‹ De la Rhinotomie Sous-Labiale Dans Certaines Déviations Graves de la Cloison NasaleChapitre 13 sur 26 · EVOLUTION DU PROCÉDÉ DE ROUGE · texte numérisé non relu

EVOLUTION DU PROCÉDÉ DE ROUGE

Cornme déjà nous avons eu l’occasion de le dire, c’est en 1873 que le chirurgien de Lausanne décrivit la méthode de la rhinotomie sous-labiale. Cette méthode était contenue dans ces deux propositions:

a) « Ouvrir largement les fosses nasales afin de se rendre un compte exact de la lésion;

b) Eviter toute déformation de la face, toute cicatrice, afin de ne pas remplacer une infirmité par une mutilation ».

À cette époque, la commurication de Rouge eut assez peu de retentissement. Le procédé n'était cependant pas oublié, et plusieurs chirurgiens anglais surent les premiers en tirer profit. En 1878, au congrès international des sciences médicales de Genève, Rouge rappelle sa méthode et donne soixante observations.

Knight en 1891, Chappel en 1892, pratiquent cette opération et présentent de brillants résultats. La même année, Rouge décrit à nouveau son procédé dans la Technique chirurgicale de Esmarch-Kowalzig. En 1893, Ch. Audry, de Toulouse, applique aussi la rhinotomie sous-labiale. Batut en 1894, Guinard en 1895, Rochard et Gouguenheim en 1896, Lavrand, Goris en 1900 et,plus récemment,G.Laurens, se servent de la méthode de Rouge.

Depuis cette époque, le traitement chirurgical des déviations de la cloison a été fréquemmenttenté par des procédés qui, sous leur aspect de nouveauté présentent, selon nous, de grandes parentés avec l'opération qui nous occupe.

Les interventions proposées par Bardenheuer, Goris et Lœwe pour le traitement des sinusites de la face, dérivent en ligne directe de Ia rhinotomie sous-labiale. Cette « décortication de la face » n’est qu’un Rouge, un Rouge agrandi si l’on veut, mais ayant à peu près la même technique et conservant le même but : l'accès large sur les fosses nasales et l'absence de toute cicatrice.

En 1901, Arthur Ames Bliss, de Philadelphie, décrit, sous le nom d'opération d'Harrisson, un pro-

cédé qui préconise également le sillon gingivolabia! comme voie d'accès sur les fosses nasales.

En juin 1903, H. Caboche décrit un traitement des déviations de la cloison. A l’incision sous-labiale, il associe les incisions cruciales de Asch à travers le cartilage triangulaire.

La même année, Douglass recommande un procédé analogue à celui de Caboche, mais qui en diffère cependant par l'absence des incisions de Asch.

En 1903 encore parait, dans Monatsschrift fur Ohrenheilkunde, une méthode proposée par Ernst Winckler. C'est encore un dérivé du Rouge, mais ce n'est qu’un hémi-Rouge, puisque, d'après cet auteur, lincision dans le sillon labial va simplement depuis l’'épine du septum jusqu'à la canine du côté où l'opération doit avoir lieu.

En 1905, dans la Revue de Laryngologie, Gaudier a rapporté %5 cas de résection de la cloison dans lesquels il avait employé la rhinotomie sous-labiale.

Dans les Berliner klinische Wochenschrift de 190$, L. Lœwe se montre partisan de la chirurgie exonasale. D'après lui, le procédé le plus pratique de ceux compris dans cette classe est celui indiqué par Partsch. Cette opération n’est autre chose que celle de Rouge. Mais Lœwe en a modifié quelques points de technique et en arrive à décrire trois méthodes. L'incision est toujours labiale, mais la section ou le respect du frein de la lèvre lui permettent déjà de décrire deux premières méthodes. La troisième se différencie par le procédé de relèvement de la lèvre

= ST supérieure : alors que Rouge recommande de la relever fortement au moyen de deux écarteurs placés au niveau des commissures, Lœwe préconise le relèvement par traction médiane. Mais, comme nous l'avons dit, ces points de détait ne peuvent constituer des entités opératoires. Et bien qu’en Allemagne la rhinotomie sous-labiale soit souvent appelée « opération de Lœwe », nous revendiquons pour Rouge, de Lausanne, l'honneur de sa premiére description.

En 1908,dans la Mrinchener medizinische Wochenschrift, paraît un long article de Kretschmann sur le traitement opératoire des difformités de la cloison. Il critique les diverses méthodes des auteurs, décrit le Rouge, et en arrive à proposer un procédé nouveau. Nous ne l’exposerons pas, mais nous dirons seulement que son premier temps opératoire est absolument celui de Rouge : l’incision souslabiale, d'une canine à l’autre, au-dessous de l’épine nasale. Nous aurons plus tard l’occasion de revenir sur l’article de Kretschmann et de parler des critiques faites par Brünings et Halle.

Enfin, tout dernièrement, Lannoiïis et Durand, de Lyon, ont appliqué la méthode de Rouge pour le traitement de déviations graves de la cloison. Nous avons déjà parlé de ces applications dans un précédent paragraphe. |

Nous avons tenu à écrire cette étude d'ensemble des diverses méthodes qui ont pour but l’accés très large des fosses nasales. Nous n'avons voulu nous occuper ni des cas qui les avaient inspirées à leurs

auteurs, ni du but que ces derniers cherchaient à atteindre. Ce que nous avons désiré faire voir, c’est que, depuis Rouge, si le procédé a été modifié, il l’a été si peu, que l’ensemble de la description de 1873 n'a pas changé. Le chemin suivi pour atteindre les lésions n’a cessé d’être la voie sous-labiale et le principe de ne laisser aucune cicatrice visible est respecté.

Nous allons maintenant exposer les indications et les contre-indications de la méthode. Nous dirons aussi les résultats immédiats et éloignés.

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