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nous entendîmes Voire Majesté , environnée des pairs et des premières dignités de l’État , au milieu des prières, entre les bénédictions et les cantiques, à la face des autels, devant le ciel et la terre, les hommes et les anges, proférer de sa bouche sacrée ces belles et magnifiques paroles, dignes d’étre gravées sur le bronze , mais plus encore dans le cœur d'un si grand roi : Je jure et promets de garder et faire garder l’équité et miséricorde en tous jugements , afin que Dieu , clément et miséricordieux, répande sur moi et sur vous sa miséricorde. »
Mais où l’orateur rencontre souvent les accents les plus pathétiques, c’est lorsqu'il se met lui-méme en scène, et qu’il communique à l’auditoire celte énergie de la personnalité qui met, non plus les opinions et les sentiments , mais l’homme lui-méme en contact avec l’homme. Voyez lord Chatham , à cette mémorable séance qui fut son dernier pas tout à lu fois dans la carrière parlementaire et dans la vie. « Voyez , dit M. Viilemain, ce vénérable vieillard qui arrive pâle comme la mort, mais richement vêtu, comme s’il eût affecté quelque chose de solennel et de pompeux dans le dernier jour. Il est appuyé sur son fils, William Pitt, qui devait être un si grand homme. Aussitôt qu’il parait, la chambre entière se lève et le laisse respectueusement passer. » Il était impossible qu’une grande partie de cette suprême allocution de lord Chatham, et la péroraison surtout ne fussent pas tirées de la personne de l’orateur. Car dans cette grande circonstance, l’homme excitait aussi puissamment que la question même l’attention et les sympathies de l’assemblée. Aussi après quelques mots sur sa longue absence et ses infirmités : « Milords, dit-il, je me réjouis de ce que la tombe n’est pas encore fermée sur moi, de ce que je suis encore vivant pour élever ma voix contre le démembrement de cette ancienne et très-noble monarchie. Courbé, comme je le suis, par la main de la douleur, je suis peu capable d’assister mon pays dans cette périlleuse conjoncture; mais, milords, tant que je garde le sentiment et la mén|pire, je ne
1)E LA MléTOlUQUE.
consentirai jamais à priver la royale postérité de la maison de Brunswick et les descendants de la princesse Sophie de leur plus bel héritage. »
N’cst-cc pas dans l’intervention personnelle de l’orateur que consiste en grande partie le triomphe de Bossuet, dans la péroraison de Y Oraison funèbre de Condè, « lorsqu’après avoir mis Condé au cercueil, comme parle Chateaubriand, il appelle les peuples, les princes, les prélats, les guerriers au catafalque du héros ; lorsqu’enfin s’avançant lui-mème avec ses cheveux blancs il fait entendre les accents du cygne, montre Bossuet un pied dans la tombe, et le siècle de Louis, dont il a l'air de faire les funérailles, prêt à s’abîmer dans leternité? »
L’éloquence de la chaire, dans les Pères de l’Eglise grecque et dans les prédicateurs français, abonde en péroraisons comme en exordes remarquables. On cite celles du discours d’Adrien au peuple de Constantinople et de Y éloge de saint Bazite, par Grégoire de Nazianze, celles de la plupart des oraisons funèbres de Bossuet et des sermons de Massillon, celle du discours du père de Neuville sur le péché mortel, la péroraison si touchante de Vincent de Paul, tirée de la personne du client, lorsque, montrant aux dames pieuses qui composaient son auditoire les pauvres petits orphelins dont il s’était fait le père, près d’expirer devant elles, si elles ne leur venaient en aide, il s’écriait : « Or sus, mesdames, la compassion et la charité vous ont fait adopter ces petites créatures pour vos enfants. Vous avez été leurs mères selon la grâce, depuis que leurs mères selon la nature les ont abandonnés. Voyez maintenant si vous voulez aussi les abandonner pour toujours. Cessez à présent d’étre leurs mères pour devenir leurs juges ; leur vie et leur mort sont entre vos mains. Je m’en vais prendre les voix et les suffrages. 11 est temps de prononcer leur arrêt, et de savoir si vous ne voulez plus avoir de miséricorde pour eux. Les voilii devant vous ! Ils vivront si vous continuez d’en avoir un soin charitable : mais je vous le déclare
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devant Dieu , ils seront tous morts demain , si vous les délaissez. »
« Cette conclusion , dit M. Leclerc, le modèle des péroraisons pathétiques, eut le succès quelle méritait : le même jour, dans la même église, au même instant l'hôpital des enfants trouvés, qui jusque-là périssaient dans les rues, fut fondé à Paris et doté de quarante mille livres de rente. » 11 est rare, sans doute, que leloquence évangélique, si sublime quelle soit, obtienne des résultats aussi positifs. On ne peut guère rapprocher sous ce rapport de la péroraison de saint Vincent de Paul, que la seconde partie du beau sermon m faveur de la fondation d’un hospice jiour les militaires et les prêtres infirmes, prononcé au dix-huitième siècle par l’abbé de Boismont dans une assemblée des dames de la charité. Telle fut la puissance de parole du prédicateur, que la quête qui suivit son sermon rapporta cent cinquante mille livres en souscriptions.
