‹ De la rhinoplastie, art de restaurer ou de refaire complètement le nezChapitre 3 sur 36 · ZEN & LS · texte numérisé non relu

ZEN & LS

(Premier article.) INTRODUCTION.

La perte complète du nez, ou d’une partie de cet organe, produit une difformité si pénible à voir, que de tous temps les rhitnomètes (1) ont été un objet de dégoût pour la société (2). Aussi dès la plus haute antiquité, et dans presque tous les pays, ce genre de mutilation fut-il un des chàmens les plus redoutables appliqués aux grands criminels.

L'histoire complète des nez coupés serait trop longue à faire, et nous obligerait à trop de détails, tant la matière estriche sur ce sujet. Bornons-nous donc, à.esquisser rapidement l’historiographie ancienne ét moderne de cette étrange coutume.

mRAAQTE de Sicile rapporle que « par ordre

» d’Actasan, on coupa le nez à tous les habitans

» de Kistipoor, même aux enfans à la mamelle, » afin de punir toute cétte race de brigands et

(1) Individus sans nez.

(2) L'histoire rapporte qu'Eusébie, abbesse du monastère de St-Cyr, à Marseille, et les 40 religieuses de son couvent se mutilèrent le nez pour se soustraire aux désirs impudiques des Sarrazins qui s'étaient emparés de la ville, Ces féroces vainqueurs en furent tellement outrés, qu'ils les mirent toutes à mort.

Un grand nombre de femmes et de jeunes filles anglaises se défigurèrent horriblement et de la même manière, afin d'empêcher les Danois, devenus maîtres de leur pays, d'attenter à leur honneur. (Chron. angl.)

C5) » leur en laisser une trace indélébile ; il surnomma » leur ville Nasica-Topoor, et comme ils demeu- » rèrent incorrigibles, il finit par les expulser de » ses états. Ils se réfugièrent alors vers Oreb, » qui depuis lors s’appela Rhinocolure. »

Chez les Egyptiens, les Grecs et les Romains, la loi infligeait ce terrible châtiment aux adulières, et pour surcroît de bizarrerie, accordait aux maris outragés le soin de se faire justice eux-mémêmes. C’est assez nous dire que ces messieurs devaient s’en acquitter de manière à ne laisser aucun vestige du nez. Sixte-Quint faisait abattre le nez aux voleurs et aux bélitres qui infestaient Rome et sa banlieue ; ce qui prouve qu’autrefois ce châtiment était aussi commun en Italie que dans les Indes, où il est toujours en usage depuis is à immémorial(i). En Angleterre, la reine

(2) En 1824, étant à Fohä, LS la Basse- Egypte, et rencontrant au bazar quantité de gens sans nez, je demandai la cause de ces nombreuses mutilations, voici ce que me répondit mon guide. « Foha, la ville des fruits, comme l indique son nom arabe, est aussi la patrie fe le repaire des plus effrontés larrons du pays. La cite serait inbabitable si la loi , plus sevère icique partout ailleurs, ne mutilait Les principaux voleurs afin d’intimider les autres. » Mon‘cicerone arabe, continuant sa narration, ajouta malignement que le plaisir illicite qu'on prend avec la ferme d'autrui ætant cgRsEerE par eux comme le plus & srand des larcins qu’on puisse commettre, le méme genre de PAR élait inflige au coupable ; ; si mon ciceroné avait compris le latin, c ‘eut bien été. de cas de lui répondre commé le bon Musianus. 5%

Si mœchis rasum mos esset tollere nasum, Muiti per mundum sine naribus esset eandum.

Sous le gouvernement actuel de Mehémet-Ali , eette abominable

côütume ainsi que l'affreux supplice du pal, ont été entièrement abolis,

Elisabeth, dont le grand nez est devenu historique , fit ordonner par un bill de réforme, qu'on coüpât les oreilles et le nez à tous ceux qui parleraient mal de sa personne et de son gouvernement. Dans ce même pays, qui pourtant devait être plus tard le berceau de la liberté , le chevalier Cowentry S’étant permis une raillerie trop amère sur le compte de Charles IT, le monarque indigné lui fit coaper le nez. En Prusse, Frédéric ILle fitimpitoyablement abattre à un noble Séquanien, qui s'était plaint avec fierté d’avoir été enrôlé par dol. Qui ne connaît l’histoire de cette femme d’un notaire de Paris qui, poussée par un étrange mouvement dé jalousie, arracha le nez à une pauvre bouchère, ‘sa rivale? |

