‹ De la rhinoplastie, art de restaurer ou de refaire complètement le nezChapitre 4 sur 36 · TE · texte numérisé non relu

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exécutée le 11 septembre 1817, suivant Îles derniers principes auxquels M. le docteur Graëff avait enfin réduit celle de Fagliacozzi: 1°On commenea d’abord par former, avec du papier, un modèle de nez assorti à l’air de la figure. 2° On appliqua cette espèce de patron sur la face interne du bras, pour en tracer le tour , avec de l’encre, comme le fontles Indiens, etcomme Tagliacozzi l’a indiqué: 3° On incisa sur cette ligne, pour former le lambeau triangulaire qu’on disséqua en le détachant par la pointe qui était du côté de l'épaule, ct en ayant soin de lui laisser le plus possible du tissu cellulaire sous-cutané. 4° On continua la dissection jusqu’à la base, qui resta en communication avec les tégumens du bras. 5° Celui-ci fut levé et fixé à la tête, de manière à ce que la pièce de peau pût s’ajuster au troncon de nez restant, préalablement excorié partout où devaient porter les bords saignans du Jambeau tégumentaire. 6° On le retint en place avec des aiguilles et des sutures entortillées; et, quand son agglutination fut assez avancée, on coupa la base restée adhérente au bras, ce qui mit fin à l'attitude très-génante de ce membre. 7° Enfin on acheva de couvrirpartout le vide qu'avait laissé le nez perdu, et l’on eut soin de ménager deux ouvertures convenablement re Aa pour simuler les deux narines.

Le quatrième jour de Loir pratiquée sur la nommée Wilhemine Braun, la réunion parut si hien faite qu’on se décida à couper et à enlever

les flsides sutures: Ce fut le sixième jour qu'on détacha du bras le flambeau cutané, et qne le membre, débarrassé de::ses liens, ‘put reprendre ses mouvemens et ses usages ordinaires ; le vingtsixième, on commença à donner au nouveau nez là forme qu'il devait avoir ; lés ouvertures nasales, qu'on avait pratiquées! dès les premiers jours ‘de l'opération, furent alors agrandies , façonnées et maintenues ouvertes par l'introduction de deux pêtits tubes de zinc. On réprima, avec le nitrâte d'argent, des bourgeons charnus qui génaient én quelques: points la cicatrisation des bords de la plaie : : ‘enfin, le:26: oetobre dé la méme année, la éure fût si hodrénsciene terminéé , qu'à peine le nez refait différait il de celui qu’il avait iris 4 et dont al Feed Jes: fonctions, pis JUS

? Cest at” moins ce qu a publié RER (voyez. la Rhiplésih, ou l’art de remplacer d’une manière organique là perte du nez, éclaircie « d’après T'éxpériencé et perféetionnée par de nouveaux procédés, ouyrage publié par M.le docteur Gr aëff, in. NE avec six ses Berlin, 181 18.) r

vrage ‘de dede en sun

: M.Delpech,: à qui j’ abivalpratiquer; eh 1810, ‘ane opération à peu près senblable ; n’obtint point à cétte-époquo'un résultatiaussi complet. Il fut plus heureux que ne l’a été Graëff dans sa première tentalive,; mais son raccoutrement fut loin d’égaler

( 20 ) celui qu'a obtenu le chirurgien de Berlin sur là nommée Auguste-Wilhemine Braun.

Du reste, le professeur de Montpellier, qui a pratiqué douze fois la rhinoplastie , tant par la méthode tagliacozzienne que parcelle des Endiens , dont ;nous parlerons dans un des, chapitres suivans, insiste pour qu'on ne néglige pas la suture entortillée, en faveur de laquelle il s’est décidé.

- Nous verrons plus tard, lors de la description de la méthode des koomas, que j'ai pratiquée aussi avec succés, que M. D considézant et traitant la rhinoplastie sous un point de-vue plus étendu que.le chirurgien de Berlin; à très-bien détaillé et combiné.tous les temps de-cette opération.

-Aïnsi donc, aux raisons que nous avons: précédemment alléguées.; pour démontrer que la, méthode italienne! aura été importée des, Indes, en Europe par le commerce sicilien : 3k nous sera. facile d’adjoindre encore une autre preuve “bien convaincante : c'est d'identité. du principe. de ces deux opérations. Eneffet, dans chacune des deux méthodes, on dissèque un lambeau de peau. qu'on laisse adhérent par l’une de ses deux extrémités, et dont on applique l’autre sur la région du ñez; si à Bologne, à Naples, dans la Calabre et en Sicile, on préféra emprunter la peau au bras plutôt.qu’au front, c’est qu’à cette-époque: de barbarie , toute cicatrice profonde avait un caractère suspect (1),

(x) T1 faut éonvenir que les goûts ont bien changé, car cé ‘qu'un offr-

(ax :) à cause de Fusage où l'on était d'y imprimer , au moyen du-fer rouge, une marque flétrissante en punition de certains crumes honteux etdéshonorans.

Méthodes indiennes.

I. Originaire des Indes, la rhinoplastie , comme nous l'avons déjà dit, fut pratiquée, dès la plus haute antiquité, par les Brackmanes (1), ensuite par les Bramines (2), qui, plus tard, transmirent le secret de leur méthode à une caste privilégiée d’Indous qu’on nomme Koomas, descendans directs des prêtres de Brama. Le caractère religieux de ceux qui pratiquaient cetle singulière opéralion, a été probablement la cause du long mystère dont elle à été enveloppée durant un si RE nombre de siècles. Une circonstance fortuite a pu seule en donner connaissance aux chirurgiens de l’Europe.

L’'Hircarrha (gazette de Madras, année 1793) rapporte qu’un paria (3), nommé Cowasjée, bou-

cier de nosjours ambitionne Je plus, c’est une blessure de bon goût, ce qui veut dire une jolie cicatrice au front, qui contribue à sa réputation de brave, sans endommager les grâces de sa figure.

(1) Nom des anciens philosophes indiens , premiers prêtres de Érahama.

(2) Nom des prêtres modernes de Brahama, qu'on nomme aujourd'hui Brama.

(3) Dernière caste dans l'Inde.

vier à la suite de l'arméé anglaise, étant tombé au pouvoir de Typoo-Sacb, ce dernier, pour le punir d’avoir servi les ennemis de sa patrie, lui fit couper le nez et la main droite. Ce traître fut ensuite renvoyé à Séringapatam, afin qu'il pût montrer aux Indous ses complices, le châtiment que méritait leur infâme trahison. Les chirurgiens anglais prirent un très-grand soin de Cowasjée, qui, guéri de ses blessures, se rendit peu de temps après à Kumar pour s’y faire raccoütrer le nez par un habile nasifex en grande renommée dans le pays. L'opération réussit complétement et le paria, de retour à l’armée anglaise, fut un sujet d’étonnement pour les gens de l’art et pour tous les Européens de Séringapatam.

Peu de temps après , Thomas Cruso et James Studlay, médecins à Bombay, furent témoins de deux opérations semblables pratiquées avec succès sur des Indiens déserteurs > qui avaient été faits prisonniers. [ls rapportent + on détacha du front un lambeäu triangulaire de peau, qui ne resta adhérent que par une languette placée entre les deux sourcils, afin qu’il ne fut point privé de sa nutrition; on le rabattit de manière à ce que la surface . saignante correspondit à l'emplacement que doit occuper le nez; on incisa la cicatrice pour raviver les bords des ouvertures nasales, et le lambeau des tégumens du front y fut convenablement fixé par des bandelettes et un bandage approprié. Du-

rant les premiers jours , les narines furent maintenues ouvertes à l’aide de bourdonnets de charpie, et plus tard au moyen de deux tuyaux de plume, qui se trouvaient séparés par un pelit prolongement charnu, attenant à la base du lambeau, au moyen duquel on avait formé une espèce de souscloison nasale. L’agglutination ne tarda pas à s’opérer, et devint bientôt assez solide pour fournir à elle seule à la nutrition du tissu greffé. On incisa alors le pédoncule, qui était resté adhérent, et l’on régularisa le mieux possible ce nez de nouvelle formation.

Dans cette méthode des Indiens, les Koomas simulent d’abord un nez avec de la cire, tracent ce modèle sur le front à l’aide d’une matière colorante rouge, et, après avoir détaché le lambeau de chair, ils le fixent sur l'emplacement qu’il doit oc- Cuper, au moyen d'un mastic composé de terre japonaise et autres ingrédiens. [ls n’emploient que très-rarement les moyens de suture.

Barri, praticien anglais, avait vu pratiquer plusieurs fois cette opération par le chirurgien d'Hyder-Aly; mais c’est Lucas, son confrère et compatriote, qui, exerçant comme lui dans les Indes, y fit le premier essai de cette méthode rhinoplasüque : sa tentative réussit complétement. La nouvelle d’un succès aussi complet enhardit bientôt les chirurgiens de Londres, qui, plus instruits que

les Koornas , el secondés par de meilleurs instrumens, se flattèrent d'obtenir pour le moins d’aussi heureux résultats : ce en quoi ils se trompèrent. Mais, pour ne point anticiper sur l’Æzstorre moderne de la Rhinoplasue en Europe , nous allons continuer l'examen analytique des autres méthodes que l’on a proposées et mises en usage à une époque antérieure.

IF%, L’agglutination du nez est-elle possible, lorsque cet organe a été complétement séparé du Corps?

Cette question qui, au premier abord, semble si facile à résoudre, est depuis long-temps le sujet d’une controverse très-animée. Les faits sont nombreux de part et d'autre, les expériences paraïssent bicn constatées, et cependant l’objet est toujours en litige, soit parce que les uns ne veulent point modifier leur opinion, qu’il croient suffisamment fondée, soit parce que les autres se plaisent dans leur prévention, en dépit de toutes lesobservations qu'on peut leur présenter. C’est bien le cas de rappeler ici l’axiôme de Phèdre : Periculum est credere et non credere. Il ne convient pas sans doute d’accucillir trop légèrement toutes les histoires merveilleuses qu'un grard nombre d’écrivains très-recommandables ont publiées sur la revification des parties entièrement détachées du üssu vivant; mais il ne faut pas non plus, par un

(25 ) sceplicisme outré , repousser tous les faits de cette nature, par la seule raison qu'ils paraissent contraires aux principes d’une saine physiologie ; autant vaudrait s’écrier comme le psalmiste : Omnis homo mendax.

J'ai commencé, comme tant d’autres, par nier la possibilité d’une pareille réhabilitation ; mais des faits nombreux, et qui me semblent porter l'empreinte de la vérité, ont tellement ébranlé ma première conviction que, soit par amour-propre ou crainte de me tromper, j'ai préféré me réfugier dans un doute philosophique qui, comme le dit Bacon, est l’école de la vérité : {n dubro tutior pars est eligenda. C’est une profession de foi que je me hâte de faire, afin que, dans le cours de ce chapitre, le lecteur soit moins disposé à me taxer de trop de partialité : libre à lui, après un mür examen de la question , de se décider pour l’une ou l’autre opinion, suivant que le principe lui en paraîtra le mieux démontré.

Une des observations relatives à cet objet, et qui à eu le plus de publicité, quoique fort contestée, est sans contredit celle rapportée par Garengeot (1). Comme on s’est plu à la dénaturer et à

(1) Traité des opérations de chirurgie, par Garengeot.

(26 ) ÿ ajouter des circonstances propres à la rendre ridicule, nous tâcherons de la rapporter avec exactitude, tout en la dépouillant d’une superfluité de détails bien inutiles, et qui, d’ailleurs, ne changent rien au fond de la question.

Le 26 septembre 1724, deux soldats du régiment de Conti, compagnie de Malide, sortis ivres du cabaret, se prirent de dispute, et se battirent corps à corps dans la rue (1); mais l’un d’eux saisissant avec les dents toute la partie cartilagineuse du nez de son adversaire, la lui arracha tout net et la cracha dans la bouc. Un chirurgien du voisinage, nommé Galain, ayant lavé ce nez dans du vin chaud, le rappliqua aussitôt et le mnainünt en place à l’aide d’emplâtres agglutinatifs et d’un bandage en fronde. Dès le lendemain, l’agglutination commença à s’opérer, et Garangeot, qui pansa le malade quatre jours après son accident, rapporte avoir vu ce bout de nez parfaitement réuni et cicatrisé. Tel est le fait raconté par Garengeot, qui professait avec éclat, à Paris, l'anatomie et la chirurgie.

À cette époque, Sylva, Lapeyronie, Malasal, Roux, Sauré et Quesnay, en donnant leur approbation écrite à l'ouvrage de cet auteur, purent bien montrer quelque étonnement, mais ils ne

(1) Ce fut dans la rue des Deux -Ecus, au coin de laquelle se trouvait situé ledit cabaret, qui existe encore; il portail alors le nom de l'Epee- Foyale.

(SR) firent point paraître d'incrédulité. Personne enfin ne songeait alors à contester un fait aussi étrange; il s'était passé en présence d’un trop grand nombre de témoins, et paraissait revêtu de preuves trop incontestables, FOR qu'on püt se permettre d’en douter.

Ce ne fut que long-temps après qu’un certain Montaulieu, malignement caché sous le nom de Philippe d'Alcrippe, commença à se moquer de Garengeotet à nier la véracité de son observation. Le signal de l'attaque donné, les journaux françcais et étrangers se déchainèrent contre l’auteur ; les insultes et les pamphlets lui furent prodigués de toute part, et Heister fut celui de ses confrères qui le traita le plus cruellement. Garengeot fit face à toutes ces attaques, et répondit toujours avec le même esprit de conviction aux tracasseries littéraires dont il devint l’objet. En effet,que pouvaient produire sur sa conviction tous les soupçons de réalité manifestés par Heister, Lafaye, Morand, Winslow, Petit, et tous leurs contemporains, lorsque lui, Garengeot, pouvait leur produire vingt témoins pour attester le fait, et ie chirurgien Galain , ainsi que ses trois élèves, qui avaient appliqué le premier appareil? Mais si, d’une part, les incrédules furent nombreux, d'autre part, on compte au nombre de ses zélés défenseurs, M. lebaron Percy, ce véritable fondateur de la

chirurgie militaire, qui, au talent d'écrire avec grâce et originalité, joignait une éruditioni profonde et une grande justesse de pensée. Il avait partagé d’abord la prévention commune contre l'histoire de Garengeot; mais, après avoir recueilli une foule de faits qui lui ont paru concluans en faveur de ce raccoûtrement de nez, il à cru devoir se rendre à l’évidence et n’a pas balancé de publier « que le jour était enfin arrivé de faire amende honorable à la mémoire de Garengeot, si long-temps souillée par d’injustes récriminations qui abreuvérent d’amertume les dernières années de sa vie, » Il rapporte, à l'appui de son opinion, le fait suivant dont il garantit l’authenticité, de manière à ne laisser aucun doute à cet égard.

Loubet, ancien chirurgien-major, auteur d’un Traité sur les plaies d’armes à feu, ayant vu , à Rocroy, un cas de même nature; mais sachant à combien de méchantes tracasseries avait été en butie Garengeot à propos de la sienne, se contenta d'en faire confidence à quelques-uns de ses intimes amis. M. Percy déclare avoir vu entre les mains de M. Leriche , chirurgien en chef de l’H6pital Militaire de Strasbourg, une lettre, en date du 22 juillet 1758, dans laquelle 4 bon Loubet, homme pieux, mais d'un caractère très-umide , racontait, sous le secret, à son ancien camarade d'armée, la cure singulière et inespérée qu'il avait opérée quelques mois auparavant. « Ve nez, disait-

il, avait été relevé, lavé, rappliqué, et son agglutination avait été obtenue en quinze jours. »

Un fait très-remarquable aussi est celui rapporté par Léonard Fioraventi (r), que ses contemporains ont admiré, non-seulement pour ses connaissances très- trérdueé en médecine, mais surtout pour si dextérité à pratiquer les HER tions chirurgicales. Se trouvant sur les lieux au moment où le Segnor Andréas Guïitéro reçut, de la part d’un soldat, un coup de sabre qui lui abattit le nez ; il le ramassa, le nétoyä dans de l’eau tiède , le remit en place, et l’assujéttit d’une manière si heureuse, que Padhérence fut complète au bout de quelques jours. « Allez, disait-il aux incrédules , allez visiter le segnor Andréas, qui demeure à Naples, où chacun connaît son histoire ; examinéz bien son nez et sd'cicatrice', Écoutez toutes les déclarations qu'on vous fera, et: vous verrez alors s il est possible éncore de déutér d’un fait, dont la vérité est si bièn: démontrée. » |

Ruddiman, célèbre voyageur, rapporté qu’on est. tellement persuadé dans l'Inde, que le nez coupé peut ELLE À r'ajusté, qu apres son ablation, qui a toujours lieu sur la place publique, Ja loi ordonne à l'exécuteur de le jeter dans un brasier ardent, afin que les raccoûtreurs du pays ne puissent le rappliquer au coupable. Mais en Italie, où,

(1) Voyez son compendium Wei secreti naturali.

