Quatrième partie
La quatrième partie traitera de l’administration politique des mines, en les considérant d’après le gisement des substances minérales et d’après l’histoire de leur exploitation.
Nous aurons plus d'une fois occasion de remarquer l’uniformité de principes qui règne déjà dans un grand nombre d’états à l’égard de l’administration politique des mines, quoique ces mêmes états soient d’ailleurs administrés diversement. La quatrième partie fera voir que cette uniformité est le résultat naturel des grandes considérations d’utilité publique, et qu’elle est fondée sur le droit régalien des mines; mais il convient d’expliquer dès à présent le véritable sens de cette expression.
Définition du droit Droit régalien des mines (en allemand Berg-regal) signifie KS.uraJc.min«.. dj-oJt que se réserve l’état entier, représenté par le souverain, de disposer de la propriété souterraine comme d’une propriété publique indépendante de la propriété privée du terrain qui la récèle, et d’en disposer pour le plus grand avantage de la société : l’application la plus générale du droit régalien est ce que nous appellerons liberté des mines, d’après les Allemands ( Bergfreyheit ).
d« u ustrts s,. Liberté des mines signifie droit accordé par le souverain à tout particulier de prendre part à la propriété souterraine, . en exploitant les substances minérales, soit dans sa propriété foncière, soit dans celle d’un autre, mais toujours en se conformant, sous la direction habituelle du souverain, à des conditions précises et capables d’assurer la conservation de la richesse minérale en même temps que celle de la richesse agricole.
Bornons-nous maintenant au royaume dont les mines, usines et salines doivent nous servir de terme de comparaison et de moyeu d’explication.
Coup -d’œil sur la géographie minéralogique du royaume de fVestphalie (1).
Le point le plus élevé du royaume de Westphalie, et même de toute cette partie de l’Allemagne, est le sommet de la montagne du Brocken , située dans le Hartz:: sa hauteur est de 3,486 pieds au-dessus du niveau delà mer Baltique (2); c’est cette montagne qui, sous le point -de vue géologique, forme le noyau du royaume de Westphalie; elle est, ainsi que plusieurs des sommités qui l’environnent, composée de granit, auquel sont superposées d’autres roches primitives ( en allemand, U rgebirge ). Des environs du Brocken coulent plusieurs petites rivières, dont les unes se jettent vers l’est dans l’Elbe, et les autres vers l’ouest dans le Weser. A trois ou . quatre lieues du Brocken , du côté de l’est, du sud et de l’ouest, on voit les roches d’une formation postérieure environner le . terrain primitif, et s’élever sur cette base à une hauteur d’environ 2,000 pieds au-dessus du niveau de la mer. Cest, en général, dans ce genre de terrain, appelé par les géologues
(1) Comme il est essentiel de ne pas confondre le royaume de Westphalie arec le cercle de Westphalie, le premier sera toujours distingué dans cet ouvrage par son nom de Royaume ; le second sera désigné par son ancien nom : la Westphalie.
(a) Voyez le nivellement général du Hartz, exécuté à l'aide du baromètre, par l'auteur de ce Mémoire, et publié en allemand, d’après ses papiers, par M. le professeur Gilbert (Halle, idoâ).
Roches primitive*.
Roches de transition ou intennédiûrcs.
Roche» ««condaire*.
AIIbtîov».