L'histoire physique et morale du nez mas un très haut degré d'intérêt. Le bon Hérodote ,:quine mentait pas toujours, prétend que dans le langage symbolique des prêtres d’fris et d'Osiris, la figure du nez signifiait un homme sage et prévoyant. Athènes et Rome qui reçurent en héritage, une partie des lois, usages et beaux-arts de la Vieille- Egypte, eurent aussi une grande considération pour les beaux nez : on ÿ aimait de préférence ceux qui l'avaient long et carré au bout, /ongus quadratusque nasus ; telétait le nasum ciceronianum. Nous sommes forcés d'admettre aussi qu’Ovidius naso et Scipion le nasifique Sarre être

bien partagés.

En France, comme dans toute l’Europe mo-

derne, on a su apprécier toujours ce que vaut un beau nez grec ou romain. En général, on ne l'aime point quand il est petit (camard ou carlin). On mésestime un punais et l’on abhorre un homme sans nez ; le rithnomèie est un vrai sujet d’effroi pour les femmes et les enfans. Dans notre langage familier, le substantif nez joue un si grand rôle que nous l’employons. très - souvent pour désigner la personne tout entière. Ainsi l’on dit 7/ a bon nez, d’une personne avisée; on lu a donné sur le nez, d’un individu qui aura été mortifié ou battu; se casser le nez, d’un autre qui n’aura pas réussi; 7tre au nez, se moquer de quelqu'un, etc.; enfin cette étrange synechdoque, où l’on prend la partie pour le tout, est d’un usage si fréquent que nous l'avons sans cesse à la bouche, et qu’à tout instant je la vois s'échapper de ma plume; mais ce qui est plus singulier encore, c’est d’avoir poussé le prestige 2asomanique au point d'appeler nasillard, nasiloquus, homme qui parle du nez, le pauvre mulilé qui est entièrement privé de cet organe, ainsi que les malheureux qui ne jouissent plus de son libre usage (les enchifrenés). Nous ne saurions mieux terminer notre petite excursion littéraire, qu’en rapportant le fait suivant que nous fournit l’histoire du grand Napoléon, qui a aussi payé son tribut à la parodie du nez. « Un jour que M. de Pradt, archevêque de Malines, déraisonnait politique, comme à son ordinaire, et qu'il parlait en ma présence de ses projets extravagans, je me

(6}) contentai de fredonner une partie de ce couplet st connu :

Où courez-vous, monsieur l’abbé ?

Vous allez vous casser le nez.

ce qui le déconcerta si fort qu’il ne put ajouter une parole de plus. » (1)

Les beaux nez sont donc en grand honneur dans tous pays : mais comme il n’y a pas de règle générale sans exception; nous conviendrons de bonne foi que les Chinois les aiment petits, Les Maures camus, et que Les T'artares l’écrasent à leurs enfans, parce que, disent-ils, c’est folie de porter un nez devant les yeux.

Histoire de la Rhinoplastie (x).

La difformité provenant de l’absence du nez, peut être congéniale; ce cas, quoique très-rare, a été observé plusieurs fois ; mais le plus souvent elle est accidentelle. Les causes ordinaires de ces muiülations, sont les coups de sabres, d'armes à feu, et autres instrumens vulnérans, ainsi que l’action destructive de certains ulcères vénériens, cancéreux, dartreux, etc., ou bien d’un froid lrès-rigoureux.

L'absence de cet organe donne non-seulement

(1) OEuvres choisies de Napoléon Bonaparte, tome 4°, page 30, ar-

ticle de Pradt, ex-archevêque de Malines.

(2) Dérivé de deux mots grecs: rhiuo , uez, plasto, favoriner, former.

ur aspect hideux ,mais encore a l’incon vénient de nuire à la prononciation de certaines lettres, de diminuer l’odorat, et de mettre les fosses nasales en rapport trop direct avec l’air et les corpuscules qu'il contient.