{ 120.) comme nous lavons dit précédemment, l'on coupait jadis beaucoup de nez, la: loi, moins sévère ne faisant mention que de la mutilation pure ct simple. il paraît qu'on le recueillait avec beaucoup de soin, pour le rajuster aussitôt sur le facies du ijpauvre patient. C’est du moins ce que Henri Moinichen (1) assure avoir entendu dire à des témoins oculaires. — Antoine Molinetti, professeur d° anatomie ct de chir urgie à F Université de Padoue. assure que son père, chirurgien distingué à Venise, avait, en 1626, rendu cet important service à un Italien de Ron maison , qui avail été condamné à ce genre de mutilation. Il assista. à cette exécution légale, et prit toutes les PE écautions nécéssaires pour que le bout du,nez n’eût pas le. temps de se refroidir. :

L'on trouve inséré dans le Journal des ee juillet 1668, l'histoire. circonstanciée d’une rhinoplastie .de.ce genre, que Michel Leyséri ipratiqua sur un gentilhgmme qu, pour ses méfaits; avait été condamné à perdre son nez (2). tr © Un, autre fait, non meins étrange, à Lt inséré dans la Gazette de santé , numéro du 2 juin 1774. On peut « en juger par l extrait. suivant, d’une lettre écrite de Niort en Poitou » PRE M. Régnault,

re ) Obsermtiones. maicor chirurgie. C'est un | recueil ‘intéressant

de cas rares que Moinichen avait rassemblés pendant son séjoar en italie.

(2) On peut lire tous les détails de cette observation dans le Giornale del signor abbate Nazari (anno 1669).

maître en chirurgie, datée-du 20 mai 1974, et que publie cet estimable journal.

«Le 15 du mois de mars dernier, je fusappelésur le midi pour aller à ia prison voir le nommé Loudun, boucher de cette ville, qui y-était détenu. Un contrebandier , également prisonnier, se prit de querelle avec lui. Le coutrebañdier le mordit au nez, qu’il emporta en entier , jusqu’à le détacher des os du nez et des os maxillaires. Lorsque j'arrivai à la prison, cet homme avait un mouchoir à la main devant son nez, et mettant l’autre main à la poche, il tira un papier et me le remit. Voyez, me dit-il, ce qu'il y a dedans. Je développai le papier et fus, fort surpris d’y. voir tout un nez froid et noir. Je mis cette partie dans de l'esprit de vin camphré, et j'en lavai bien la plaie; j’appliquar ensuite cet organele mieux-qu’il me fut possible, et fixai ie tout en place prop bandage contentif : trois fois par jour j'arrosais le nez par-dessus, avec le mêmeesprit de vin. Au bout de huit jours, ayant levé l'appareil, je vis que cette partie se reprenait. Mais comme il y avait de grandes déchirurés, il'survint une suppuration, qui dura un mois. Au bout de cinq. semaines, il a été parfaitement guéri, sans aucun autre accident; son nez était entièrement, repris, et ilne restait de chaque côté, dans la partie inféricure, que deux petites ire enfoncées., Cette, observaüon prouve qu'on doit souvent tenter la réunion des parties, avant de se déterminer à les perdre,

(52 ) soit en les abandonnantidans l’état de dernière séparation où on les tréüve, soit en achevant de les séparer. Ainsi l’on à eu tort de révoquer en doute les faits rappelés par Gaspar Tagliacozzi et Garangeot. Si mon observation exigeait des garans, j'en fournirais , etc. »

Comme nous venons de le voir, cette ablation complète du nez est arrivée au nommé Loudun, dans un établissement publie ct en présence d’un grand nombre de témoins. La rapplication de cet organe a été faite, et son agglutination obtenue, au vu et su de tout le monde, puisque la ville entière aurait pu, aubesoin, nier ou attester cette publication, quidut à cette époque produire inè vive impression dans le monde médical. Enfin , l'insertion de ce fait extraordinaire, dans la Gazette de santé, qui l’a publié peu de jours aprèsl’entière guérison, lui donne un caractère quasi-officiel. D'aïlleurs, je ne sache point qu’à cette époque, personné se soit inscrit en faux contre le chirurgien Régnault; les preuves étaient là, pouvait les‘consulter qui voulait

M. Percy, dont personne n’oserait suspecter la bonne foi, n'a pas balancé à publier la singulière histoire qu’un docteur de la : Faculté de Médecine d’'Heidlberg lui à racontée, en 1816, et affirmée avecsermentetsurson honneur, en pr ésence de trois docteurs de Paris.

» En 1815, un étudiant de son pays s'étant battu en duel à Heïdelberg, son adversaire lui

abatlit d'un coup de revers, le bout du nez, qui tomba à térre sans qu'on l’ÿ apercût ; un des témoins, élève en chirurgie, appliqua à la bâte un petit appareil. Le frère du blessé étant accouru, enleva cet appareil, et ayant remarqué que Le LR du nez manquait, il le chércha, le‘irouva, le fit remettre et assujétir soigneusement à sa place, où il reprit facilement sur ses bords, mais sans pouvoir être cicatrisé dans son milieu avant le vingtsixième jour de sa réhabilitation: toutes choses parfaitement connues dans le pays, et que personne n’y oserait révoquer en doute, tant elles y ont eu de témoins, presque tous encore vivans. »

Quoique la plupart des cas que nous venons de relater soient de nature à ne pouvoir être récusés par la, seule arme du raisonnement, nous pourrons cependant les corroborer encore par une nouvelle et dermière observation, qui, par le haut degré d'intérêt qu'elle présente, ct les garanlies. dont elle est; accompagnée ) Te Serbe point. susceptible d'inspirer le moindre doute sur sa véracilé.

Ce n’est plus d’un nez coupé qu'il s’agit, mais d’une moitié d'oreille entièrement séparée, et dont on a obtenu la complète agglülination au bout de quelques ; jours

«On lit dans le tome 6, par 394 du Journal de Médecine et de chhurets militaire, védigé par

M. Fournier, la transcription détaillée de l’ob- )

servation suivante , rapportée par M. le docteur Magnin, aide- aux chasseurs de la Meuse.

Lahalle (Auguste), chasseur au troisième escadron du régiment de la Meuse (13") en garnison à Charleville, reçut, le 2 septembre 1819, un coup de sabre sur le côté droit de la tête, qui pénétra jusqu'aux os du crâne, lui abattit la partie supérieure de l’oreille, au niveau du conduit auditif externe. Lahalle, conduit chez le chirurgien Magnin , portait dans son mouchoir la portion d’oreille séparée. La plaie du cuir chevelu pansée, restait l'oreille détachée ; le blessé et ses camarades étaient d’avis de la jeter, ne, croyant point qu’elle pût reprendre. Mais M.Magnin ayant présent à l’esprit l'observation de Garangeot et celle du docteur Balfour(1},«Je rappliquaï, dit-il, cette partie de l’o- » reille détachée,la maintins à sa place le mieux pos: » sible, à l’aide de deux morceaux d'emplâtres » agglutinatifs, l’un du côté interne, l’autre du » côté externe, le tout soutenu par de la éharpie » molette, et un bandage légèrement contentif. » Le dixième jour, le morceau interne du spa- » radrap fut enlevé, et, à mon grand étonnement,

: (1) Le docteur, Wiliams Ralfou a publié dans la Bibliothèque. Bri: tannique , n° 1, page D. un fait tout aussi étrange : « [ rappliqua en présencé du docteur Reid , les parties entièrement separtés par un coup de hache et en obtint la parfaite consolidation. » On peut consulter pour

plus de détails l'ouvrage qu la fait i imprimer en 1814 et qui a pour titre: Observations on ‘adhesion , with. {vo cases, demonstrative of diure to reunite parts, wieh have. ben by: accident oéaÿy separate from the animal system: f;

(35) je trouvai l'oreille recollée , et parfaitement reprise sans suppuration, Pour plus grande sûreté, l’emplâtre extérieur fut laissé jusqu’au quinzième jour. Alors la place du crâne se trouvant aussi guérie, tout l'appareil fut enlevé. L’oreille est solide, bien cicatrisée, de couleur et sensibilité naturelles; sa cicatrice, linéaire et entièrement circulaire, démontrait aux plus

sceptiques, l'évidence d’un fait dont je pourrais

donner pour témoin tout mon régiment. »

: Legalisation de l'obsereation ci-dessus :

Nous soussignés, membres du conseil d’admi-

nistration du régiment des chasseurs de la Meuse, cérlifions que le nommé Lahalle (Auguste), chasseur au troisième éscadron du dit régiment, a eu, dans un combat singulier, le 2 septembre 1819, une partie de l'oreille droite totalement coupée ; et que celte partie, rappliquée par M. le docteur Magnin, chirurgien aide-major à notre corps (le chirurgien-major était absent pour cause de maladie) s’est parfaitement réunie, et que le dit Lähalle existe à notre corps, bien guéri.

Fait à Charleville , le 20 novembre 181g.

Ch. LEPAGE, NOUDET, V. CALLET, UBRy.

|eremamenns ane |

Le conseil supérieur de santé à cru ne devoir publier ce fait, que revêtu de l’attestation du conseil d'administration du régiment auquel appartient M. Magnin, non que ce médecin ne mérite toute confiance de la part de ses chefs, mais ils ont voulu, par cette précaution, ajouter, pour lé public, un nouveau degré de crédibilité à son rapport. Ainsi donc, que le bout du nez ou bien une partie de l'oreille, entièrement séparés du corps, soient susceptibles de recollement, et que ces parües rappliquées puissent revivre et redevenir parties intégrantes et animées du système organique, c'est ce dont nous ne doutons plus autant qu’autrefois, quoique cela nous paraisse encore trèsdifficile à comprendre. Pour ce qui concerne Île greffement des oreilles, MM. Percy et Richérand l'avaient déjà expérimenté et réuni chez le mouton, le lapin, et autres animaux. Mais ils n’ont jamais pu réussir à faire reprendre le bout du nez à des chiens. Toutefois il convient d'observer que, quoi qu'ils eussent attaché les pattes de l'animal, ils n'avaient pu l'empêcher de lécher quelquefois la plaie, ce qui devait avoir ébranlé l'extrémité nasale, et nui à son aggiulinalion. Cependant on à nié trop long-temps, ajoute M. Percy, et en cela, on a beaucoup nui aux progrès de l’art; car l’homme ne tentée guère ce qu’on lui fait considérer comme impossible. Il faut expérimenter : cette conduite est beaucoup plus philosophique,

pour arriver enfin à la solution de ce probléme. .. Nous n’en finirions plus si, pour terminer ce chapitre, déjà trop long, nous allions compulser les ouvrages de Fallopio et de Glandorp , de Decoratione ; celui que Joseph Baronio a publié, en 1804, sous le titre Aegli innesti animali (des entes animales); celui de Wiesman, Le coalilu partiumn a reliquo corpore prorsus haut etc. Lypsiæ; 1824. ainsi que les nombreuses observations rapportées par Pouteau, Thomson, Baylai; MM. Lespagnol, Wigorn, Balfour, et plus récemment encore celles publiées en Allemagne.

par M. Hoffaker, et en France, par MM. Piedagnel, Berard jeune et Barthélemy.

Seulement nous observerons que, puisqu'il parait évidemment démontré qu’une moitié de l'oreille étant séparée de l’autre, peut, après avoir été rappliquée, s'agglutiner, se nourriret prendre de l’acéroissement:; c’est pour le moins une induction lrès-favorable à la reposition et à la revivification des parties, dont la structure et la substance sontaussi similaires que celles du bd sert du lobule nasal.

Nous devons donc conclure :

* Que, toutes les fois qu'un nez aura été entièrement séparé du corps, on ne devra jamais négliger de le remettre en place, de l'y maintenir aussi exactement que possible, en lentourant de -loutes les précautions convenables pour favoriser -S0n agolulination :Dans le cas de non réussite,

cette applicalion serait d’une innocuité complète.

2° L’agglutination du nez sera d’autant plus probable qu il ne s'agira que de l'extrémité ou du lobule cartilagineux de cet organe, et que son application sera pratiquée immédiatement après la mutilalion.

3° Le succès de l'opération sera plus que douteux, lorsque la totalité du nez, (os et cartilages) aura été complétement séparée, que l’action vulnérante aura fortement contondu, ou désorganisé en partie les tissus, et qu’il y aura des esquilles osseuses. Il n’y aurait cependant aucun inconvénient à craindre de la rapplica tion de cet organe, après qu'on aura eu soin de simplifier autant que possible la nature des deux plaies.

I. Deficiente naso, est-il possible de prauquer la rhinoplastie à l’aide d'un nez d'emprunt, ou bien peut-on y suppléer au moyen de toute autre partie charnue prisé sur un autre inGividu ? |

Il paraît que la transplantation du nez, ainsi que son raccoütrement à l’aide d’un lambeau cutané de la fesse, sont des opérations qu’on pratique assez fréquemment dans l'Inde. Il ne doit pas être très-difficile, dans ce pays habité par des castes riches et privilégiées , de sc procurer un nez de rechange , où lPétoffe nécessaire pour en fabriquer un tout neuf, Les malheureux parias, gente éminemment taillable, doivent être faciles à exploiter

pour ce genre d’approvisionnement. D’ailleurs, la grande quanbité de malfaiteurs , ainsi que le trèsgrand nombre desprisonniersde guérre donton mutilelenez, offrentencore une ressourée inépuisable:

C’est à tort qu’on acru, dans cesderniers temps; que M. le docteur Dutrochet est le premier, en Europe, qui ait eu connaissance de cette méthode Mogolienne : ce que tendait à faire croire la curieuse observation qu'il a publiée dans différens journaux ét que nous rapporterons plus bas. Il est vrai que les rhinoplastes indiens avaient si bien gardé le secret de leur procédé, qu’il avait échappé, jusqu’à ce jour, à la recherche de nos voyageurs modernes, et que les Anglais qui habitent ce päys, dont ils possèdent depuis long-temps les plus belles contrées, Font complètement ignoré, puisqu'ils n’en ont pas fait mention. Mais comme nôus. l'avons précédémment ‘indiqué, les Siciliens (1), depuis un temps immémorial, ayatit été én relation avec l'Inde, y puisèrent, nonseulement les notions nécessaires qui ont donné naissance à la méthode dite tagliacozzienne ; mais ils durent ‘encore :y recucillir des notions sur. l'opération Mogolienne: C’est ce dont''on: pouvait presque se convaincre d’après la lettre qu'Elysius, Calentius, gouverneur du. fils /de

(a) La Sicile, toujours. féconde eu grands médecins, à été la patrre du célèbre Ingrassias, qui mérita si bien le titre glorieux. d'Hippocrate sicilien, que lui décernérent la reconnaissance publique et l'admiration du monde savant. |

Frédéric IT, roi de Naples, écrivait à un nommé Orpianus , ‘qui avait perdu lesnez : « Venez chez moi , je vous adressérai à Branca, chirurgien :Sicilien d’un très:grand mérite, qui vous appliquera un nouveau nez , soit à l’aide de la peau du bras ou bien au moyen de la transplantation du nez d’un esclave. Ce qu'ayant vu, je m'empresse de vous |” appr endre, ne pensant pas qu'aucune chose vous puisse être plus chère (1). » |

“Dans la collection de Cognatus,1l est question a d'unpassageremaraquable deCalentius, d’après lèquel ïlest dit que lenez était quelquefois formé aux dépens de celui d’unescläve. Referenda est chirurgica opéralio, qu& nasus aul abscissus, auf à nalivilale curtus, ex brachii carne , aui ex servi naso, reficitur ; ‘namque hoc fieré posse, fabulosum non est. (:Gourmelen, chirurgiæ artis ex. Hippocratis et vetcrum decrelis, ; els lib.T, Lutetiæ, 1580, ) T

Bhornas Fienus , nalif d'Anvers; : et. qui se rendit à Bologne en 1590 pour étudier sous Ta ghacozzi, fitimprimer, en 1602 ,son ouvrage de Præcinuis ariis chirurgicæ controversis, dans lequel ilparle de la formation duriez aux dépens d’unbras

ti) & Orpiane, si tibi nasum restitui vis, ad me veni. Profectà res esE apud homines incura. Branca Siculus, ingenio vir egregio , didicit nares inserere, quas vel de brachio reñcit, ‘ob de servis mutatas impingié, Hoc ubi :vidi, decrevi ad:te rate. mihil existimans charius esse posse: Quod si veneris, scito te domum cum grandi qésnbsm Vis na$0: rediturum volas. »

étranger. I] prétend aussi que Calentius, Gourmelen et Tagliacozzimême s'accordent tous avec lui, pour nous dire que le nouveau nez peut être pris du bras d’un autre homme; en effet, Pon peut lire daus le dix-huitième chapitre de l'ouvrage de Taghacozzi, qu'il né doute point que a peau d’un homme ne püt s'unir à celle d’un autre, mais que la difficulté de lopération consiste à tenir deux personnes en contact et immobiles, pendant l’espace de temps nécessaire pour unir les parles, elc.

