FIN
avait-il plus rien à dire? Non ; c’est uniquement qu’il leur a plu d’écrire le mot Fin. Anacréon et Horace offrent, il est vrai, quelques exemples de ce procédé, et je le crois fort admissible dans les œuvres de peu d’importance, dans les badinages, dans les caprices de la fantaisie, dans ces poésies que j’appellerais, par un emprunt au langage ascétique, poésies jaculatoires ". Mais nos auteurs l'ont porté jusqu’à l’abus, ils l’ont étendu à des morceaux de plus longue haleine; de l’exception ils ont fait la règle. A leur dernière ligne, vous êtes tenté de tourner la page pour chercher la suite; l'esprit est dérouté, désappointé, comme léserait l’oreille, si un compositeur s’avisait de s’arrêter sur un accord dissonant dont il n’aurait pas fait entendre la résolution. En vérité, il est des préceptes si simples qu’il semble qu’en les formulant on passe les bornes de la naïveté, et pourtant faut-il bien les énoncer; celui-ci est du nombre, qui résume toutes les règles sur la manière de terminer un écrit : parlez tant qu’il y a quelque chose d’utile à dire; dès qu’il n’y a plus rien à dire, ne parlez plus.
Vous voyez par là que je ne demande pas non plus, comme en musique, des finale, des coda, pour toutes sortes d’ouvrage; j’exige seulement qu’on ne s’arrête que lorsqu’on a touché le but. « Italiam! /taliam!... je finis le traité des fiefs où la plupart des auteurs l’ont commencé : » voilà la seule conclusion de Montesquieu pour les trente et un livres de l'Esprit des lois. Et il a raison, en effet, de briser là, sans plus de façon ; cette brusquerie originale n’est nullement déplacée, pourvu que l’esprit du lecteur soit réellement satisfait, qu’il comprenne que la matière est épuisée et que toute addition serait superflue.
Sans doute la fin d’un ouvrage, quelque nom qu’on lui
i Oraiton jaculatoire, prière courte et fervente. Dit lionn. de l’Académie.