Les causes destructives du nez étant très-muitipliées, on concevra facilement que les occasions de les restaurer, auront dù se présenter souvent aux chirurgiens. Cette opération, originaire de l'Inde, où depuis un temps immémorial , on coupe beaucoup de nez, est un des plus beaux triomphes de la chirurgie. La main de l’homme produisant à volonté un organe détruit, semble le faire participer au génie du créateur. Les premiers essais rhinoplastiques tentés en Europe, parurent si extraordinaires aux chirurgiens du moyen-âge, que la plupart d’entre eux en nièrent la possibilité d'exécution (1). Il n’a fallu rien moins, que les fréquentes occasions qui se sont présentées de pratiquer cette opération et les nombreux succès que l’on a obtenus, pour faire cesser l’incrédulité et le ridicule qu’on avait jeté sur ce genre de prothèse animée.

De la Rhinoplastie des anciens.

. Puisque de tout temps et dans tous les pays. 1l y a eu desnez coupés, ou détruits pas suite de malaf1) Lisez les railleries spirituelles de van Helmont (Opuscula medica),

et les déclamations de Juuker sur Les operalior!s tagliacozicrmes ; vulgrrement appelées, raccoutremens des nez

die, il n’est point étonnant queles chirurgiens de la plus haute antiquité aient essayé de les raccommoder. Ils réparaient l’organe détruit aux dépens de la peau du voisinage, et profitaient pour cela de toute la ductilité dont les joues sont susceptibles ; lorsqu'ils ne pouvaient les étendre assez, ils y faisaient des incisions, ce qui facilitait le déplacernent des tégumens. Galien, né en Asie, et qui vivait au commencement de l'ère chrétienne, parcourut l'Orient et séjourna nombre d’années à Alexandrie, rendez-vous de tous les savans de l'Europe et de l’Asie. Dans ses rapports avec les philosophes indiens, et dans la lecture de leurs ouvrages dont la collection était une des principales richessesde la bibliothèque de cette ville, le médecin de Pergame eut probablement occasion de recueillir quelques renseignemens sur les procédés nasifiques qu'employaient les Brahmines; mais ces prêtres indiens ayant soin, autant que possible, de ne jamais pratiquer cette opération en présence des profanes, Galien ne dut se procurer que des documens imparfaits.

Voici quel est le procédé opératoire qu'il conseille de mettre en usage. « Lorsque, par suite d’un ulcère ou d’une action vulnérante, le nez aura été détruit en partie ou enlevé en totalité, il faut en faire un nouveau, ou du moins recouvrir son emplacement aux dépens de la peau de la face. » (Meth. med. kb. XIV, cap. XF I.) En conséquence , il propose de disséquer et de détacher la

peau au pourtour du nez, de l’amener de droite et de gauche vers le lieu où on en a besoin, pour l’y fixer par quelques points de suture; on ménageait ensuite d’une manière convenable l’ouverture des narines (1).

Celse dit même que si on prend la précaution de pratiquer de longues incisions verticales près des oreilles, 1l est beaucoup plus facile de ramener la peau vers la ligne médiane. Non creatur ibi corpus, sed ex vicino adduntur , quod etsi in lei muuilatione fallere oculum potesl, in magna non potest (Lib. VIT, cap. IX). Différens passages des œuvres de Paul d'Egine traitent de ces procédés rhinoplastiques. Nous croyons, par respect pour nos lecteurs, devoir nous dispenser de rapporter les ineptes essais que nous ont transmis Olaus magnus (2). Il ne s'agissait de rien moins que de remplacer le nez absent à l’aide de la chair d’une volaille vivante. La méthode de M. Dieffen-

bach n’est qu’un renouvellement de la rhinoraplue des anciens.

(1) En 1820, une rhinoraphie de ce genre fut pratiquée, par M le baron Larrey, sur un militaire grièvement blessé d'un coup d'arme à feu tiré dans la bouche : l’opéré fut présenté à la faculté de médecine de Paris, où tous les professeurs purent l’examiner. La cicatrice est exacte, uniforme, linéaire et le nez a repris une conformation assez régulière pour que la physionomie du sujet n'offre rien de pénible à la vue. On peut lire les détails de cette intéressante opération dans le 55° cahier du Journal complémentaire du Dict. des Sciences méd. (Mai 1821.) Dans le tome 4 de ses campagnes, M. Larrey rapporte un autre cas absolument semblable : deux mois et demi après l'opération, le malade était bien portant et sans difformité sensible.