Néanmoins il ajoute quelques lignesplus bas, et contradictoirement à ce:qu'il vient d'avancer, «que cette difficulté et /a nature méme de l'opération rendent cette méthode impraticable. »

Après une contradiction aussi manifeste, dans deux passages si rapprochés, on serait vraiment tenté de partager l’opinion sévère. de M. Percy, qui a considéré Tagliacozzi comme le plus diffus et le plus fatigant des écrivains (1). |

Dionis raconte dans son Traité d’opérations chirurgicales, qu’un voleur, dans une attaque de nuit, ayant eu le nez coupé, courut se faire panser chez un chirurgien, quilui demanda son nez pourcle [ur remettre en place. Aussitôtles cama-

(1) Pour donner nne idée de l'extrême prolixité de cet écrivain, il nous suffira de dire que , dans son volnmineux ouvrage sur les raccoùtremens;:1l-n'entre en matière et n'aborde directement son sujét que dans le onzième chapitre. De plus, il a eu la gracieuse attention de faire precéder Pintrodaction, par éreize poêmes grecs et latins, que ses amis lui

avisent adressés à sa louange.

(42) rades du larron:sortirent, eoupèrent le nez au premier individu qu’ils rencontrèrent, et le portèrent tout chaud au chirurgien, lequel le recolla et le recousil très-heureusement.

On pourrait encore citer à l'appui de ce genre de rhinoplastie, un passage du poème burlesque d'Hudibras, par Bulter (Samnel-Leske), d’où l’on peut inférer que, depuis plusieurs siècles, on connaissait en Étalie la possibilité d'emprunter à la fesse ou aû bras d'autrui létoffe nécessaire pour se faire raccoûtrer: un beau nez..Mais par suite d’un préjugé digne de cette époque, on croyait que Ja partie d'emprunt devait se flétrir durant lPétat de maladie de F'individ bénévole, qui avait bien voulu la fournir, et se putréfier si SOn ancien possesseur venait à mourir, Van-Helmont, qui vivait au scizième siècle, avait Surtout accrédité cette singulière opinon, en publiant la plaisante histoire d’un richéseigneur de Bruxelles, dont on avait raccoûtré leincz aux dépens de la fesse: d'un misérable porte-faix. À la mort de ce crocheteur, le noble survivant perdit son nez additionnel , au moment où il:s’y attendait le moins. Dilapsus nermipè tnsilius nasus , curn bajulus obusset, de cujusnate fabrefactus fuerat (x). Cette opi-

(r) Le lecteur seräit sans doute révolté d’un pareil degré d'extravagance de la part d'une des célébrités médicales de cette époque , s'il ne tächait point de se persuader, de même que nous avons désiré en acquérir la couviétion, que Ven-Helmont, quoiqu'un des plus ferveus sectateurs

nion, par trop plaisante, ne put échapper à la raillerie spirituelle de Voltaire, qui, par la parodie qu'il nous a laissée de cette burlesque histoire, s’est chargé de la transmettre à la postérité. Les vers qu’il a publiés à ce sujet, offrent un intérêt trop piquant, pour que nous puissions résister au plaisir de les citer. |

Les Esculapes d’Etrurie Réparaient tous les nez perdus :

Par une nouvelle industrie

Îls vous prenaient adroitement

Un morceau du c.. d’un pauvre homme, L’appliquaient au nez proprement; Enfin il arrivait qu’en somme, Tout juste à la mort du prêteur Tombait le nez de l'emprunteur,

Et souvent dans la même biere, Par justice et par bon accord,

On remettait au gré du mort,

Le nez auprès de son derrière.

(Dictionnaire philosophique.)

Dans son Dictionnaire de chirurgie pratique, 2. volume, page 266, Samuel Cooper ne balance

de la ridicule école des sympathiques, ne pouvait sérieusement croire à tant d'absurdités, quoiqu'il ait essayé de les expliquer à l’aide des propriétés magnétiques de son Âfumia hermetica, qu'il définit (section r1x) une sorte d'esprit inhérent et appartenant à chaque partie vivante : Sprritus insitus et confirmentatus, ete.Mumia describitur, substancia corporis: tenuissima, spiritualis , ætherea, cuiqne pro naturä etspecie su ingenita, transplantationis medio miré fœæcunda , vel in suo, vel in alieno subjecto.

point à dire : qu’il est prouvé d’une manière convaincante que les parties du corps humain, après avoir élé enlevées de leur place normale, peuvent étre unies à une autre quelle qu'elle soit. Mais il est difficile, ajoute-t-il, d'obtenir cette union, parce que la partie détachée conserve avec peine le principe de vie qui lui est propre, et dont elle a besoin pour se mettre en communicalion avec les autres parties vivantes.

Telle est aussi PRO de Hunter qui a souvent expérimenté qu’un ergôt de coq peut être arraché et ensuite implanté dans sa crête, ou bien dans celle d'un autre coq, oùil continue à prendre vie et développeinent, etc. Joséph Baronio, de Milan, dans son ouvrage, Degliinnesti animal, parle de certains-coqs: sur la tête desquels, après lPexcision de la crête, il avait greffé, soit leur éperon , soit l'aile d’un serin, soit le petit bout de la queue d’un chat, et que des marchands Dalmales avaient achetés de lui, pour aller les faire voir en Allemagne, en Russie, etc., cornme des phénomènes vivans , uniques dans leur genre.

| fl semblerait lies encore des expériences du méme auteur, que la peau des flancs d’un animal, transplantée de droite à gauche, ou appliquée sur lesflancs d’un autre animal, après qn’on y a pratiqué uné perle de substance de grandeur et de forme convenables, s’y greffe et continue d'y vivre. Quoique la vérité de ces faits ait été confirmée par Monitegoia, Macari, Paletia et Anguissola, qui as-

(4) sistèrent quelquefois à ces essais de transplantation, ainsi que par Huntér, en Angleterre, et Duhamel, en France. MM. Huzard et Gohick n'ontpu HIÈAE de semblables résultats dans les tentatives qu als ant faites à l’école vétérimaire de Lyon.

Le docteur anglais Savrey à acquis la preuve de la possibilité de cette greffe ‘mutuelle, chez deux sentilshommes Suédois qui, entrainés par Penthousiasme de l'amitié, échangèrent chacun un lambeau de la face antérieure de l’avant-bras. On à fait également mention d'une association secrète d’ Milentigeeg dont Îles initiés faisaient entre eux de pareils échanges; ce qui devenait pour eux un hen de consanguinité et un gage de fidélité à toute épreuve. +

Enfin, d’après M. le docteur Dutrochet, dont les recherches anatomiques et physiologiques sur la structure intime des tissus animaux offrent un très-grand intérêt, voici quelles sont les données les plus positives que nous pouvons rapporier sur la rhinoplastie au moyen d’une peau d'emprunt. C’est de son beau-frère, ancien général en chef des troupes réglées du prince maratte Scindiah dans le Mogol, que M. Datrochet lient ces renseignemens, de la véracité desquels il ne doute pas plus que s’il les avait lui-même recueillis sur les lieux. Voici comment s'exprime cet honorable général sur ce fait important :

» Parmi les méthodes usitées chez les Indiens, au milieu desquels jai si long-temps véçu, pour

refaire un nez (et on en coupe beaucoup et sou= vent dans ces contrées}, la meilleure consiste à greffer , à la place du nez qui n’est plus, un morceau de peau avec son tissu cellulaire, pris à la fesse préférablement à toute autre partie, parce que c’est là qu'il y a le plus de ce tissu, et qu’on peut enlever un morceau avec moins d’inconvénient. L’exemplesuivant expliquera la manière de faire des Indiens en pareil cas.

» Un sous-officier de canonniers de l’armée que je commandais avait été pris en baine particulière par un officier supérieur : celui-ci profita d’une faute légère qu'avait commise ce sous-officier, pour lui faire couper le nez. On était alors en campagne et le malheureux mutilé fut obligé de continuer son service sans pouvoir faire restaurer son nez. Ce ne fut qu'un certain temps après, lorsque la plaie commençait déjà à se cicatriser qu'il lui fut possible de faire pratiquer cette opération par des Indiens en possession du procédé. Les opérateurs débutèrent par rafraichir la plaie du nez; ils choisirent ensuite un emdroit de la fesse qu’ils frappèrent à coups redoublés avec une pantouffle, jusqu’à ce qu'il fût bien tuméfié. Alors ils coupèrent en cet endroit un morceau de peau et de tissu subjacent, de la grandeur et de la forme de ce qui manquait au nez, ils l'appliquèrent sur ce dernier et l'y fixèrent solidement. Ils eurent soin de mettre dans chaque narine un petit cylindre de bois pour en maintenir l'ouverture. Gette espèce de greffe

(47) animale réussit à merveille. S'ai eu long-lemps à mon service cet homme, après son opération: il n’était point défiguré et il ne restail d'autre trace de la mutilation qu'une cicatrice visible autour de la greffe. »

Telle est la curieuse observation que M. le doc. teur Dutrochet a livrée au public, et de la vérité de laquelle il ne doute pas plus, que s’il l'avait recueillie lui-même sur les heux.

On ne lira pas non plus sans intérêt le passage suivant d’un rapport fait à l’Enstitut, par M. Geoffroi-Saint-Hilaire (le 11 février 1828), à l’occasion d’une rhinoplastie pratiquée par M. Lisfranc: « Dans l'Inde, où les institutions de la féodalité étaient parvenues aux plus grands excès, où les esclaves étaient considérés comme une matière commerciale abandonnée à tous les caprices d’une jouissance privilégiée, on abattait le nez à cette chose possédée et on l’appliquait sur le visage du noble possesseur , qui en avait besoin. Dans d’autres circonstances on frappait avec une pantoufle à coups non interrompus, sur les fesses de Pesclave, jusqu’à ce que le tissu cellulaire sous-cutané fût dilacéré, et que la peau fit cloche dans une étendue assez considérable. Ces lambeaux cutanés, enlièrement et fraichement détachés, étaient ajustés et greffés sur le visage des sujets qu'ils étaient destinés à guérir. Effectivement, ajoute le rapporteur, on a eu en Europe l'occasion de se concaincre de la possibilité de ce faut. » Telle

(48) est du moins l’opinion qu’amanifestée M. Lisfranc, dans le mémoire qui fait le sujet de ce rapport si gné Daméril, Boyer et Geoffroi-Saint-Hilaire.

©e mémoire a paru très-recommandable à l'Académie, qui l’a jugé digne d’être publié dans le Recueil des sasans étrangers.

Nous pourrions encore emprunter à l'histoire des fœtus doublesdes documensquidémontreraient d’une manière tout aussi évidente la possibilité du greffement entre deux individus. Cetle jonction de deux enfans consiste dans Ja plupart des cas, dans l’adherence d’une assez grande étendue de leur surface cutanée, ct d’autres fois dans la communication qui s'établit aussi entre une portion de leur squelette ou l'union même de quelques-uns de leurs organes principaux (1).

Il ne faut, pour que ce phénomène d’agglutination s'opère dans le sein de la mère, qu’une rupture accidentelle vers les portions adossées des deux placenta,qu’une déchirure vers un des points correspondant, s’il y a surtout rapport immédiat entre les surfaces des mêmes régions, des enveloppes fœtales : alors les affinités moléculaires ne manquent point de s'exercer de part ct d’autre,

(x) Un des exemples les plus frappans de ce génre de monstruosité est sans contredit celui de ces deux filles hougroises dont parle Buffon , appelées Hélène et Judith, qui tenaient ensemble par les reins : elles vécurent vingt-un ans. De nos jours, nous avons vu le cas, tout récent encoré ,,de Ritta et Christina, dont tous les journaux de la capitale ont

donné la description.

pour établir le greffement entre les deux fœtus. Examinez, le scalpel à la main, l’organisation de ces doubles individus, et vous verrez les veines ct les artères s’aboucher avec des vaisseaux de même nature. Il en est de même pour les nerfs et le système osseux, etc. On peut lire le développement de cette ingénieuse théorie, dans le rapport qu'a fait M. Geoffroi-Saint-Hilaire à l’Académie des Sciences, le 5 juillet 1830, à l’occasion d’un enfant double. Mais, crainte de nous éloigner de notre sujet, hâtons-nous de revenir à notre objet principal.

Dans le genre de raccoütrement nasal dont nous venons de faire mention, la transplantation du tissu de l’individu qui fournit à celui qui reçoit paraît réellement possible, si l’on a la précaution de conserver au nez d'emprunt ou à tout autre partie de la peau qui doit y suppiéer, une adhérence normale, qui puisse suffire à sa nutrition, jusqu’à ce que l’agglutination anormale ait eu le temps de s'établir.

Touiefois, 1l faut observer que, s'il s'agissait de raccoûtrer de la sorte, la lotalité du nez chez un individu qui serait privé des parties osseuses, soutiens naturels de cet organe, il vaudrait mieux opérer la rhinoplastie à laide d’un lambeau des tégumens de la fesse ou de toute autre pare du corps, plutôtque de tenter la transplantation d’un nez d'emprunt, dont la peau, toujours tropmince, n'offrirait pas une résistance suffisante pour con-

server, d’une manière durable, la forme convexe et saillante du nez. On pourrait m’objecter à cela, que le sacrifice du nez fait, 1l n’y aurait qu’à détacher la totalité de cet organe, os, chair et cartilages, pour en faciliter la transplantation. Mais il est facile de concevoir que, les os propres du nez ne pouvant étreenlevés qu'avec la scie, outout autreinstrument contondant les bords osseux arrachés et mis à découvert, ne tarderaientpointàs’exfolier, ce quirendrait très-difficile et pourrait même empêcher ce genre de greffe animale. On a cependant fait dans ces derniers teraps, en Allemagne, des expériences qui ne tendaient à rien moins, qu’à prouver la possibilité de l’agglutination des fragmens d'os, lors même qu'ils ont été entièrement détachés.

Il résulterait même d’après ces expériences et l'application que M. Maunoir propose, d'en faire, dans le cas d’opération du irépan, qu'on pourrait, à l’aide d’une pièce d’os, transportée toute fraîche du crâne d’un animal vivant, à un autre qui vient d’être trépané, l'y faire adhérer et parüiciper à la nutrition. Ce serait une espèce d'opercule ou d'oblurateur qui, d’abord, défendrait Je cerveau contre Ja redoutable impression de Pair, et dans la suite, le protégerait contre les accidens dont une cicatrice ordinaire ne le préserve pas toujours. (Questions de chirurgie, pag. 112, par J.-P. Maunoir de Genève.) «Mais il faudrait, observe M. Percy, pour obtenir un disque qui joignit

(51) exactement à lamarge circulaire de l’ouverture faite au crâne humain par le trépan, il faudrait se servir sur celui de l’animal, d’une couronne de trépan plus large que celle qu’on aurait employée pour la première opération, el ceci n’a pas besoin d’être expliqué. »

Dans les Indes, dans ce pays du despotisme, où les castes privilégiées ne se gênent en aucune facon, pour faire abattre le nez ou extirper une fesse aux parias, tout aussi bien qu à leurs prisonnicrs de guerre, ce procédé de transplantation nasale, pratiqué dans des circonstances convenables etayec les conditions que nous venons d'indiquer, peut réussir aussi fréquemment quetoutautre : mais hâtons-nous de le dire, peu de gens, chez nous, consentiraient à se faire déchiqueter le derrière, etencore moins à vendre leur nez au riche qui voudrait s’en servir pour faire raccoûtrer le sien. Quant à l’inclémence de notre climat et à la gêne qui résulterait de l'union obligée de deux individus, jusqu’au moment où J’on pourrait couper la base du lambeau d'emprunt, cene seraient point des obstacles insurmontables, et suffisans pour empêcher d'adopter cette méthode.

En outre, comme chaque pays à son esprit, sa. moralité et ses mœurs, nous devons convenir, quoique nous décapitions légalement nos semblables, que nous leur enfoncions plus ou moins pro- Jondément une douzaine de balles dans la tête, et autant dans la poitrine, que nous leur marquions

(53:73 les épaules avec un fer rouge ue nous leur.cou- D BC pions le poignet droit d’un coup de hache, nous devons néanmoins convenir que, chez nous, l'humanité réprouve et nos lois défendent ce délit P

de cruauté, et un semblable abus dont ou ne répu-

) P gnerait point d’user dans mainte circonstance.