allemands terrain des roches de transition ( Uebergangsgebirge ), qne se trouvent les Glons métallifères du Hartz; • bientôt se présentent les terrains secondaires (dits F/œtzgebirge , terrains déposés en vastes couches sur les roches de transition. Dans ces terrains secondaires, que l’on rencontre déjà à sept ou huit lieues autour du Brocken , quelquefois même beaucoup plus près(i), et généralement à un niveau plus bas que les roches de transition, on exploite les mines de houille de Neuslad près Stollberg, celles du cercle de la Saale, celles du comté de Schauenbourg et celles de la TVestphalie ; les mines de schiste cuivreux du comté de Mansfeld et celles de Riegelsdorf dans la Hesse ; plusieurs mines de fer, notamment dans le pays de Brunswick; enGn, les sources salées qui environnent le Hartz de tous les côtés, et les carrières de marbre, d’argile, de grès, de gypse et de pierre calcaire, qui sont indiquées sur la carte. Aux terrains que nous venons de nommer secondaires, sont superposés ceux qu’on appelle terrains d’alluvion, dans lesquels on exploite, en plusieurs endroits, des amas considérables de bois fossile, sur les rives de la Saale, ainsi que dans plusieurs parties de la Hesse et do pays de Brunswick. Au nord et au sud, le Hartz est terminé par une suite de collines peu élevées; à l’ouest, au contraire, ses montagnes se rattachent à celles qui couronnent la contrée jusqu’au Weser, et qui accompagnent ce fleuve jusqu’à Miuden. La partie la plus élevée de ce pays montagneux est la forêt de Solling entre Holzminden, Eiubeck et le Weser; le point le plus haut du Solling est
(i) Par exemple, au nord, non loin d ’llsenburg.
le sommet du Moosberg, près Neuhaus. Ce dernier groupe * de montagnes est coupé parla vallée de la Leine , qui depuis Çottingue jusque dans les environs d ’Elze , coule parallèlement au Weser. Les montagnes du SoUing s’interrompant tout à coup auprès de Minden, sur l’une et l’autre rive du fleuve, présentent l’aspect d’une porte triomphale; on appelle Porta TV estphalica & site majestueux. Du côté de l’est , les roches primitives du Hartz, d’abord couvertes aux environs du Brocken par les roches de transition , reparoissent , au midi de Blankenbourg , dans les montagnes pittoresques de la Rofstrapp ; on les retrouve aussi dans le pays de Schrnalkalde, dans les montagnes de Franconie , dites Fichtelgebirgê , et dans le cercle des montagnes métallifères , dit Ertzgebirge , en Haute-Saxe : de même, les roches de transition , couvertes, non loin du noyau primitif, par les terrains secondaires , reparoissent dans la Westphalie , dans la Thuringe et sur les rives du Rhin.
Le revers oriental de la Rofstrapp , dbnt la hauteur est d’environ i ,5oo pieds au-dessus du niveau de la mer, supporte divers terrains , qui se succèdent , en diminuant d'élévation , jusqu’aux rives de la Saale et de l’Elbe; c’est dans ces terrains que l’on exploite les raines métalliques assez nombreuses de la principauté d ’Anhalt, et celles du comté de Mansfeld, dont il a déjà été question.
Au nord du Hartz et des contrées montueuses de la Basse- Saxe, od s’avance de plus en plus dans le pays plat. D’abord, dans le district de Wolfenbuttel et dans la principauté de Hildesheim, l’œil découvre encore quelque collines; mais dès qu’on approche de Brunswick, de Peine, de Hanovre, on ne voit plus jusqu’à la mer que de vastes plaines au milieu
» desquelles s’élèvent rarement des collines échappées au ravage des eaux , comme , par exemple , auprès de Lunebourg. Les ‘ t mêmes sables qui abondent dans cette partie de l’Allemagne, couvrent aussi de vastes étendues vers le nord de l’Europe , tant en Hollande qu’en Prusse et en Pologne. b.c)"* rrpuic** Parmi les montagnes qui environnent le Hartz, il n’en est point qui aient plus occupé, et même divisé les géologues, que celles qui se présentent dans la partie située au sud-ouest , et à peu près à vingt lieues du Brocken. C’est aux environs de Dransfeld, sur la route de Gottingue à Müuden , que l’on commence à rencontrer ces roches basaltiques si abondantes dans la Hesse, et déclarées volcaniques par de célèbres naturalistes , tandis que d’autres savaus illustres nient qu’elles doivent leur origine au feu des volcans. Quoi qu’il en soit, ces roches, ou , si l’on veut, ces laves s’étendent, suivant la direc- ». tion indiquée, dans presque toute la Hesse, dans les pays