(2) Historia de rebus mirabilibu:, etc.

(10) Rhinoplastie italienne.

Cette méthode,qu on a aussi appelée Calabroise, ou Tagliacozzienne, devrait plutôt porter le nom de Sicilienne, car ce fut un chirurgien de ce pays, nommé Branca, qui, deux siècles avant TagliacoZz1, la pratiqua le premier en Europe (1).

De tout temps la Sicile ayant été en relation commerciale avec les Indes, par l'intermédiaire de Suez et de la mer Rouge, ainsi que par la Syrie et Bagdad, il est itrès-probable que c’est de l’Indostan, qu’elle aura importé en Europe lopératon rhinoplastique. Tagliacozzi, professeur à Bologne, ne fit que répéter les expériences de Branca, de Balthazar Pavone, de Mongitore et des Boiani (2) (famille qui, durant le quinzième siècle, s’étaitacquise, à Naples, beaucoup de célébrité dans l’art de racoutrer les nez et autres parties du corps). Vers la fin du siècle suivant, deux frères Boiani, de Tropea, en Calabre, parcoururent l'Europe en restaurant des nez de tous côtés. Ils jouissaient d’une grande réputation, et acquirent d'immenses richesses. Si ces habiles racoutreurs eussent commencé leur tournée quelque années plus tôt , et qu'ils se fussent rendus en Danemarck, ils auraient pu refaire un nez au célèbre astronome

(1) Ranzano, évêque de Lucera, ville du royaume de Naples, rapporte sous l’année 1442 que Franca, chirurgien sicilien, fut le premier qui pratiqua cette operation.

(2) Ainsi qu'on peut s'en convaincre en lisant l'ouvrage d'Antonio. Molinelli : Disquisitiones anatomo-pathologicæ, publié en 1625.

Tycho-Brahéqui, en 1566, à l’âge de 20 ans, ayant perdu le sien par suite d’un coup de sabre qu’il reçut dans un duel , fut, à son grand regret, camard toul le reste de sa vie. Cela prouve qu’à cette époque, il n’y avait en Allemagne ni à Copenhague, aucun chirurgien qui connût ou qui osât pratiquer ce genre d'opération. Mais en 1587, Tagliacozzi ayant publié une brochure intitulée : Epislola ad hieronimum mercurialem de naribus mullo antè abcissis reficiendis. Cette publication fit grand brait dans le public, acquit de la célébrité à son auteur, et donna lieu de croire qu'il était l’inventeur de la rhinoplastie. Ce ne fut qu’en 1597 qu’il fit imprimer sur cette matière un ouvrage ex professo : Clururgia nova de narium, aurium, labiorumque defectu, per insiionem cutis ex humero. Après la mort de ce médecin, les magistrats de Boulogne voulant honorer sa mémoire et transmettre à la postérité la méthode rhinoplastique, dont on Île croyait l'inventeur, lui firent ériger dans l’amphithéâtre de l'Ecole de médecine, une statue tenant un nez à la main.

Procedes opéraloires de la rhinoplastie italienree.

En Sicile, dans la Calabre, à Naples, et dans toute l'Italie, on a pratiqué [a rhinoplastie de plusieurs manières. Mais le procédé qui a été le plus généralement employé, est celui dont Tagliacozzi nous a transmis les détails dans son traité de chiruroic sur les difformités des narines , des lèvres et

12 ) des oreilles. L'opérateur, après avoir imité un nez avec une feuille de cire ou de papier, conduisait la face antérieure du bras du malade, audevant des ouvertures nasales, pour étaler sur le point convenable du membre, le modèle dont il tournait le sommet vers l’épaule; on marquait la circonférence avec de l'encre, qui, aussitôt qu'elle était desséchée, permettait de circonscrire et disséquer avec beaucoup de précision, un lambeau de peau que le chirurgien détachait de la pointe vers la base, qu'il avait soin de laisser adhérente. Une bandelette aglutinative, placée au-dessous, et légèrement serrée, servait à rapprocher les bords de la plaie (x). Ans cette opération préliminaire, on incisait le contour des ouvertures sanales ou du moignon du nez qui restait encore, le racoutreur y appliquait le lambeau saignant qu’il fixait à l’aide de quelques points de suture, et qui recevant sa nutrition à la faveur de sa base, restée adhérente au bras, se cicatrisait par ses bords. On avait la précaution de fixer le membre thoracique au-devant de la face, à l’aide d’un bandage approprié, et pour ce genre de prothèse, il fallait que la main et l’avant-bras reslassent appliqués sur la tête durant près de douze jours, afin que le lambeau de peau fût appliqué avec beaucoup de précision à la place du