N. B. Si nous n'avions eu crainte de prêter au ridicule, nous eussions indiqué la position la plus favorable et la moins incommode à donner aux deux patiens qui s’aboucheraient face à face, ou au- trement durant l’espace d’une douzaine de jours tempsnécessaire pour l’agglutination desparties(r). Nous aurions parlé de certains lits, doat les matelas etcoussins, en étoffes imperméables, remplis d’air, auraient, par leur élasticité et la fraîcheur de leur tissu, diminué l’incommodité de cette longue immobilité, et prévenu les meurtrissures douloureuses des parties qui auraient supporté le poids du Corps, durant ce laps de temps ; enfin nous aurions donné la description d’un appareil simple et très-sûr,pour obtenir l’immobilité parfaite chez les deux bénévoles patiens. Mais, de même que ce n’est qu'après trois cents ans d'in-

(x) C'est-à-dire pendant la première période de l'opération , lorsque le lambeau de peau est encore adhérent par une de ses extrémités, afin qu'il “continue à recevoir sa nutrition, jusqu'à ce que son greffement ait pu s'effectuer.

(53) crédulité qu'onn’a plus traité Tagliacozzi de visionnaire, et que sa méthode n'offre plus rien de fabuleux... nous devons supposer aussi, que le siècle actuel ne sera pas mieux disposé à accueillir cette nouvelle théorie.

Histoire moderne de la r'unoplastie.

C’est de l’Indoustan , avons-nous dit, que l’art de la rhinoplastie fut primitivement importé en Europe ; mais malgré les succès de TFaglhiacozzi et des autres rhinoplastes italiens, cette ingénieuse opération, d’abord prônée avec trop d’emphase, ne fut regardée plus tard que comme l’œuvre chimérique d’un cerveau malade, et finit par être

ridiculisée et oubliée (1). |

(1) En effet, comme l’observe judicieusement M. Delpech, « que de temps il s’est écoulé avant qu'on ait réussi à se persuader que les conseils, les préceptes , les succès de Tagliacozzi n’avatentrien de fabaleux ! Il n’a pas fallu moins de deux siècles et demi, pour que des procédés de restauration , étonnans pour le temps où ils ont été concus, vraisemblablement venus d'abord de l'Orient, soient sortis une seconde fois.de leur première origine , ou ils avaient été comme refoulés, pour être enfin goûtés et répandus dans les parties les plus civilisées de l'Europe, par des hommes ivstruits et dépouillés de préventions. C’est de l'Inde, ajoute le professeur de Montpellier, d’où les Anglais l’ont rapporté, que nous est venu le procédé qui a fixé l'attention des Européens; c’est aussi vraisemblablement de l'Inde, qu'était sorti celui que Tagliacozzi décrivit avec un Soin et une assurance bien trop remarquables, pour admettre que la chose en était encore à ses premiers linéamens d’une invention

Enfin, depuis plus de deux siècles, la rhinoplastie était reléguée au nombre des contes fabuleux du moyen-âge, lorsqu’en 1800, le docteur Lucas, chirurgien en chef de l’armée anglaise dans l'Inde, s'étant procuré des notions exactes sur Îles procédés nasifiques, mis en usage par les Indous, en fit l’applicationavec un succès complet. Les heureux résultats qu’obtint cette opérateur, lui ayant fait pressentir de quelle fécondité cette opération pouvait devenir entre les mains habiles de certains chirurgiens d'Europe, non-seulement pour subvenir à la mutilation du nez, mais encore pour restaurer toute autre partie du corps, comme les lèvres, les paupières, les joues, et quelques autres organes, sur lesquels les opérations ne sont

nouvelle. Rien n’est plus exact que ses observations, rien n’est plus judrcieux que ses préceptes; ils sont vraiment écrits en présence de la nature. L'art s’est perfectionné, sans doute; mais ce qui pourra paraîtresingulier, c'est qu’il est sorti pour la seconde fois, presque tout perfectionné des mains de ses premiers inventeurs, que nous regardons comme des barbares. En Îes rapportant au temps où ils ont été composés, les tra vaux de Tapoliacozzi, sur ce point, sont vraiment étonnans. Mais son siècle n’était pas mûr pour des pensées aussi élevées : on n’entendit pas l'auteur ; on aïma mieux le traiter comme un visionnaire, comme un 1mposteur; nier sa véracité, plutôt que de se donner la peine de verifier l'exactitude de ses observations. »

Quoique nous ne partagions pas entièrement ce haut degré d’enthousiasme pour la célébrité chirurgicale de Tagliacozzi, qui, à notre avis, u’a fait preuve, en cette occasion, que d’une richesse d'emprunt acquise aux dépens de Branea , le Sicilien, et des Boiani, de Naples , qui fuerunt vert opifices, ce passage de M. Delpech nous a paru assez intéressant, pour que nous ayons eru devoir le rapporter er entier,

quelquefois impralicables, que par l'impossibilité où l’on est de recouvrir aussitôt la plaie, avecune quantite suffisante de peau saine. Il se hâta d’en écrire à ses confrères de Londres. Les premières tentatives y furent infructueuses : ce qui discrédita la rhinoplastie jusqu’en 1813, époque où Lynx, guidé par de meilleurs renseignemens, la réhabilita dans l’opinion publique, par les heureux résultats qu'il en obtint. Peu de temps après, Sutelisse et Carpue opérèrent , avec un succès complet, quelques nouveaux cas de la rhinoplastie, par le procédé des Koomas. Ce dernier, par ses nombreuses relations avec l'Inde, et ses infatigables recherches bibliographiques, ayant rassemblé tous les documens relatifs à la manière de raccoûtrer le nez, tant chez les anciens que chez les mo. dernes, fut le premier chirurgien rhinoplaste dont les heureux succès retentirent dans toute l’'Europe médicale. Les deux opérations rhinoplastiques qu'il pratiqua (la première, le 23 octobre 1814,sur un officier anglais, qui, depuis douze ans, avait eu le nez détruit par la syphilis; et la seconde, sur le capitaine Latham qu, à la ba-

taille d'Albuera , en Espagne, voulant sauver son drapeau, “eut la noie du nez emporté d’un coup de sabre que lui asséna un de nos braves ), produisirent une telle sensation à Londres, qu'iln’y eut bientôt personne, qui ne fût curieux de voir ces nez raccommodés. Des certificats authentiques et des attestations flatteuses furent donnés au doc-

Mere) icur Carpuc, qui les à insérés à la fin d’un traité de restauralion nasale, imprimé à Londres en 1816, et dont notre savant cet laborieux confrère, M. Breschet, doit publier incessamment la traduction. L'ouvrage du docteur Carpue à paru, sous le titre suivant : An acount of wo eo Operalions for restauring à lost nose, , London,

Montègre rapporte, dans l'analyse pleine d’intérêt qu'il a faite de l’ouvrage rhinoplastique de M. Carpue, qu’à la première de ces deux opérations, un des amis du malade compta, sur sa montre, quelle en avait été la durée. Neuf minutes furent employées pour la dissection du flambeau et six pour les sutures qui devaient le fixer; après quoi il en faliut encore vingt-deux pour appliquer les bandages nécessaires :en tout trente-sept minutes, pendant lesquelles l’opéré se comporta avec le plus grand courage, et ne poussa pas un seul cri. Ce n'était cependant pas un jeu d'enfant, dit-il à Ja fin, j'ar extrémement souffert, mais 1! aurait été inutile de se plaindre, et après l'application du bandage, je n'ai presque plus rien senti.

(Gazette de Santé, 1° septembre 1816.)

Deux annces plus tard, c'est-à-dire en 1818, utchinson, chirurgie: Westminster, réussit Huict chirurgien de Westminste cetle opération indienne chez une pauvre FRS de

famille, qui avait eu le nez rongé par la terminaison gangreneuse d'un érysipèle à la face, La hideuse difformité de cette malheureuse femme répugnait tellement à tous ceux qu’elle approchait, qu’elle avait fini par ne plus pouvoir gagner ses moyens d'existence. Un mois après avoir été opérée par la méthode indienne, sa guérison fut complète, ce qui lui permit de reprendre les occupations de son état. Les praticiens les plus distingués de Londres assistèrent à cette intéressante opération, dont le manuel ne fut contrarié que par quelques accidens hémorragiques, dont on vint facilement à bout Une collecte fut faite à l'instant, pour secourir cette malheureuse mère que son infirmité avait plongée dans la plus affreuse misère. Ceite générosité est loin de nous surprendre de la part de nos confrères d’outremer : à Londres comme à Paris, une généreuse humanité caractérise la plupart des célébrités médicales.

À cette même époque, Graëff commença ses premières tentatives à Berlin. Nous en avons déjà parlé, à l’article Rhinoplastie italienne, dont elles ne sont qu’une imitation perfeclionnée. Peu de temps après, Travers, Lyston, Green, en Angleterre : Dieffenbach et Beck, en Allemagne, contribuèrent aussi à propager la rhinoplastie.

M. Delpech est le premier chirurgien français, qui ait pratiqué la rhinoplastie indienne. Ainsi

(58 ) | que nous l'avons déjà indiqué dans un des chapitres précédens, il avait d’abord fait l'essai de la méthode de ‘agliacozzi, dont les procédés lui avaient paru très ingénieux; mais n'ayant pas eu lieu d’être satisfait des résultats qu'il en obtint, il fit, en 1820 et les années suivantes, de nouveaux essais, au moyen du procédé des Koomas. Ses tentatives, qui ont été assez nombreuses, furent la plupart couronnées d’un heureux succès.

Nousindiquerons aussi, en tempset lieu, les travaux rhinoplastiques qui ont été entrepris à Marseille, par M. ie docteur Mouleau; à Aix, par notre confrère et ami M. Thomin, qu’une: mort prématurée a enlevé trop tôt à la science; et à Paris, par MM. Dupuytren, Lisfranc, Blandin, etc.

Quant à mes recherches sur la rhinoplastie, il me sera facile de les rapporter presque en entier, dans l'historique que je vais relater de l'opération que j'ai pratiquée en 1827. Pour que son exposé soit plus méthodique, je Île ferai précéder de quelques réflexions préliminaires, qui lui serviront d'introduction.

Dans différens voyages que j'ai faits, soit en Afrique, en Asie ou en Amérique, ayant vu un grand nombre de nez coupés, ou détruits par des ulcères rongeans, cette horrible mutilation a souvent fixé mon attention, et m'a fait éprouver un vif désir d’y remédier d’une manière plus sûre qu’on n'avait pu le faire jusqu’à ce jour. Après

m'être exercé up très grand nombre de fois sur les cadavres, d’heureux essais sur le vivant m'ayant fourni plus tard les moyens de ramener à des principes simples et faciles, tous les différens détails relatifs à ce genre d'opération, j'ai pensé que le moment était arrivé de publier mon travail spécial sur cet objet.

Sans qu’il soit nécessaire de rappeler ici les diverses causes qui peuvent fournir l’occasion de pratiquer la rhinoplastie, il est cependant indispensabie de préciser maintenant, les différens degrès de mutilation que peut éprouver le nez, afin de pouvoir indiquer les modifications qu’il convient de faire subir au procédé opératoire qui doit yremédier. |, | |

Si, par suite de maladies, ou par l'effet d’une action vulnérante, l’ablation totale.du nez a lieu, dans d’autres circonstances lus fréquentes, cette partie éprouve une perte dé substance bien moins étendue. Ainsi nous avons vu la plupart des rhitnomètes n'être privés que du lobe nasal, d’autres n'avoir perdu que la paroi droile ou gauche de cet organe, ou sa parlie dorsale, qui parfois, n’est que disjointe (1), quelques autres enfin n'avoir à regretter .que l’une des deux ailes du nez, ou la cloison nasale.

(1) Dans le dernier de ces deux cas, qui est très-rare, le nez semble double ou bifide, lorsque la difformité est congéniale ; il parait au coniraire s’affaisser entièrement par la rétraction de ces tissus divisés 7 quand cet accident est survenu à la suite d’une lésion iraumatique.

Ces nombreuses mutilationS, pouvant provenir de causes très variées, nous ne saurions nous dispenser d'entrer dans quelques détails à cet égard. ‘Les plus communes sont sans contredit celles qu se rapportent à la syphilis, dont les ulcères rongeans anéantissent quelquefois la totalité du nez. Les lésions traumatiques, telles que les coups d’instrumens tranchans, l’action des projectiles lancés par la poudre à canon, les morsurés d’animaux, les brülures et la congélation, ne viennent qu’en seconde ligne. Pour ce qui est de la destruction du nez par suite de gangrène érysipélateuse, charbonneuse, pustuleuse (1), nous la placerons en troisième ligne avee certains ulcères cancéreux, dartreux, scrophuleux et autres, dont l'effet destructeur n'atteint d'ordinaire qu’une partie plus ou moins étendue de cet organe.

Les mutilations du nez résultant d’une lésion traumatique , ou d’une terminaison gangréneuse, sont les cas les plus favorables à l’application de la rhinoplastie , parce qu’on agit sur des tissus sains, et qu’on n’a point à craindre l’action d’un virus destructeur qui vient parfois annuler le succès de l’opération la mieux faite. C’est ce que nous avons observé maintes fois, sur des individus qu’on avait

(1) Pendant mon séjour en Syrie, jai vu un grand nombre de personnes qui avaient perdu ane partie du nez par suite du bouton d’Alep, dont la terminaison essentiellement gafgréneuse, est suivie d’une longue suppuration qui creuse profondément les tissus.

cu l'imprudence d'opérer, avant d’avoir obtenu l’éntière guérison de la cause du mal auquel on avait voulu remédier.

Nous devons donc établir en principe que, cétle opération n'ayant fréquemment pour objet que d'obvier à l'effet secondaire d’une maladie, on ne doit l’catreprendre qu'après s'être assuré de la guérison radicale de cette dernière. Reslerait encore à savoir siles tégumens du front et ceux qui avoisinent les ouvertures nasales, ne sont point détériorés par dés cicatrices trop minces adhérentes aux os, et trop irrégulières, susceptibies de mettre obst acie à l'exécution du procédé opératoire. M. G... de St-Cannat, en Provence, se trouvant dans un cas semblable, je n'ai pu accéder au désir qu’il éprouvait d'être opéré.

10 Lorsque la perte du nez est complète, que les os, les cartilages et La peau qui les recouvrent ont fe enlevés, le cas, est très difficile et nécessite J’emploi de toutes les ressources rhinoplastiques. La méthode la plus convenable dans cette circonstance, la moins difficile pour son exécution, est sans contredit celle des Koomas qui, comme nous l'avons précédemment indiqué, consiste à déverser la peau du front sur l'emplacement du nez qu ‘on veut rétablir. Nous verrons plus bas que cette même opération, diversement modifiée suivant l’espèce et le dégré de mutilation auquel on veut remédier, peut parfaitement s'appliquer à

(62 ) toutes les variétés de ce genre de difformité. Tel est aussi le procédé rhinoplastique le plus généralement employé en Europe, et celui auquel nous avons cru devoir donner Ja préférence.

Pierre Lanelongue, natif des environs de Toulouse , âgé de trente-huit ans, et boucher de profession, se rendit en 1823 en Espagne, à la suite de notre armée d’invasion, dans laquelle il était employé comme bouvier. Aux environs de Grenade ou de Malaga, l’escorte qui accompagnait le convoi des hestiaux ayant été chargée par les dragons de Ballesteros, Lanelongue prit une part active au combat, où il se distingua par la bravoure dont il fit preuve; mais s'étant malhcureusement laissé entraîner par son courage, il se vit bientôt environné par de nombreux ennemis qui le criblèrent de coups de sabre, dont un, entre autre, pénétrant entre les sourcils, lui abattit la totalité du nez et une petite portion de la lèvre supérieure. Os, chairs et cartilages, tout fut enlevé et lancé à nHigéuse pas de distance. La commotion fut si violente, que Lanelongue, perdant connaissance, fut renversé de cheval et laissé pour mort sur le champ de bataille.

Transporté à l’ambulance, Lanelongue y devint l'objet des soins les plus attentifs, et ne tarda point à guérir de ses blessures. La cicatrisation avail été prompte et de bonne nature; mais pour si bien qu’elle füt dirigée, elle ne POUVAIE obvier à la difformité affreuse qui devait s’en suivre. Le

malheureux Lanelongue, devenu un objet de dégoût pour tous ses camarades, se vit bientôt obligé de quitter le service de l’armée. Il retourna dans son pays, daos l'intention d’y exercer son premier état de boucher ; mais à peine arrivé au milieu de ses parens et de ses amis? 1l vit chacun d’eux s'éloigner de sa personne, et lui témoigner une aversion qui lui rendit ce séjour insupportable. Il s’exila de son pays, chercha ailleurs, mais inutilement, une place de garçon boucher qu’on lui refusait dans sa ville natale. L'indemnité pécuniaire que lui avait accordée l’administration de l’armée, ne consistant que dans une somme de quelques centaines de francs, une fois payée, Lanelongue eut bientôt épuisé ces faibles ressources, et finit par tomber dans le dernier état de misère.