d’Eisenach et de Fulde, et dans la Weteravie; plusieurs d’entre elles reparoissent de l’autre côté du Rhin , auprès d’Andernach, et jusque dans les environs de Trêves; en quelques endroits, elles présentent une analogie frappante avec les basaltes des montagnes d’Auvergne , avec plusieurs des roches qui se rencontrent en Bohême, et avec les laves du Vésuve et de l’Etna. Les points les plus élevés sur lesquels on trouve ces roches, dans le royaume de VVestpbalie, sont les montagnes «lu Habichtswald , sur l’une desquelles est placé l’Hercule de Napoleonslicehe, près Cassel, et le M ont - Meif mer , à sept lieues au sud-est de cette ville; le sommet de la montagne sur laquelle s’élève l’Hercule, est environ à quatorze cents pieds au-dessus du niveau de la mer. Quaut au Mont-Meifsner, le vaste plateau qui le couronne est à deux mille cent soixante-
dix pieds au-dessus de ce méqie niveaa. Chacun de ces deux points élevés domine les contrées voisiues, et frappe de loin les yeux.
Le royaume de Westphalie, si remarquable pour le physicien, et même pour tout observateur, par ses montagnes, par ses fleuves, par ses mines, et, suivant plusieurs naturalistes, par ses volcans éteints, ne l’est pas moins par |ps vastes cavernes des environs du Hartz , dans lesquelles on a trouvé des ossemens d’éléphans et de rhinocéros.
Tous ces grands monumens de l’histoire de la natnre atti- ej« rent beaucoup de voyageurs dans le royaume de Westphalie.
Les eaux minérales qui jaillissent de plusieurs sources rénommées à Nendorf, à Hofgeismar, à Dribourg, appellent aussi les étrangers par leur salubrité, par les charmes des sites environnans, et par la réunion des plaisirs. De ces trois établissemens d’eaux minérales, Nendorf, situé à vingt- cinq lieues de Cassel, et à dix lieues de Hanovre, sur la route de cette dernière ville à Minden, est le seul qui jouisse d’une grande réputation; ce sont des bains d’eau sulfureuse froide.
Dès que le gouvernement eut terminé (en 1791) les bâtimens qu’il a fait construire à Nendorf, pAur la commodité des étrangers, l'affluence y devint considérable; et, dans la même année, depuis le premier juin jusqu’au ao septembre, l'on administra six mille deux cent cinquante-sept bains dans ce nouvel établissement, qui depuis n’a pas cessé de se soutenir.
Les eaux de Hofgeismar, à dix lieues au nord-ouest de Cassel , sont acidulés et ferrugineuses , mais jusqu’à présent peu fréquentées.
Les eaux de Dribourg, dans le pays de Paderborn, parfaitement semblables aux célèbres eaux de Pyrmont, situées dans
le pays de Waldèck, contiennent peu de fer et beaucoup de gaz acide carbonique ; elles sont assez fréquentées , mais elles seroient susceptibles de donner lieu à un établissement beaucoup plus avantageux pour cette contrée.
Un pays aussi favorisé par la nature, que l’est le royaume de Westphalie, un pays qui tire annuellement de son propre sol plusse métaux, et plus de sel qu’il n’en peut consommer, qui possède en abondance les matériaux de construction et les combustibles fossiles, qui est, ou traversé, ou borné par les fleuves les plus commèrçans de l’Allemagne, et dans lequel l’industrie du règne minéral est déjà portée à un point trèsélevé f semble n’attendre que la réunion de ses divers établissemens dans le sein d’une administration sage et paternelle, pour parvenir au plus baut degré de prospérité.
C’est ce que peut faire entrevoir l’esquisse physique présentée ci-dessus. Passons à l’objet principal du Mémoire.