(1) Lorsque Ja peau était trop mince, on faisait suppurer le lambeau avant de l'appliquer : il se crispait et ne tardait point à s'épaissir.

nez. (1). Lorsque l’agglutination était solide, l'opérateur séparait totalement la base de cette portion de tégument, qu'il perçait de deux ouvertures pour simuler cellés des narines; il y plaçait des bourdonnets de linge ou des canules de plomb, afin de les maintenir béantes, et achevait ensuite de donner une belle tournure au nouveau nez, où tout au moins, tàchait de le régulariser le mieux possible. Tagliacozzi recommande surtout de ne pas ménager l’étoffe, disant qu'il valait mieux avoir un gros nez que de l'avoir rabougri : melius est amptas gestarenares, quamimmunulas et deformes.

Quelques chirurgiens de cette époque faisaient cette opération d’une toute autre manière. Ils pratiquaient , à la face antérieure et moyenne de l’avant-bras, une incision dans laquelle ils logeaient les bords du nez mutilé, qu’on avait rendus saignans et qu’on y fixait à l’aide d’un appareil convenable, quiressemblait à celui mis en usage dans le procédé Tagliacozzi. Au bout de quinze ‘ou vingt jours, lorsque l’adhérence était solidement établie, l’opérateur taillait et détachait de chaque côté deux lambeaux triangulaires , de la forme du nez qu'il voulait racoutrer ; il les réunissait sur sa ligne médiane (dorsale), où ils ne tardaïent point à se cicatriser en y produisant une sorte de raphé. Ils achevaient ensuite de donner à cet opercule des

(x) Avant l'opération, 6n habituait le malade à l’action fatigante de cet appareil. |

(14) ouvertures nasales, l’aspect le mieux assorti à l'air du visage.

Graëff, chirurgien en chef de lInstitution clinique de Berlin, et M. Delpech, professeur de chirurgie ca L École de Médecine de Montpellier, qu’un affreux assassinat vient d'enlever à la science, sont, parmi les opérateurs modernes, les seuls, à ma connaissance, qui aient mis en usage la méthode dite Tagliacozzienne. Les modifications qu'ils y ont apportées sont peu importantes pour le fond, mais d’un assez haut intérêtsous le rapport de l’exécution.Ces deux céièbres chirurgiens ont imaginé un appareil composé d’un gilet lacé, et surmonté d’un capuchon en forme de casque rabattu en arrière, et qui emboîte solidement la tête. Une manche de toile ou de peau, cousue sur le côté du corset , à droite ou à gauche, suivant le bras qu’on veut martyriser, soutient et enveloppe ce membre dans toute son étendue dorsale, tandis qu’elle laisse à découvert toute sa face palmaire. Cette espèce de gaine, qui, auprès du coude, donne attache à quatre grandes courrroies, en présente encore deux autres plus courtes aux environs du poignet; les premières , à droite et à gauche, servent à relever ét à fixer le bras et.l’avant-bras vers la figure, en se fixant l’une sur le corset et l’autre au capuchon; tandis que les secondes ont pour objet, d’attacher solidement la main sur le sommet ou à la partie postérieure de la tête, suivant qu’on emprunte la peau du bras ou de l’avant-bras. L'emploi de cet appareil est la

(15) principale amélioration que ces deux praticiens aient apportée dans l’application de l'opération dite Fagliacozzienne.

Graëff, après avoir employé une année entière pour sa première tentative rhinoplastique, a fini par adopter, ainsi que M. Delpech, un procédé beaucoup plus expéditif et plus rationnel que celui de Tagliacozzi. Mais quant à l'exécution, il n’en est pas moins vrai que, relativement à léur mode opératoire , ils sont restés tributaires du nasifex italien.