Réduit à mendier son pain qu'il ne trouvait plus occasion de gagner honorablement, il parcourut toutes les parties de la France, ne recevant en tous lieux qu’une pitié stérile, ou de faibles secours qu'on ne lui accordait qu’en détournant les yeux. On s'éloignait de lui comme d’un spectacle hideux dont personne ne voulait supporter la vue. Repoussé des ateliers où il allait demander du travail, ce n’était qu'avec une peine infinie qu'il obtenait l’entrée des plus misérables gargotes ; enfin ce n’était pas même sans danger qu'il s’'approchait des fontaines publiques pour s’y désaltérer,

Ne voyant plus de terme à tant de malheurs si

(64) peu mérités et dont il ne pouvait accuser que sa fatale destinée, Lanelongue était tombé dans un si violent désespoir, qu “l vaulaiÿ mettre fin à ses jours.

Telle était l'affreuse A morale dans laquelle il se trouvait, méditant les moyens de se débarrasser d’une istencé insupportable, Jorsque le 2 octobre 1827, je rencontrai ce malheureux aux environs de la ville d'Aix, en Provence, où j'étais domicilié depuis plusieurs années. Mon premier mouvement fut de secourir cet infortuné, dont le sort était si digne de pitié; je m'informai ensuite de tous les détails relatifs à sa cruelle position. J’eus d’abord toutes les peines du monde à retremper son moral aigri et exaspéré par tant de souffrances. De primeabord, il eut peine à comprendre que ses maux n’élaient point au-dessus des ressources de la chirurgie, et que cet art bienfaisant pouvait terminer tous ses malheurs, en faisant cesser leur cause première. Mon offre désintéressée, et la promesse de le retirer de l’état de misère où je Île voyais, parvinrent à lui inspirer de la confiance et le décidèrent à subir l'opération rhinoplastique.

Ayant examiné de nouveau el avec soin le genre et l'étendue de cette difformité, je m’assurai en effet qu'on pouvait y remédier au moyen de la rhinoplastie indienne, convenablement modifiée d’après la complication du cas grave qui se présentait à mon observalion.

Je fis conduire Lanelongue chez moi, où des soins empressés et des témoignages d'affection de Ja part de tous ceux quil’environnaient, ne tardèrent point à le rassurer sur mes bonnes intentions. Bientôt son cœur s'ouvrit à l'espérance et son âme, depuis long-temps froissée par l’injustice et le malheur, devint accessible au désir de rentrer dans l’ordre social, dont une fatalité désolante l’avait expulsé depuis cinq années.

Lanelongue me demandait sans cesse des notions détaillées sur la Rhinoplastie ; il en raisonnait trèsbien toutes les particularités et avait fini par saisir avec beaucoup de précision, le manäel opératoire que je devais mettre en œuvre pour lui refaire un nez. Enfin l'espoir d'une prochaine guérison finit par agir si puissamment sur ce malheureux, qu'ilen vint au point de me prier instamment de l’opérer quelques jours plutôt que je ne l'avais projetté.

La santé de Lanelongue étant complètement rétablie, et sa physionomie ne conservant plus la moindre trace du profond désespoir, où je l'avais vu peu de temps auparavant, je profitai des heureuses dispositions où il se trouvait, pour procéder sans plus de retard à l’opération que je lui avais proposée. Le malade ayant donc consenti à subir toutes les chances de cette douloureuse tentative, je l'y préparai vingt-quatre heures à l’avance, par une diète sévère €t des boissons tempérantes.

Nous le placâmes sur un siége solide, bien exposé au grand jour. Prenant alors Île patron de

C 66 ) papier, dont j'avais fait choix sur une demidousaine de modèles, de grandeur et de forme un peu différentes, afin de me décider pour celai qui me paraîtrait le mieux approprié à l’air de la figure ; Jexaminai altentivement si tous les bords de ce modèle, étaient en rapport bien exact avec les surfaces sur lesquelles devait être greffé le lambeau (1). Lorsque j'en eus acquis la certitude, j'étendis ce patron sur le front du malade, j'y traçai avec de l'encre irès-noire les contours du papier, ayant soin de faire mon dessin un peu plus grand que le modèle ne l'indiquait, afin d’obvier aux effets déWa rétraction qui a toujours lieu dans les tissus après leur division, surtout lorsqu'ils sont en partie détachés. N'oublions pas de dire, qu'il existe encore dans Île cas de rhinoplastie, un raccourcissement consécutif du lambeau, provenant de a suppuration de sa face interne, qui finit par se revêtir d’une cicatrice formée d’un üssu fibreux très-contractile, dont l’action est permanente, Je pense même qu’à cause de cette circonstance, 1l serait plus convenable de découper d’après le patron choisi, un second

(1) Afin d’abréger au malade la pénible anxiété qui précède toutetentative opératoire, il vaut mieux, la veille, s'occuper de la découpure des patrons, du choix qu'on doit en faire, et de tous les autres détails qui s’y rapportent. D'ailleurs, en s'y prenant à l’avance, on a plns de temps à soi pour rectifier le modèle qu’on a choisi, et pour bien com-— prendre sa forme, avec laquelle il faut s'être identifié avant de commencer kopération.

(67 ) inodèle en papier, dont les dimensions seraient plus étendues. Pour ne pas avoir su prendre touies ces précautions, il.est arrivé mainte fois, que tel lambeau, qui semblait d’abord présenter toutes les dimensions convénables, ne tardait point à se réiracter, à s’amoindrir, et à ne plus présenter qu'un simulacre de nez. Nous concluons donc, en rappelant encore Ie sage précepte de Tagliacozzi, melius est amplas gestare nares, quam minulas et deformes, qu'il faut dessiner sur le front du malade un lambeau un quart plus grand

que le nez qu’on veut obtenir.

Mon tracé terminé offrait l’image d'un triangle rsocèle renversé, dont les deux côtés égaux, longs de trente-deux lignes, élaient réunis par une base de vingt-huit lignes d'étendue, qui présentait extérieurernent sur son milieu un appendice rectangle , long. d'un pouce, et large de six lignes. Ce petit lambeau de peau devait rester adhérent par une de ses extrémités à la base du triangle, tandis que de l’autre il était destiné à être implanté dans une ouverture profonde, pratiquée au-dessus de la lèvre supérieure, afin d’y compléter la cloison nazale. Qu'on se figure une espèce d’as de pique renversé, ou bien un grand V fermé, dont le sommet tronqué scrait DIaRe entre les NE tandis que la base, située à la partie supérieure, présenterait sur le malieu une languette de peau , de forme quadrilatère alongée, correspondant à la parc antérieure du cuir chevelu, que j'avais

eu la précaution de raser dans l'étendue d'un pouce. Les deux angles supérieurs ou latéraux étaient légèrement arrondis pour mieux simuler le contour des ailes du nez(x).

2° Aussitôt que l’encre fut sèche, je fis contenir Lanelongue par deux aides, dont un, placéderrière,, maintenait la tête, et l’autre, en avant, fixait les bras et les jambes. Prenant alors un petit bistouri, convexe sur le tranchant et dont je tins le manche comme une plume à écrire, je disséquai le lambeau de peau, en commençant de bas en haut, afin que l'écoulement du sang ne m'empêchäât pas de distinguer la ligne noire du dessin que j'étais obligé de faire parcourir au tranchant de mon instrument. L'incision fut profonde; oblique en dehors, dans les deux tiers inférieurs, oblique en dedans vers le tiers supérieur,elle comprit dans son épaisseur toute celle des tégumens, une partie du tissu cellulaire sous-cutané, ainsi qu'une portion du muscle occipito-frontal, sans toutefois intéresser le péricrâne, crainte de la nécrose (2). Au moyen de cette obhi-

(x) À la fin du dernier article nous indiquerons sur des planches lithographiées les figures exactés et proportionnées de ces modèles de nez, ainsi que tout ce qui est relatif aux opérations rhinoplastiques. Il est presqne inutile de dire que l'étendue du lambeau doit varier, suivant l'état particulier de chaque figure.

(2) Le muscle occipito-frontal ; qui, à sa portion antérieure, est uni a la peau par du tissu cellulaire moins serré que dans la région sincipitale et occipitale, se trouve, par cette même raison, recouvert d'un peu de graisse qui donne plus d'épaisseur aux tégumens du front qu'au cuir chevelu. En second lieu, sa face postérieure est unie au péricrâne du coronal par an tissu cellulaire plus abondant que vers la partie snpérienre et pos-!

(69°) quité d’incision, la peau du lambeau fut plus coupée inférieurement aux dépens de sa face épidermoïque, et supérieurement aux dépens de sa face profonde. Cela me parut favorable, non-seulement pour faciliter son exacte agglutination dans Fincision également oblique en dehors, que je pratiquai supérieurement au-devant des fosses nasales; maisencore pour prévenir, ie longdes parois du nez, lasaillie à laquelle aurait pu donner lieu la cicatrisation des bords du lambeau, coupés perpendiculairement, etque l’on enchässerait dans une incision profonde(:).Je détachai complétement la base du triangle surmonté de son appendice, ainsi que la presque totalité du reste du lambeau, quine demeuraadhérent que par son sommet, situé entre les sourcils ; m’étant aperçu que la torsion du pédicule ne s’opérait qu'avec difficulté, je prolongeai l’incision de gauche quatre hgnes plus bas que celle de droite, ayant soin de donner à toutes les deux une direction un peu oblique vers ce dernier côté, afin d’avoir plus de facilité à contourner le lambeau sur emplacement de l’ancien nez. Cette disposition présentait aussi l'avantage de ne point gêner la circulation du

térieure de la tête. Toutes ces dispositions sont très favorables à la réiraction naturelle des tissus, ainsi qu'a celle provenant de leur état inflammatoire; circonstances qui ne peuvent qu'augmenter l'épaisseur du lambeau, et rendre plus facile l'entretien de sa vitalité.

(1) Nous démontreron plus foin comment, au moyen d'une dispo- Sition inverse de l'incision, on peut obtenir, à la partie du lambeau Œu1 correspond aux ailes du nez, la forme convexe qu’elles présentent ans l’état naturel. El arrive même, qu'à partir du point d'intersection

(ge) sang à travers du pédoncule, ce qui diminuait d’autant les chances de la gangrène.

I} est évident qu'à l’aide de cette précaution, non-seulement la torsion du pédicule est peu marquée, mais qu'on peut se dispenser de le couper comme on l'avait fait jusqu’à ce jour. C’est au hasard seul que j'ai été redevable de cette découverte, faite également par M. BLisfranc, et que d’autres voudraient rapporter à M, Blandin. Cette dissection fut très-douloureuse, parce qu’elle intéressa quelquesrameaux nerveux, fournis par la branche temporo-faciale de laportion dure dela septième paire, et d’autres filets provenant de la branche frontale du nerf ophthalmique de Willis , etc.

L'hémorrhagie, fournie par la veine frontale, et les vaisseaux artériels provenant de l’angulaire, fut assez abondante, mais je me gardai bien de l'arrêter, voulant éviter par là le développement d'une inflammation érysipelateuse, qui aurait pu compromettre le succès de l’opération. Cependant, si les artérioles incisées avaient donné lieu à une hémorrhagie trop abondante, j'en aurais pratiqué la torsion, plutôt que la ligature, afin que les fils ne fussent pasun obstacle de plus à

la prompte agglutination des bords de la plaie (1).

des deux lignes obliques, le changement de direction qu'on est obligé de donner au tranchant du bistouri, dessine vers la base du lambeau une courbure absolument pareille à celle de l’aile du nez.

(x ) Pour mieux apprécier les avantages de ce moyen hémostatique, on n'a qu’à consulter l’intéressant travail sur la torsion des artères, pur blié par notre confrère et ami M. le docteur Amussat.

3° Je renversai alors le lambeau , je Le tordissur lui-même de droite à gauche (du ADURNE le présentai à l'emplacement qu'il devait occuper, de manière que la surface saignante était dirigée du côté des fosses nasales. Ce lambeau se trouva parfaitement conforme au premier modèle de nez dont nous avions fait choix, à cause de l’excédant que nous avions exprès ménagé, pour obvier à la rétraction du tissu qui survient aussitôt que le lambeau est formé. Après avoir examiné avec soin l'endroit où les bords saignans du nouveau nez devaient être greffés, j'incisai profondément d’avant en arrière , et de dedans en dehors les deux tiers supérieurs du pourtour des ouvertures nasales et dirigeai l’incision en sensinverse dans leur tiers inférieur. À l’aide de ceite disposition, j'obtins de chaque côté un sillon dirigé obliquement en dehors à sa partic supérieure et obliquement en dedans à sa parie inferieure , sillon dans lequel j’enchässai les bords du lambeau , que je fixai de chaque côté par quatre points de suture dite entre-coupée. Le troisième de ces points, en commençant de haui en bas, au lieu de ne traverser les lèvres du lambeau qu’à une ligue et demie de son bord, comme je l'avais pratiqué pour les autres, y pénétrait au contraire à Ja distance de deux lignes et demie, ce qui me permit, en serrant le nœud, de faire froncer cette partie de la peau, et de lui faire simuler le pli de l’aile du nez (1).

(1} M. Delpech, grand partisau des points de suture, les plaçait , dans

Ne

É ga)

4 Restait encore l’appendice, qui, par l'effet de la rétraction, n’avait plus que neuf lignes de long et cinq de large. J’excisai en dédolant une portion de sa face épidermoïque vers son extrémité libre, afin de rendre ce point saïignant et susceptible d’agglutination immédiate; je la relevai et l'insérai aussitôt, dans une ouverture presque quadrilatère que j'avais pratiquée au-dessus de la petite fossette que présente la lèvre supérieure; je l’y fixai à l’aide d’un point de suture, que je pratiquai en traversantavec l'aiguille, d’arrière en avant, le bord adhérent de lalèvre supérieure, et de haut en bas, l'extrémité de l’appendice.Je ramenai ensuite l’aiguille à la faceinternede lalèvre en latraversant une seconde fois, mais d’avanten arrière et immédiatcment au-dessous de la cloison nasale. Afin de rendre cetle partie de l'opération plusexacte et facile à exécuter, j'incisai le frein de la lèvre, et une portion du repli formé par la membrane muqueuse. Cela fait, jintroduisis dans chacune des ouvertures des narines un petit bourdonnet de charpie, de forme alongée et cylindroïque, afin de les maintenir dilatées, sans cependant contondre leurs surfaces saignantes, qui devaient bientôt s’enflammer.

5° J’avisai ensuite, aux moyens de remédier à la

ce cas, à trois lignes de distance les uns des autres. Il avait même la précaution, pour mieux affronter les parties, de nouer les points dg suture sur de très-petits rouleaux de sparadrap qui servaient à deprimer celui des deux bords qui aurait été disposé à faire saillre.

formeirrégulière de la grande plaie que présentait le front, dont lacicatrice eût été difhcile à obtenir, ct désagréable à la vue. En effet, la perte de substance opérée en cet endroit, présentait une espèce de triangle irrégulier, offrant deux petits angles saillans, correspondant à l’endroit des tégumens dont nous avions commencé à détacher l’appendice. Je me décidai, en conséquence, à agrandir la plaie pour la régulariser, la rendre plus facile à guérir, et obtenir une cicatrice linéaire. À l’aide du bistouri, je prolongeai l’incision de l'angle droit, supérieur de la plaie, c’est-à-dire au point correspondant au grand angle droit, situé à la hase du triangle isocèle, formépar le lambeau. L’incision fut dirigée de manière à décrire le restant d’une courbesemi-elliptique qui,serencontrantsur lahgne médiane, un demi-pouce en arrière de l’extrémité la plus élevée de la plaie, avec une ligne pareille que je pratiquai du côté opposé, me permit de retrancher les deux angles saillans formés par l’enlêvement de l’appendce, ce qui convertit la plaie en une ellipse assez régulière. J’en rapprochai les bords à l’aide de bandelettes agglutinatives, n'ayant pas jugé convenable d'employer des points de suture, comme M. Delpech l’a proposé et mis en usage (1). |

(1) Les points de suture, pour rapprocher dans cette circonstance les bords de la plaie du front, non-seulement ne sont point DECCSSAITES ,

mais ne sont même pas saus danger vu la grande perte de substance.