Quoi qu'il en soit, il est certain que nul genre d'éloquence ne prête plus que celle de In chaire au pathétique de la péroraison. Celte profonde sympathie pour les misères physiques et morales de 1 humanité, ce salutaire effroi des impénétrables jugements de Dieu , celte invincible fermeté contre les méchants , cette inépuisable charité qui doivent animer le prédicateur, lui permettent de multiplier les tableaux terribles ou touchants, énergiques ou tendres, de répandre Ponction la plus pénétrante, de faire un appel aux sentiments les plus affectueux. Tantôt il adresse à Dieu ses ferventes prières en faveur du pécheur repentant ou obstiné; ainsi Massillon dans la magnifique péroraison du sertnon sur le petit nombre des élus ; tantôt il développe quelqu’un de ces psaumes, si féconds en images gracieuses ou brillantes; ainsi la paraphrase du De profundis par le même orateur à la lin de sa belle homélie sur le Lazare.
C’est sans doute d’après ces motifs que l’abbé Maury ne
•DE LA RUÉTORIQUE.
permet point de tcrmincMes discours prononcés du haut de la chaire par ces résumés, ces récapitulations plus convenables en effet aux œuvres qui s’adressent à l’esprit et à la raison qu’à celles qui en même temps parlent au cœur (V).
J’admets dans l'histoire un épilogue qui dégage des événements passés les leçons qu’ils donnent ou les résultats qu’ils promettent à l’avenir; dans les œuvres philosophiques ou didactiques , dans certains discours prononcés au barreau ou à la tribune, un sommaire, une récapitulation, ce que les Grecs nommaient , qui rappelle avec énergie et
variété de forme tout ce qui a été dit, pour le graver plus avant dans la mémoire et en faire mieux saisir l’ensemble par la suppression des développements. C’est ainsi , si celte règle était indispensable et universelle, que nous pourrions conclure le présent chapitre, le dernier de ceux qui traitent de la disposition, par le résumé suivant :
La disposition consiste à coordonner et à lier entre elles les idées que l’invention a fournies. Pour y parvenir, il faut d'abord se tracer par la méditation un plan qui embrasse l’ensemble et les détails de l’œuvre , et le suivre fidèlement. De l'ordre naissent la lumière et la chaleur; la lumière, par l’unité du dessein, qui, bien comprise, répand sur toutes les idées le même jour avec des teintes variées, et donne à chacune sa valeur ; la chaleur , par l’étroit enchaînement de toutes les idées, qui, en les rapprochant, les fortifie et les échauffe l’une par l’autre. La disposition enseigne les justes proportions à observer entre toutes les parties d’un ouvrage, l’artifice de la gradation, des transitions, des préparations oratoires. Passant ensuite aux diverses parties, elle trace les règles du début, montre comment il dépend de l’ensemble, quelles dispositions il doit faire naître dans l’esprit du lecteur ou de l’auditeur; elle en indique les différentes espèces, les sources, les mérites et les défauts. Elle procède de même pour les autres membres dont se compose le corps de l’écrit ou du discours : narration