Afin de donner au lecteur, une idée de la longue et pénible tentative à laquelle s’est livré le chirurgien. de Berlin, lors de son premier racoutrement, je ne saurais mieux faire que d’en rapporter un extrait analytique d’après M. le baron Percy :

« Ce fat sur un soldat prussien, nommé Michel Schubring, lequel avait eu le nez coupé par un des nôtres, sous les murs de Paris, en 1814, que le docteur Graëff entreprit d’en faire un nouveau. Il commença, le 8 mars 1816, par inciser et disséquer une longue portion de la peau du bras, ce qui causa des douleurs et une inflammation trèsvives qui se calmèrent à mesure que la suppuration s'établit dans la partie. La peau, sans avoir changé de couleur , se rétrécit d’un tiers, én s'épaississant dans la même proportion, et ses bords tendaient à se cicatriser ; il détacha l'extrémité supérieure du lambeau qui, devenu d’abord pâle et froid, se ranima peu à peu et fut mis en contact avec l’endroit où avait été le nez, Le bras fut alors élevé et

lié à la tête; mais cette position, moins longue dans l'opération dite de Tagliacozzi, qu’on ne l’avait dit faute d’avoir bien compris cet auteur , fut encore abrégée par Graëff, qui, au bout de quatorze Jours, découpa la pièce de peau et la sépara entièrement du bras, auquel la liberté fut aussitôt rendue. [l fallut recourir à quelques points de suture, rafraichir avec le bistouri quelques parties déjà cicatrisées ou devenues calleuses, en exciter d’autres par le moyen du feu; enfin tout alla assez bien, et l’on put former des narines et entretenir leurs ouvertures, d’abord avec des bourdonnets, et ensuite avec des petits cylindres de plomb. Ce ne fut qu'au bout d’une année que le sauvre Schubring sortit de cette longue épreuve avec une apparence de nez qui lui causa tant de joie, et aux autres tant de surprise, qu’il prit le parti de se montrer au public pour de l argent , avec la giaé cieuse permission de ses supérieurs. »

Quoique cette observation ne soit qu’un abrégé de celle consignée dans l'ouvrage de M. Percy, qui l’a extraite d’un long article de M. Huffeland qui, à son tour, n'avait inséré dans son Journal de Médecine, qu’une analyse succincte de la longue narration rapportée dans la Rhunoplastick du docteur Graëff, on a besoin encore de reprendre haleine après le récit que nous. venons d'en faire.

Cette lecture ferait presque, croire à l'enfance de l’art chirurgical, et surtout à un défaut d’habileté de la part de l’opérateur; si sa réputation bien établie et sesnombreux services rendus à la science,

(17) ne le mettaient parfaitement à l’abri à cet égard,

Aussi Graëff s'est-il empressé de reconnaître tous les inconvéniens de ce procédé opératoire, dont le résultat avait été si chèrement acheté. Ii Iui en a substitué un autre qu’il a nommé Wéthode allemande , et qui porte maintenant celui de l’opérateur. Elle n a pas dü lui coûter de grands efforts d'imagination, puisqu'elle n'indique rien de nouveau; mais nous devons lui savoir gré d’avoir réduit. l'opération Tagliacozzienne à des principes fixes et rationnels, à l’aide desquels il est parvenu à obtenir un prompt et brillant succès qui, fort heureusement, compense pour l'humanité, le long et douloureux “epphie qu'il a fait subir au malheureux Schubring.

Le lecteur verra avec plaisir, dans l'observation suivante, qui renferme tous les détails opératoires du procédé de Graëff, que ce chirurgien à été incomparablement plus expéditif et plus heureux dans cette occasion que dans la précédente.

Pour simplifier son opération et la rendre plus facile à exécuter, il a eu soin de la diviser en sept temps bien distincts.

«Auguste-Wilhemine Braun, âgée de vingtquatre ans, née et demeurant à Berlin, était affectée , depuis sept ans, d’un ulcère phagédénique qui avait rongé les ailes, la cloison et tout le tiers inférieur du nez, où l’on ne voyait plus que deux pelites: fentes qui correspondaient aux ouvertures des fosses nasales. L'opération fut entreprise et

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