J'eus lieu de m’apercevoir que, vu la facilité avec laquelle les tégumens du front se prêtaient à ce rapprochement, je ne tarderais point à obtenir une cicatrice longitudinale et nuilement difforme. L'opération terminée, je procédai au pansement de la manière suivante: un large plumasseau de charpie, enduit de cérat, fut appliqué sur le front et maintenu à l’aide d’une bande qui serrait très-peu, crainte d’occasionner une compression nuisible à la circulation du sang dans le lambeau. J’eus surtout la précaution de ne placer sur son pédoncule, qu’un peu de charpie molette, enduite de beaucoup de cérat, et sur laquelle je me gardai bien de faire passer la bande. Deux autres plumassceaux de forme alongée furent appliqués à sec de chaque côté du nez, pour le maintenir Le mieux possible dans la ligne médiane, et le soustraire à l’action du froid. Pour fixer cetle partie de l’appareil, je me servis d’une large bondelette agglutinative, que je fixai par une de ses extrémités, au sommet de la tête, d’où je la fis descendre vers le pédicule du lambeau. Arrivé en cet endroit, je la fendis dans tout le reste de sa longueur, etfis

faudrait, pour mettre en rapport les deux lèvres de la plaie, opérer des tractions très-violentes, susceptibles de déchirer les tissus, ou de Îeur causer une inflammation érysipélateuse, qui pourrait compromettre Îe succès de l’opération. D'ailleurs, l'expérience a bien démontré que cette plaie, traitée par les bandelettes agglatinatives et pansée à plat, guéris

sait avec facilité et sans la moindre difformite.

passer chacune des divisionsle long des plumasseaux, afin de maintenir ces derniers contre les parois du nez. Chacun des bouts de la bandeletie fut conduit en dehors des commissures des lèvres et fixé au dessous du menton. L’extrémité supérieure de la bandeletie fut assujétie à l'aide de quelques tours des bandes qui, partant du sinciput, passaient sous le menton pour revenir à leur point de départ, et que je ramenais ensuite sous la nuque, ct de là sur le front. Avant de terminer cette dernière partie du pansement, j'avais eu la précaution d'introduire quelques brins de charpie très-fine, dans l'incision pratiquée entre la face postérieure de la Ièvre supérieure et la base des gencives, afin de prévenir la trop prompte agglutination de ces parties, entre lesquelles se trouvait le nœud du point de suture qui fixait la cloison nasale.

Pendant l'opération, j'avais laissé couler abondamment lesang, afin de diminuer les chances d’une violente inflammation, toujoursredoutable dans ces circonstances; cependant, lorsque l'hémorrhagie me gênait, pour distingueravecprécision les différentes partiessur lesquelles j’opérais, je faisais appliquer momentanément sur la plaie du front une large pièce d’amadou qui, interceptant l’écoulement du sang, me permettait de continuer mon opération avec toute sécurité, Un inconvénient, plus embarrassant, et auquel il me fallut résigner, faute de pouvoir y remédier, fut occasionné par la grande quantité de sang qui, pénétrant dans la gorge,

sortait violemment par la bouche toutes les fois que la douleur arrachait des cris au malade. J’en avais la figure couverte ; mais ce qui était plus incommode encore, c’est qu’à plusieurs reprises j'en reçus dans les yeux , ce qui m’obligea, à deux fois différentes, de discontinuer l’opéralion durant Pespace de quelques secondes.

Mais un incident plus grave, et qui me plaça dans une position bien critique, se présenta au moment où, après avoir détaché du front le lambeau tégumentaire , j'allais le mettre en rapport avec l'emplacement qu’il devait occuper. Avant de le renverser sur lui-même, ayant jugé nécessaire, comme je l'ai déjà dit, de prolonger l’incision de gauche jusqu’à la ligne médiane de la racine du nez, afin de faciliter la torsion du pédoncule, le malade éprouva une si vive douleur par la division inévitable, que je dus faire de quelques rameaux de la branche frontale du nerf ophthalmique de Willis, qu'il s’échappa des mains des aides, et s’élancant vers la porte , voulut se soustraire au reste de l’opération. Dans ce moment, la physionomie de Lanelongue présentait un aspect affreux; son front élait ouvert par une large plaie, dont les bords rétractés par la douleur, avaient augmenté l'étendue; tout le reste de sa figure, le, cou et les vêlemens, étaientinondés de sang. Mais ce qui paraissaitle plus horrible à voir , c'était le lambeau de chair palpitante, qui, à chaque mouvement, ballotait sur Pure et l’autre joue.

Jugeant que mes exhortations seraient inutiles, parce que la persuasion n’avait plus d'action sur l'esprit de Lanelongue , exalté par la douleur, je courus après lui, et fermai la porte de l’appartement, dont } bi fave la clef. Prenant alors le ton Diorire que comportait la position où je me trouvais, je lui ordonnai de reprendre la place que je lui avais assignée pour l'opération, sous peine de s’y voir contraint. Lanelongue, pensant avec raison que toute résistance serait inutile, se remit sur son fauteuil, et supporta le reste de l’opération sans que je fusse même obligé de le faire tenir par les aides. Aussitôt que le dernier appareil fut appliqué, j'eus toutes les peines du monde à maitriser les élans de sa reconnaissance: il voulut à toute force m’embrasser, ce dont je l’eusse volontiers tenu quitte, si je n'avais craint de diminuer les transports de sa joie. Le maïheureux avait fait preuve de tant de soumission vers la fin de Popération , que je crus devoir me résigner à mon tour et m’exécuter de bonne grâce.

£e lecteur qui, tranquillement assis dansson cabinet, lira les détails que je viens de rapporter, aura peine à concevoir dans quelle pénible situation je dus me trouver en cemoment. Laisser sortir le malade, qui ne voulait plus qu’on touchât à sa figure, était € hose impossible dans l'affreuse position D a vait. La commisération publique lPattendait sur Île seuil de maporte , et toutle blâme eût pesé sur moi seul. Personne n'aurait pris en considération lim-

(78) | possibilité où j'aurais été de faire consentir Lanclongue à subir le reste d’une opération qui avait pour objet de le rendre à la vie sociale. N’adopter qu'une demi-mesure ,et remettre le lambeau dans sa position naturelle , eût été rendre inutiles Loutes les douleurs que j'avais déjà fait éprouver au malade, et donner lieu à un insuccès opératoire, propre à déconsidérer la rinoplastie. La réputation d'un médecin est sa principale richesse ; d’elle seule peut dépendre tout le bonheur de sa vie; faudrait-1l donc livrer à la discrétion du premier venu un bien aussi précieux ? Et qui pourrait au monde nous indemniser d’une perte pareille! "out malade qui, après y avoir mürement réfléchi, aura, d’après sa demande formelle, reçu les premiers coups de bistouri , et subi un commencement d’opération grave, ne doit plus être libre dans son propre intérêt, bien plus encore que dans celui de l'opérateur, de la faire suspendre dans le seul but de se soustraire à la douleur. En pareille occurrence, le praticien est moralementresponsable de l’insuccès : c’est à lui de prendre toutes les précautions qu'il juge convenables, pour amener à bonne fin l'œuvre qu'il aura commencée, L'humanité lui en fait un devoir; la loi devrait lui en imposer l'obligation.

Immédiatement après l’opération , qui avait été longue et douloureuse, à cause des soins qu'elle exigeait (elle dura vingt minutes), le matade fut conduit dans son lit, où je lui fis maintenir la tête et les épaules élevées par des oreillers.

Je lui recommandai de ne point se coucher sur le côté, crainte de déranger l'appareil, ce quiaurait pu déplacer le nez de la ligne médiane, où nous avions tant intérêt à le conserver, Une garde-malade resta auprès de Lanelongue, et surveilla le moindre de ses mouvemens, surtout lorsqu'il dormait. Le siience absolu fut recommandé à l’unet à l’autre. Ea diète, le repos et des boissons adoucissantes furent les seuls moyens thérapeutiques que je crus devoir prescrire.

Quelques jours avant l’opération, je m'étais aperçu que Lanelongue était très sujet à cternuer, je songeai, dès cet instant, à prendre les précautions convenables, pour éviter le retour de cet accident, qui aurait pu devenir dangereux pendant les premiers jours de l’opération. En cffet, l’éternuement est pour le nez ce qu'est la toux pour la poitrine. La sternutation balaye bruyamment et avec secousse toute l'étendue des fosses nasales, comme la toux, par son ébranlement, détermine l'expectoralion des mucosités contenues dans les poumous. Ces considérations me déterminèrent à recommander qu'on ne laissât point pénétrer les rayons du soleil, ni de courant d'air frais dans lappartement de Lanelongue (1).

(x) I n’est personne qui n'ait souvent éprouvé les effets d'une vive lu miére ou d'un air très-frais, comme causes de l’éternuement. L'action du soleil est d'ordinaire si prompte sur bien des gens, qu'ils ne sauraient S'y exposer un seul instant sans éprouver aussitôt une violente sternu-

Après l'opération de la rhinoplastie, l’ébranlement, causé par la sternutation sur Îles parois du nouveau nez, serait d'autant plus à craindre, qu’à celte époque les ouvertures nasales étant bouchées par de la charpie ou autres corps dilatans, tout l'effort de l’air expiré se concentrerait presqu’en entier sur le lambeau, ce qui le tiraillerait violemment et pourrait même déchirer les points de suture. On concevra facilement la possibilité d’un pareil résultat, en songeant que , lors de l’éiernuement , la base de la langue étant élevée, et le voile du palais abaissé de manière à fermer l’isthme du gosier, l’air s'échappe presqu’entièrement par les fosses nasales

Grâce à l’'hémorrhagie que le malade avait éprouvée au commencement de l’opération,et que je m'’étais bien gardé de supprimer trop tôt, ilne survint qu’un léger gonflement inflammatoire aux joues, irès-peu d’élancemens à la tête, et seulement un peu de douleur aux yeux. La fièvre fut peu sensible, et tout le malaise qu'éprouva Lanelongue se borna bientôt à la gêne très-incommode que lui occasionnaient quelques mucosités sanguinolentes, qui élaient tombées dans l’arrière-gorge, et qu’il n’osait point expectorer, crainte que la secousse,

tation; phénomène qui est probablement dû à l'impression subite qui se iransmet de l'œil à la membrane pituitaire par le moyen des communications nerveuses établies entre ces deux organes , par la branche nasale dun nerf ophthalmique de Willis,

Sr )

provenant des efforts de lexpectoration, ne dérangeät l'application immédiate de son nez, sur l'emplacement où je l'avais greffé. Dès les premiers jours, Lanelongue éprouva un vif appétit, mais il me fut impossible de satisfaire ses désirs, crainte que les tiraillemens, produits par la mastication des alimens, nuisissent à la prompte agelutination des bords du lambeau. Ce n'est même qu’à l’aide d’un chalumeau qu'il pouvait avaler un peu de boisson.

Le troisième jour après l'opération, je procédai au premier pansement; voici l’état dans lequel je trouvai les parties au lever de l'appareil :

Le nez était un peu gonflé, rose, uniforme, et cerné d’une ligne noirâtre de sang à demifigé, qui me permettait à peine de distinguer les points de suture, qui laissaient cependant suinier un peu de matière séro-purulente. Mais rien ne transsudait des bords de la plaie, dont l’aggluuination avait déjà commencé. Il y avait au pédicule du lambeau,un peu de tension, ainsi qu'un peu de rougeur et d'engorgement aux parlies cnvironnantés, On sent trés-bien, que dans les premicrs temps, le pédicule ne peut Jamais être aussi exactement coapté que tout le reste du lambeau.

La cloison nasale était légèrement rétractce sur les côtés , et ses bords tendaient à se raccornir en dedans. Cette disposition lui avait fait prendre la forme d’'an pelit pilastre, qui semblait destiné à soutenir le bout du nez. Les ouvertures des narines

(82) avaient été maintenues ouvertes par deux bourdonnets de charpie, mais comme elles étaient disposées à s’arrondir, je remplaçai ce premier moyen, par deux morceaux de sonde creuse de gomme élastique, autour desquels j'eus soin de collier un peu de cire, de manière à leur donner une forme alongée, et légèrement conoïde, comme le sont presque toutes les narines qui ont reçu un plein développement. J'humectai les bords de la plaie , avec de la décoction de graine, de lin, afin de ramollir le sang desséché, et prévenir la formation d’une croûte, qui serait devenue incommode au malade, vt nuisible à la prompte agglutination des parties. L’extrémité de l'appendice avait déjà coniracté une adhérence intime dans l'épaisseur de la lèvre supérieure, ce qui me permit de la débarrasser de son point de suture, dont j'avais noué le fil au-dedans de la bouche , en haut de la lèvre supérieure, afin de mieux fixer la cloison dans une drection perpendiculaire. Je pus alors supprimer aussi les quelques brins de charpie que j'avais placés, entre la lèvre et la bord alvéolaire. La température du nez était à peu près la même que celle des environs de la plaie. Mais une particularité digne de remarque, c’est que le malade percevait du côté du front l'impression de mes doigts, que je promenais à la surface de son nouveau nez. Cette erreur de sensation a duré jusqu’au moment où le lambeau, complétement adhérent, fut identifié avec l’action vitale des tissus sur lesquels

je l'avais greffé. Ce phénomène physiologique est trop facile à concevoir pour que nous devions en donner une application détaillée. Nous dirons seulement que, durant le temps où la partie tégumentaire reçut vie entière des tégumens du front , doat elle était encore partie intrinsèque et inbérente, elle dut en partager les sensations, puisqu'elle était soumise à la même innervation, et à la même action circulatoire.

La plaie du front était recouverte de bourgeons charnus, qui suintaient déjà une assez grande quantité de pus. J’en rapprochai les bords à l’aide de nouvelles bandelettes agglutinatives. Je rappliquai le même appareil contentifqne nous avons indiqué précédemment, et le malade fut soumis à une diète moins sévère. Des purées, de la semouille et du bouillon furent les seuls alimens que Je lui accordai, añn de prévenir autant que possible les contractions des muscles de la face et les mouvemens des mâchoires; les pansemens furent renouvelés toutes les vingt-quatre heures ; les bourgcons charnus touchés avec le nitrate d'argent ne tardèrent point à s’affaisser; la cicatrisation marchant à grands pas, je permis au malade l'essai de quelques alimens solides, qui lui furent continués, à dater da Auifièrne Jour après l'opération.

À cette époque, le lambeau n'était presque plus ni enflammé, ni engorgé, et son adhérence parais- Sait très-intime, ce qui m’engagea à enlever tous les points de suture, à l'exception de ceux qui fron-

çaieni la partie postérieure du lambeau, pour y simuler le pli des ailes du nez. Ces derniers ne furent détachés que vers le douzième jour. La face profonde ou postérieure du lambeau fournissaitencore une suppuration très-abondante, qui s'écoulait par les narines ; mais le pus devint tellement épais vers le quinzième jour, que je fus obligé à chaque pansement de nétoyer la cavité nasale, à l’aide d’un pelit pinceau à miniature, que je trempais dans une décoction émolliente.

Vers le sezième jour, quenous avions présumé devoir être l’époque où il conviendrait d’opérer la section du pédicule, ce dernier, grâce à l’obliquité que je lui avais donnée pour en faciliter la torsion, s'était tellement épanoui et affaissé, qu’il avait fini par se mettre en rapport immédiat avec les parties voisines, et n'avait pas tardé à contracter adhérence avec elles.Dès-lors, je conçus l’espoir d'éviter son excision, dont je redoutais les suites. Je rafraichis une petite partie des bords du pédicule, qui n'avait pu s’agglutiner; j'exerçai sur elle une légère compression pour l’aboucher avec les lèvres de la plaie, située entre les sourcils, et j'eus le bonheur d'obtenir une réunion exacte, et sans la moindre difformité. Une circonstance que j'avais prévue dès le premier jour de l’opéralon , et qui arriva en effet comme je m'y étais attendu, fut la pousse de quelques cheveux qui, ayant continué à croître pendant juelque temps à la face inférieure de l’appendice,

fournirent bientôt de très-longs poils à la moustache de Lanelongue. C’était un très-petit inconvénient, et les ciseaux furent un sûr et facile moyen d'y remédier.

Le dix-huiième jour, la réunion paraissait exacte de toutes parts. Le lambeau avait la couleur et la température naturelles, et les cicatrices qui l’unissaient aux joues pr ésentaient déjà une assez forte résistance. Les piqüres des points de suture étaient presqu'entièrement effacées. . Les parties furent laissées à découvert, et je me bornai à quelques légères lotions émollientes que je faisais pénétrer jusque dans Îles narines. Les démangeaisons que le malade y éprouvait étaient si intenses, qu’il eut toutes les peines du monde à résister au besoin d’y porter les doigts pour se gratter; 1l ne trouvait d'autre moyen pour les calmer, que de se frapper du poing toute la surface non encore cicatrisée de la plaie du front; il y allait si bon train,que mainte fois il la rendittoute satgnante. Comme je ne voyais à cela d’autre inconvénient que de retarder la cicatrice , je Jaissai le malade satisfaire son envie, à condition qu'il ne toucherait point au nez.

Le vingt-cinquième jour, l'adhérence du nez était assez forte pour me permettre d'exercer sur lui de légères tractions en avant, avec compression sur les côtés, afin de mouler un peu celte partie, en Jui donnant autant que possible la saillie d'un nez naturel; mais il me fut impossible de

le rendre pointu, l'extrémité resta légèrement arrondie, comme le sont la plupart des nez qu’on appelle charnus A la fin du mois, la cicatrice du front était complète, et ressemblait exactement à celle qui proviendrait d’un coup de sabre dont on n'aurait pas tenté la réunion immédiate, mais qu’on aurait livrée à la suppuration,

Le son de voix de Lancelongue n’était plus nasillard, ni rauque, comme avant l’opération; son arrière-gorge n’était plussècheniirritée; il percevait facilement touteslesodeurs, et recherchaitavec avidité une prise de tabac, ce que j'empéchais le plus souvent possible. Un extrême plaisir pour lui était de faire sorlir la fumée de son cigarre au travers de ses nouvelies narines. Il recherchait l’air frais avec autant d’empressement, qu'il en mettait à l’éviter un mois avant. À peinesixsemainess’étaient écoulées depuis le jour où je l'avais opéré, qu’il se sentait une envie démésurée d’aller se montrer à ses amis; mais comme les approches du froid se faisaient déjà sentir, et que je craïgnais qu'il n’arrivât quelque fâcheux accident à Lanelongue, qui à sa premiére sorlie, n’aurait pas manqué d’aller fêter son nouveau nez au prochain cabaret, je lui fis garder le logis jusque vers le milicu du mois de décembre, époque à laquelle je lui rendis une pleine et entière liberté.

Lanelongue était arrvé chez moi, mutilé, couvert de haïllons, présentant une figure horrible à voir, ct rappelant celle dont Graf a tracé

en) la hideuse image, dans son traité de Rhynoplastie, publié à Berlin (1). Deux mois après, il sortit avec un nez passablement beau et parfaitement solide. Sa physionomie rayonnait de bonheur, et son cœur battait d'espérance pour un meilleur avenir. Enfin la métamorphose était si complète, que ses amis eurent d’abord grand’peine à le reconnaître(2). Pendant quelques jours, 1l se joua même de leur étonnement : il donnait l’aumône à ses anciens camarades, qui lui tendaïent la main, sans se douter à qui ils s’adressaient ; après les avoir largement rétribués, il s’amusait à leur demander des nouvelles du pauvre rasat , qui, dans l’argot, voulait dire sans nez, et ce n'était qu'après avoir préparé leur élan de surprise, qu'il {auparït avec eux. Grand nombre des principaux habitans de la ville d’Aix, et entre autre M. l'archevêque de Carthagène , domicilié en Provence, par suite d’événemens politiques, l’aidèrent de quelques secours, ce qui lui permit de se rendre dans son pays, où

(4) Si nasus déficit plane, qui in hoc malum ceciderunt, vitam inter mortales agunt neque vivorum hominum, sed calearum potiùs hiantium imagines representare videntur. Conscii horroris quo cœteros adspectu suo perfundunt, miseri miseriam ipsorum adeù persentiunt, ul animo depressi citius ad mortem properent, neque tristioris vitæ onus diutiùs ferre cuptant.

( Graëf. Berolini, 1818.)

(2) ( faut convenir, qu'un nez de plus, le son de voix qui avait changé, et un costume noir, qui avait remplacé les haïllons dont Lavelongue était précédemment recouvert, durent en effet le rendre meconnaissable,

1} désirait aller revoir ses parens et ses amis, qu'il ne devait plus craindre d’effrayer comme lors de son retour d'Espagne. J'ai revu Lanelongue en 1828 et en 1829, son nez s’est toujours bien conservé, et ne diffère des autres que parce qu'il est moins proéminent, et cerné d'une cicairice linéaire qui, de bleue qu’elle était, a fini par devenir blanche. Quant à celle du front, elle n’offrait rien de remarquable, son extrémité supéricure se perdait sous les cheveux; sa largeur était réduite à deux lignes environ, et son extrémité inférieure correspondait à la racine du nez, où elle avait rapproché les deux sourcils.

Nous avons soigneusement rapporté tous les détails de cette intéressante opération, parce qu’elle nousa fourni l’occasion d'y rattacher tous les principes de Ja rhinoplastie indienne, applicable au cas d’ablition complète du nez. Dans les chapitres suivans, Où nous trailerons des autres degrés de mutilation de cet organe, nous tâcherons, autant que possible, de rapporter les procédés rhinoplastiques à des observations non moins intéressantes, et qui auront l'avantage de diminuer la sécheresse ou lennul qui accompagnent d'ordinaire toutes les descriptions purement scientifiques. Tel est le but éminemment pratique que nous sommes dans lintention de suivre dans le cours de cet ouvrage, afin qu'on ne puisse pas supposer que notre objet principal a été de faire l'exposition théorique de a rhinoplastie. |

( 89 ) Pour donner un plus haut degré d’authenticité à l'observation que nous venons de rapporter, nous avons jugé convenable d'insérer Particle suivant extrait du journal de la ville d’Aix :

« Le nommé Pierre Lanelongue, natif des environs de Toulouse, âgé de trente-huit ans, reçut à la dernière guerre d’Espagne (1823) un coup de sabre qui, pénétrant entre les sourcils, lui abattit la totalité du nez, ainsi qu’une partie de la lèvre supérieure; os et cartilages, tout fut enlevé. Une blessure aussi profonde ayant déterminé une difformité des plus effrayantes , le nommé Lanelongue , devenu un objet de dégoût pour tous ceux qu’il approchait, fut bientôt réduit au dernier état de misère. Las de son existence, il se livrait au désespoir , lorsque passant à Aix, le hasard le présenta à l’observation de M. le docteur LaBar, domicilié en cette ville. Ce dernier, promit à Lanelongue de terminer toute ses infortunes par la réhabilitation complète du nez qui lui manquait. Une promesse aussi consolante que désintéressée, décide à l'instant même le malheureux, auquel on fait aisément espérer une pareille réussite. Plein de confiance en notre jeune opérateur, Lanelongue supporteaveccourage et résignation cette douloureuse épreuve. M. Labat lui détache du froxt, sur lequel on avait préalablement dessiné un modèle de nez approprié à l'air du sujet, un lambeau de chair, de forme triangulaire, ne conservant adhérence que par son sommet situé entre les sourcils ; à l’instant même, il le contourne et le renverse sur l'emplacement du premier nez, OÙ, . convenablement greffé à l’aide d’incisions et points de suture, il y prend la forme, l’aspect, et y remplit aussi toutes les fonctions de l'organe qu’il est destiné à remplacer. La rbinoplastie terminée, les bords de la plaie du front furent rapprochés à l’aide de bandelettes agglutinalives, ce qui fit prendre à la cicatrice une forme linéaire absolument pareille à celle qui provient d'un coup de sabre. Pratiquée dans le

( 90 ) courant du mois d'octobre dernier, cette intéressante opération a été couronnée du plus heureux succes, et c’est vers la fin de décembre 1827 que Lanelongue, présenté au public de cette ville, a éprouvé une satisfaction bien vive par la peine qu’on a eue d’abord à le reconnaître.

» Aix, 7 janvier 1028.

J'ai souvent lu, et plus souvent encore entendu dire, que la peau du front, dont on forme le Jambeau , n’offrant qu'une médiocre épaisseur , ne devait présenter qu’un degré de résistance , insuffisant pour conserver la forme convexe et alongée du nez qu’on cherche à imiter. Cette opinion, qui sembie incontestable au premier abord, n’est cependant rien moins qu'une erreur. Nous allons tâcher de le démontrer.

D'abord, l'expérience journalière prouve le contraire , et en second lieu, des recherches spéciales sur cet objet m'ont fourni, comme je l’ai indiqué, un moyen assuré de prévenir, dans tous les cas, l’affaissement de la pointe du nez. Quelques lignes suffront, je l’espère, pour donner une explication simple et facile de l'opinion que je viens d'émettre.

1° Il est reconnu en principe, qu'un lambeau de peau détaché du reste des tégumens par une grande partie de sa circonférence, se rétracte, suppure par sa face profonde, qui, plustard, devient fbreuse, el par ce moyen acquiert de l'épaisseur et de la solidité.

Dans le cas qui nous occupe, celle face profonde ou celluleuse du lambeau présente, lorsque la cicatrice s’y est formée et rétractée, une gouttière parallèle à son axe, dont la concavité est en arrière, et la convexité en avant, où elle simule Je dos du nez. Cet organe de nouvelle formation offre donc, à sa partie moyenne, un degré de résistance très-supérieur à celui que présentela peau du front dans son état normal.

2° Le sominet du triangle isocèle, formé par le Jlambeau, est terminé, avons-nous dit, par un angle légèrement tronqué. Les deux côtés saignans de ce sommet se trouvant en rapport 1mmédiat, dans une certaine étendue, il s'établit entre les deux faces latérales , internes ou postérieures, une adhérence très-intime (1).

A l’aide d’un pareil résultat, le sommet du lambeau se trouve converti en une masse charnue et résistante, dans une étendue de cinq ou six lignes. La légère torsion du pédicule, quoique finissant par ne plus être appréciable à l’œil, n’en existe pas moins dans les fibres du issu, ce qui contribue aussi à donner de la solidité à cette partie du nez.

(1) I convient d'observer que le patron de papier étant très-mince » ne peut donner qu’une idée très-imparfaite du fait que j'avance. Mais il sera facile de le comprendre en se rappelant que la peau du front, terme moyen, a trois lignes d'épaisseur, ce qui, par l'adossement qui à lieu à la partie supérieure des deux côtés saignans, constitue vers Je sommet du lambeau un cône charnu, résistaut, et d’un demi-pouce de longueur,

3° Restait encore la pointe du nez dont on avait tant de peine à prévenir l’affaissement. Voici à l’aide de quel moyen je suismaintenant parvenu à y remédier :1l me suffit pour cela de tailler l’appendice destiné à remplacer la cloison nasale, de la largeur de six lignes, quoique cette partie d’organe n’en offre que deux dans l’état naturel ; je la double dans sa longueur, la traverse au milieu par un point de suture qui tient en rapport les deux côtés de la surface saignante, ce qui les fait bientôt adhérer l’un à l'autre. De cette manière, je n’obliens pas une cloison mobile comme lefontla plupart desrhinoplastes, mais bien une sorte de pilier fixe, solide, un peu élargi en arrière et en avant, de manière à soutenir parfaitement la pointe du nez (x).

Après l'entière cicatrisation, si l’on presse le bout du nez, il cède aisément ; mais dès l'instant que la pression cesse, la proéminence nasale est aussitôt repoussée en avant par l’élasticité du pilier charnu, formant la cloison. Ilest vrai de dire que le mouvement excentrique de ce dernier, est secondé par la texture dense et fibreuse, qui recouvre la face interne du lambeau. La concentration de cette partie tégumentaire , son enroulement sur sa face profonde, n'ayant pu se faire que dans sa

(1) Cette diminution d'épaisseur, vers le milieu de la cloison, imite très=bien l'état naturel : Elle est le résultat du point de suture et de l'adhérence des deux côtés, pius intime vers le centre que vers les extrémités.

artie moyenne, c’est-à-dire dans le milieu longitudinal , le point inférieur est devenu saillant, comme il convient à la pointe du nez. Cette même cause fait acquérir à cet organe de nouvelle création, une consistance assez analogue à celle que le nez reçoit de sa structure cartilagineuse.

Il faut avoir été témoin, dit M. Delpech, de ce phénomène, pour concevoir avec quelle perfection un lambeau de peau mince , presque flottant, peut acquérir de la ressemblance, sous tous les rapports, avec un nez naturel. C’est un effet vraiment admirable, qui résulte de la combinaison de l’engorgement inflammatoire du lambeau, de la suppuration et de la crispation de sa face profonde, ce dernier phénomène élant borné, par l’union immédiate des bords du lambeau, avecle contour de labrèchesur laquelle ils se trouvent greffés.

Il est facile de voir par ce courtexposé que tous les moyens de support artificiel, mis en usage dans cette circonstance, ainsi que toutes les autres conditions favorables que nous avons énumérées précédemment, sont merveilleusement secondés par cette disposition du lambeau à prendre la forme saillante et alongée qu’on veut lui donner.

L'ensemble de toutes ces circonstances permet donc au nouveau nez de résister parfaitement à une pression légère, ainsi qu’au mouvement de va el vient, que tendraient à lui imprimer l'inspiralion et l'expiration pulmonaires, comme on le voit quelquefois après cerlaines ulcérations véné-

riennes, qui ont miné et détruit les os'et cartilages du nez, sans avoir altéré la peau qui les recouvre.

Dans le rapport fait à l’Institut (r r février 1828), par M. Geoffroy-Saint-Hilaire, sur un Mémoire de M. Lisfranc, traitant de la rhinoplastie , et que nous avons déjà cité dans un de nos chapitres précédens, il y est dit que ce dernier, empruntant, comme ses devanciers la peau du front, avait eu l'heureuse idée d'éviter la torsion de son pédicule, ce qui l'avait par conséquent dispensé d’y remédier plus tard. Pour cet effet, ajoute M. le rapporteur, 1l prolongeait son incision trois lignes plus bas à gauche qu'à droite.

Il n’est point étonnant que les mêmes circonstances m'aient suggéré, ainsi qu'à M. Lisfranc, des moyens à peu près analogues d'y remédier. Mais J'avoue de bonne foi,qu’en agissant de la sorte, en 1827, je n'avais d'autre but que de rendre plus facile le renversement du lambeau et de diminuer la torsion deson pédicule : le hasard seul me fit découvrir le second avantage, qui était de-rendre inutile la section de cette partie.

Afin de rafraîchir ct rendre saignans, les tissus sur lesquels devait s'appliquer le Jlambeau du front, M. Lisfranc pratiqua le long de leur bords une incision qui divisa perpendiculairement la peau, et dont il disséqua légèrement la lèvre externe, de manière à obtenir une rainure assez large pour y enchâsser parfaitement les bords du nez artificiel. Par excès de précaution, dit M. de

( 95 ) Saint-Hilaire, des bandeleites agglutinatives 1égèrement serrées, furent mises en usage, et par ce moyen, l'opérateur à évilé la suture, dont l'emploi est douloureux, et qu'il devait d’ailleurs rejeter, à cause des nombreuses cicatrices anciennes que présentait la face de son malade.

La preuve que les bandelettes sont loin de pouvoir suppléer aux points de suture, toujours moins douloureux qu'on ne le pense, et d'une facile exéculion, c’est que chez le nommé Eval, qui fait le sujet de celte observation, la réunion ne s’opéra d’abord que d’un côté, et que la suture devint nécessaire pour l'adhésion de l’auire.

Dans cette même circonstance, M. Lisfranc voulant procurer au nouveau nez, un point d'appui qui püt le soutenir jusqu’à parfaite cicatrisation, plaça dans l’ouverture des fosses nasales, un tampon triangulaire, faisant saillie en avant, et formé avec de la charpie bien serrée, par le moyen d’une compresse convenablement disposée. IL se servit aussi, ajoute M. Geoffroi de Saint-Hilaire, de deux rubans de plomb laminé, qu'il roula sur eux-mêmes, et à l’aide desquels il maintintdilatées les ouvertures des narines, Il fut engagé à l'emploi de tous ces supporis externes et internes, parce que le malade avait, non-seulement perdu les os propres du nez, mais encore une partie des branches montantes des os maxillaires avait été cariées.

On voit queles plumasseaux de charpie que nous ayons appliqués au-dehors, et les bourdonnets que

nous introduisimes dans chaque ouverture des narines, et qui plus tard furent remplacés par des bouts de sondes de gomme élastique , remplirent absolument le même but, et durent nous présenter les mêmes avantages. Ce n'est qu'à l’aide de ce . dermer moyen, convenablement employé, que j'empêchai les ouvertures nasales de s’oblitérer , par l’épaississement qu’acquièrent leur bords.

Chez un second sujet opéré par M. Lisfranc, tout annonçait un nouveau succès, lorsque la mort, causée par une maladie tout-à-fait étrangère à l'opération, trompa malheureusement les espérances de l'opérateur.

Enfin, ilest un grand nombre de détails opératoires qu’on ne peut guère relater, parce qu'ils ne sont réellement appréciables qu’au moment de leur application. La plupart d’entre, eux sont souvent dépendans du goût et de l'adresse du chirurgien.

Ainsi, une petite excision pratiquée sur Île bord libre de la nouvelle aile du nez, au moyen de c1seaux courbes sur leur plat, donne à cette partie une forme plus naturelle, procure une cicatrisasion en forme de courbure, ce qui rend la dilatation des narines plus facile et plus durable, À l’aide de cette excision complémentaire, la cloison nasale devient apparente sur le côté comme dans l'état normal. |

Nous avons précédemment recommandé, lors de la dissection des deux tiers inférieurs du larbeau, de pratiquer Flincision obliquement cn

dehors, de manière :que la peau fût plus coupée aux dépens de sa face épidermoïque, qu'aux dépens de sa face profonde. Ce précepte, dont l'utilité a été indiquée au commencement de cet article, n’est pas plus applicable à lappendice quadrilatère qui est destiné à tenir la place de la cloison nasale, qu'aux parties du lambeau qui doivent servir à former les ailes du nez. Il convient au contraire d'y faire l’incision obliquement en dedans, c’est-à-dire, plutôt aux dépens de Ja face profonde, que de la face externe. A l’aide de celte précaution, l’on obtient sur le dernier de ces deux points une cicatrisation, qui, par le sillon qu’elle détermine au pourlour extérieur de l’aileron du nez, forme une bosselure en relief quiimitc parfaitementbien cette partie bombée du nez. Pour ce qui est de la cloison nasale, la directon oblique en dedans de lincision, facilite l’agglutination intime des deux côtés de l’appendice , qui, par cette disposition facile à obtenir, à l’aide du point de suture dont nous avons parlé, se trouve converti en une colonne charnue, quisépare les ouvertures des narines, et qui soutient la pointe du nez.

Telle est l'opération que nous avons pratiquée avec un succès complet. Pour ce qui est des moyens d'exécution, nul doute qu’un tfès-habile opérateur n'aura besoin de prendre conscilque des circonstances qui se présenteront dans le courant de l’opéra- Uon; mais nous, qu'une rectitude de méthode peut seule diriger dans les cas difficiles; nous, qui avons

soin de raisonner à priori la plupart de nos mouvemens opératoires, d'en calculer à l'avance tous les résuitats, nous n’oserions point, malgré nos connaissances spéciales sur cet objet, entreprendre aucun de ces procédés rhinoplastiques, sans au préalable en avoir répété l'application sur le cadavre. Il est facile, dans un amphithéâtre d’anatomie, dimiter avec exactitude toutes les mutilations du nez, ce qui offre la facilité de s’exercer quelques jours auparavant, au manuel de l’opération rhinoplaslique, afin de pouvoir en apprécier toutes les difficultés, et apprendre les moyens d’y obvicr.

J'ai cru nécessaire d'entrer dans tous ces détails, qui pourront paraître minutieux aux yeux du lecteur inattentif; maïs les hommes de l’art comprendront, je l'espère, qne je ne devais point les omeltre, parce qu'il faut prémunir ceux qui auraient à pratiquer cette opéralion délicate contre les nombreux accidens qui peuvent en augmenter les difficultés et en empêcher la réussite.

Afin de compléter l'exposition dela méthode des Koomas, dans son application aux cas d'ablation totale du nez, nous avons jugé utile de rapporter l'observation en entier de la rhinoplastie, pratiquée par M. Lisfranc, en 1826, chez le nommé Eval, l’un des braves de notre grande armée. D'ailleurs, l’histoire que nous allons faire de cette opération, nous fornira l'occasion d'apprécier , à sa juste valeur, les objections que M. Blandin à

cru devoir adresser à son auteur, ainsi que la critique trop-amère que M. Arnal à dirigé contre lui. J'espère , en outre, que l’affreuse mutilation à laquelle il fallut remédier, offrira un haut degré d'intérêt au lecteur, non-seulement parce que ce fut le premier essai de ce genre, fait à Paris, mais encore parce qu'il nous montrera, de quelle nature ontété ces premières tentatives rhinoplastiques.

Obsercalion d'une rhunoplastie pratiquée dans un cas d'absence complète du nez, par M. Lisfranc, chirurgien en chef de la Pile.

Afin de n’omettre aucune des circonstances essentielles de cette opération, nous en emprunterons les détails au rapport fait à l’Institut, par M. Gcoffroi Saint-Hilaire, et que M. Rousset a consignés dans sa thèse, présentée en 1828, à la Faculté de médecine de Paris. La rédaction de cette observation nous y a paru plus détaillée que dans le mémoire sur la rhinoplastie, lu par M. Lisfranc à laséance annuelle de PAcadémie de médecine, et inséré dans son deuxième fascicule, page 156.

Le nommé Jean Eval, âgé de trente-six ans, d'unebonne constitution, ayant fait partie du corps d'armée française qui avait pénétré au fond de la Russie, languissait depuis treize ans, victime hideuse de cette mémorable campagne; son nez y

(fac: )

fut congelé; ses orcilles, ses pieds, le furent en partie. L’ulcère qui résulta de la chute du nez, faisant toujours des progrès, ne se cicatrisa entièrement qu'au bout de douze ans. |

Voici quel était son état lors de sa rentrée en France : au milieu du visage, à la place qu'avait occupée le nez, existait une grande cavité qui communiquait dans le pharynx; l'intérieur en était d’un rouge vif velouté; les os propres du nez, une partie des apophises montantes du maxillaire supérieur, la lame perpendiculaire de l’ethmoïde, le vomer, le cartilage triangulaire , les cornets supérieurs, moyens et inférieurs, avaient été détruits par la carie : les yeux étaient larmoyans, les paupières éraillées, les fibro-cartilages tarses un peu ulcérés ; tousles cils étaient tombés. Les conjonctives palpébrales formaient un gros bourrelet saillant, rougeätre, sur lequel coulaient les larmes, qui se répandaient sur les joues, où elles déterminaient des rougeurs et des excoriations. L'olfaction n’existait plus depuis la perte du nez. Le voile du palais avait perdu une parlie de ses mouvemens.

Eval, naguère si considéré de ses compagnons d'armes, naguère si heureux, s’était, depuis 1813, retiré dans le village qui l’avait vu naître. Il y vivait sequestré de la société : sa figure était si hideuse! son aspect inspirait tant de dégoût!

Nulle indulgence même de la part de ses anciens amis; on s’éloignait de [ui comme d’un spectacle dont on ne pouvait supporter la vue. Il était

(16 r)) enfin repoussé de tousles ateliers, et par conséquent réduit à une extrême misère.

Le principal propriétaire du village, M. Delaborde d’Estouteville, prit pitié d’Eval; il le recueillit, le conduisit à Paris et le confia aux soins de M. Lisfranc.

Arrivé à l’hôpital de la Pitié, ce malheureux offrait un aspect si dégoûtant, qu’on fut obligé de mettre une compresse sur sa figure, afin de soustraire cette horrible mutilation aux regards des autres malades.

Quoiqu’E val demandât instamment qu’on l’opérât,ce ne fut qu'après un moisde séjour, de désir et d’attente,qu on se décida à entreprendre celte opération rhinoplastique siimpatiemment attendue.

M. Lisfranc chargea le plus adroit de ses élèves de faire un nez artificiel pour soutenir provisoirement le lsmbeau de peau qui devait former le véritable nez. On cnfonça la partie moyenne d'une compresse dans les fosses nasales, Fon mit ensuite dans l’intérieur de cettecompresse assez de bourdonnets de charpie pour faire au-devant de la face une éminence de la forme d’un nez: les bouts de la compresse furent ramenés sur la charpie et fixés par quelques points de couture.

Le malade fut ensuite conduit dans la salle d’opération, et devint de nouveau l’objet de la curiosité des nombreux élèves qui désiraient assister à cet essai rhinoplastique.

M. Lisfranc ayant trouvé ce nez arüñciel trop

gros, pratiqua transversalement unc couture à sa base , afin de la rétrécir. Alors, prenant avec une feuille de carton, la mesure de peau nécessaire pour Ja formation du nez, il appliqua ce patron sur le front ettraça autour, avec de l'encre, une ligne pour guider le bistouri (1). Il incisa sur cette ligne, et obtint un lambeau triangulaire dont le sommet correspondait à la racine du nez, et dont la base était dirigée vers le front. Cette dernière présentait sur la ligne médiane un appendice long d’un demipouce, qui avait été taillée dans le cuir chevelu, et devait former la sous-cloison du nez. La dissection fut dirigée de haut en bas, en ayant soin de laisser au lambeau, pour sa nutrition, tout le tissu lamelleux qui existe entre le muscle frontal et le péricrâne. On disséqua jusqu’au sommet du Jlambeau, qu’on cut soin de laisser en communication avec les tégumens de la partie médiane et inférieure du front. L’'incision fut prolongée trois lignes plus bas au côté gauche qu’au côté droit, afin qu’en renversant le lambeau, son pédicule fût moins tordu, et que les vaisseaux de communication du lambeau avec le reste de la peau

(1) Dans son mémoire sur la rhinoplastie, M. Lisfranc propose de substituer à l'encre, dont le tracé peut être effacé par l'écoulement du sang, le nitrate d'argent fondu dont la trace noire et indélébile sur l’épiderme, met par conséquent à l'abri de tout tâätonnement. Nous avons fait observer, à l'occasion de Lanelongune, que le dessin tracé avec une bonne encre qui a du mordant, et la précaution qu'il faut avoir d’inciser du bas en haut, suffisent pour prévenir toute inquictude à cet égard.

du front, élant moins comprimés, la circulation fût plus facile et la gangrène moins à craindre. A l’aide de cette disposition, l’incision droite , trois lignes moinsétendue que lagauche, laissait adhérer le lambeau par la partie inférieure de bord seulement (x).

M. Lisfranc fit ensuite, sur chaque côté de l’ouverture nasale, le long de ses bords cicatrisés, une incision profonde de deux lignes et demic; il en résulta une rainure assez large pour recevoir les bords du lambeau; une troisième incision fut pratiquée au bord adhérent de la lèvre supérieure, pour la souscloison des narines.

La plaie du front, fournissant beaucoup de sang, on ÿ appliqua quatre ligatures; une cinquième fut pratiquée au lambeau. M. Lisfranc fit observer que l’hémorrhagie de cedernier devait être arrêtée, pour qu'on eût moins à craindre sa gangrène; mais surtout, afin que la formation des caillots de sang ne devint pas un obstacle à la réunion par premièreintention. L'hémorrhagie ayant cessé, on enleva tout le sang qui s'était figé dans les incisions et autour du lambeau; on rabattit celui-ci sur le nez artificiel, en le renversant par une légère lorsion de son pédicule; enfin, on Pappliqua avec une précaution telle, que ses bords fussent

(1) Afin d'éviter par ce moyen, dit M. Lisfranc, la section du pédicule du lambeau, tandis que dans le cas contraire le nouveau nez ne recevant sa nutrition qu'à travers des cicatrices récentes, trop faibles et par conséqueut peu vasculaires, celles-ci n'ont quelquefois pu s'opposer pendant les froids rigoureux , à la gangrène, qui à déiruit compiètement le nez artuficiel. Uraëlff a été témoin d’uu pareil malheur,

enchâssés dans Îles incisions préalablement faites autour de l’ouverture nasale, où ils furent fixés par des bandelettes agglutinatives. On ne put jamais parvenir à mettre dans l’incision transversale 1nférieure, le petit prolongement du iambeau destiné à former la sous-cloison des fosses nasales, sans faire sortir des incisions latérales les bords de ce lambeau. M. Lisfranc aima mieux attendre la citatrisation complète et solide des bords du nez avec la partie interne des joues, afin d’avoir à cette époque plus de facilité à réunir la sous-cloison à la lèvre supérieure. Nous verrons plus loin qu’un second motif dut faire aussi ajourner l’insertion du bout de l’appendice à la lèvre supérieure.

Une compresse fenêtrée enduite de cérat, fut placée sur la plaie du front, dont les bords avaient été un peu rapprochés par deux bandelettes agglutinatives, cette compresse était percée de deux ouvertures au niveau des yeux. De la charpie et des compresses fines, mises par-dessus, furent maintenues par plusieurs tours de bande, disposés de manière que le nouveau nez ne füt point comprime.

Hait jours après, la réunion s'était faite dans tout le côté droit, et seulement dans le tiers supérieur du bord guche ; elle avait manqué dans les deux tiers inférieurs / parce que la face interne ou postérieure du nouveau nez, suppurant danstousles points immédiatement appliqués sur le moule de charpic, le pus ne trouvant point d'issuc ni par

les ouvertures antérieures, niautravers des ouvertures postérieures des fosses nasales, soulevait le bord gauche du nouveau nez et empêchait soncontact avec la rainure nasale correspondante. Le bord droit du lambeau (devenu gauche par le renversement de ce dernier) ne se trouvant pas en rapport immédiat, avec l’incision dans laquelleil aurait dû être enchâssé, M. Lisfranc exerça sur le lambeau une légère compression pour en faciliter la réunion; mais le nez devint épaté, et le bord gauche n’en continua pas moins à sortir de l’incision dans laquelle il avait été mis, et se porta toujours en dehors. Les bandelettes agglutinatives devenant inutiles parce que le pusles décolait, on eut alors recours à une espèce de ressort qui, par son élasticité, empêcha le nez de s’élargir. Cependant la suppuration continuant à être abondante et soulevant toujours le bord gauche, la cicatrisation resta longtemps sans faire de sensibles progrès.

M. Lisfranc,voyant échouer touslesmoyens tentés pour la réunion de ce côté gauche, se décida à employer la suture. Il détruisit les adhérences qui tendaient à réunirentre eux les deux côtés de la face postérieure du nouveau nez, et pour que le pus eût une issue facile , il Ôta le nez artificiel, renouvela l’incision du bord gauche de l’ouverture des fosses nasales, raviva le bord correspondant du lambeau, et y pratiqua deux points de suture, en ayant soin d’embrasser assez de parties molles entre les anses du fil, pour opposer une résistance

suffisante à cette force, qui tendait sans cesse à faire sortir de sa charnière ce bord gauche du lambeau.

Cette dernière opération, dit M. Rousset, eut un plein succès : la réunion se fit dans toute l'étendue du bord gauche, qui jusque-là avait présenté tant de difficullés (à).

Les fils de suture ne furent Ôtés qu’au bout de quinze jours. Cependant la cicatrice ne s’étant pas faite extérieurement, on employa plus tard la pominade épispastique pour excorier les parties, et les mettre dans un état convenable à la réunion, qui finit par devenir entière etsolide, peu de temps après.

Enfin ce ne fut qu’un mois plus tard, queM. Lisfanc dégagea le petit appendice qui adhérait à la face postérieure du lambeau, il en rafraichit les bords, et enchâssa son extrémité dans l’incision transversale pratiquée à la partie correspondante de la lèvre supéricure.

Cette dernière opération, extrêmement délicate, fut difficile ; on passa transversalement un petit cylindre de bois dans l’ouverture antérieure des narines, derrière la fausse cloison , pour empêcher que ce petit lambeau se portât en arrière et se ci-

(1) Comment accorder cette citation de M. Rousset, reproduite par M. Vel peau et autres, avec le passage suivant inséré par M. Lisfranc, dans son mémoire sur la rhinoplastie : « Je tentai quelques points de suture qui, comme je l'avais présume, échouèrent, parce qu'ils etaient placés en dihors, dans l'épaisseur de cicatrices anciennes et pro- Jonides?»

catrisât de nouveau avec la face postérieure du nez; deux petits rubans de plomb roulés sur euxmêmes, et présentant à leurextrémité inférieure un crochet pour empêcher leur chute dans l’arrièregorge, furent introduits dans les fosses nasales , pour tenir leur cavité libre. La guérison ne se fit point attendre.

Eval était cependant, dans des conditions défavorables au succès de l’opération: les os constituant la charpente du nez ayant été détruits par la congélation, qui avait envahi la plus grande partie de la facc; en outre la peau du front couverte d'anciennes cicatrices, devait nécessairement contenir une moindre quantité de vaisseaux , puisque ces cicatrices sont toujours moins vasculaires que la peau.

Avant que la cicatrisation fût achevée, l'olfaction était nulle, et l’on pouvait inciser et piquer avec une épingle le nouveau nez, sans qu'Eval en eût conscience. On a aussi rafraîchi souvent les bords du lambeau, sans déterminer la moindre douleur, quoiqu'il coulât une assez grande quantité de sang.

Mais aussitôt que la réunion a été complète la sensibilité s’y est rétablie. Frappé sur le milieu du front, la sensation de ce contact était ressentie par le nouveau nez; et ice versé.

Eval a recouvré l’odorat ; ses paupières ne sont plus éraillées, ni ses yeux humides; les larmes ne coulent plus sur les joues, sa voix a cessé d’être

nasillarde, son timbre est ferme; la plaie du front, d’abord large de trois pouces à sa base, s’est termince par une cicatrice linéaire. Eval saisit son nez avec un mouchoir, le tire dans toutes les directions sans le moindre inconvénient, le fait jouer à droite et à gauche, et le remplit avec sensualité de tabac. Il ne possède donc pas un simple simulacre de nez, mais un nez réel.

En terminant son mémoire sur la rhinoplastie M. Lisfranc fait observer « que, d’après les modifications quil a apportées à cette opération, il a refait un nez presque à l’état normal ; qu'il a rendu au malade le sens de l’odorat ; que sa voix est devenue plus sonore et a cessé d’être nasillarde; qu'enfin cette restauration de nez a encore guéri E val d’une double tumeur lacrymale. »

Il semblerait, d'après cette observation, que la modification la plus importante que M. Lisfranc ait apportée dans la rhinoplastie indienne par le procédé des Koomas, consiste à éviter la torsion et la section du pédicule du lambeau qui, pendant les premiers jours qui suivent l'opération, est l'unique endroit par où le nez reçoit la vie.

Mais, comme l’observe judicieusement M. Blandin, cette importante modification a été depuis long-temps mise en usage par M. Laliemand de Montpellier, pour la restauration de la joue et de la lèvre inférieure.

Voici en effet ce que m’écrit M. le professeur Lallemand à propos de cette opération, qu'il a

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