AVANT-PROPOS
Ce n’est pas une préface que je prétends mettre à la tête de cet ouvrage ; je crois seulement devoir informer les personnes qui lui accorderont quelque attention, des circonstances dans lesquelles il a été commencé et successivement augmenté, ainsi que des motifs qui m’engagent à le publier tel qu’il est aujourd’hui.
Ayant été chargé, en i8o3, de veiller à la conservation des mines et usines du Hartz, dans le pays de Hanovre, en qualité d’ingénieur-commissaire du gouvernement françois, je reçus l’ordre de recueillir et d’envoyer au conseil des mines de France les renseignemens les plus détaillés sur ces établissemens célèbres. Le séjour
de plusieurs années que je fis au Hartz, les rapports journaliers que j’eus avec des hommes habiles dans toutes les parties de l’art des mines et usines, la protection spéciale4jue les chefs de l’armée françoise assurèrent aux établissemens du Hartz, conformément aux intentions de sa majesté l’empereur, tout me facilita la connoissance des faits intéressans qu’il étoit de mon do voir de recueillir.
De mes recherches, dans lesquelles je fus particulièrement aidé par M. de Meding , intendant des mines ( Berghauplrnann ) du Hartz, il résulta une suite de mémoires et de dessins qui fut annoncée favorablement dans le Moniteur du 3 1 mai 1 806 (n.° 1 5 1). S. E. le ministre de l’intérieur ordonna la publication de ce travail, d’après l’avis du eonseil des mines de l’empire. Je m’occupois d’y mettre la dernière main et d’y joindre le résultat de mes voyages dans quelques autres grands établissemens de l’Allemagne, lorsque sa majesté l’empereur daigna me nommer inspecteur-gé-
néral des mines et usines dans les pays conquis, en janvier 1807. Un champ d’instruction plus vaste s’ouvrit alors devant moi.
Avant les triomphes de sa majesté l’empereur. dans toutes les contrées de l’Allemagne, il n’avoit pas existé d’occasion d’en étudier les établissemens renommés de mines et usines avec autant de certitude que mes fonctions me mettoient à même de le faire. J’ajoutai donc de nouveaux mémoires à ceux qui avoient été annoncés par le Moniteur, et comme la publication de ceux-ci se trouvoit différée par mon séjour en Allemagne, je crus qu’il pourroit être utile de les refondre dans un mémoire général sur les mines et usines des pays conquis, mémoire que j’adressai, au mois de mai 1807, à M. l’intendant général de l’armée françoise, ainsi qu’au conseil des mines de l’empire. D’un autre côté, comme mes fréquentés relations avec de savans voyageurs me fournissoient, depuis plusieurs années , une occasion favorable de re-
cueillir des renseignemens sur les mines et usines qu’ils avoient observées hors de l’Allemagne, je me trouvai conduit naturellement au désir de comparer les mines et usines que je voyois, avec celles qu’ils avoient vues. Ce fut ainsi que mon premier plan d’ouvrage s’étendit presque de jour en jour.
Je regrettois de ne pas connoître un ouvrage général sur les mines qui rendit comparables, aux yeux des hommes d’état et des hommes du métier, les ressources minérales des diflerens pays, qui exposât l’état actuel de toutes les mines et usines, et qui présentât l’histoire raisonnée de leur administration. J’essayai de réunir les matériaux d’un tel ouvrage, sous le titre De la Richesse minérale. L’époque glorieuse où l’Europe prenoit une nouvelle forme hâta l’exécution de ce projet.
Lorsque le royaume de Westphalie fut créé par sa majesté l’empereur, un mémoire que je fus invité à présenter au nouveau gouverne-
ment, sur l’organisation des mines et usines, parut propre à former la base du travail général que je me proposois , d’après les changemens survenus, de substituer à mes premiers mémoires concernant les mines du Hartz. Telle est l’origine de cet ouvrage dont le plan sera exposé dans l’introduction ci -après.
Les deux premières parties , que j’ai eu l’honneur de déposer entre les mains de S. M. le roi de Westphalic, le 22 décembre 1807, étoient livrées à l’impression dès 1808, par ordre de S. E. le ministre de l’intérieur de l’empire françois. Pour conserver à ces deux parties leur caractère d’authenticité et l’avantage d’offrir le terme moyen de plusieurs années, au sujet des mines et usines d’un état très-riche en ce genre, il a été nécessaire de les laisser à peu près telles qu’elles étoient rédigées à la fin de 1807; ainsi il n’a pas été possible d’y désigner les établissemens du royaume de Westphalie autrement que par le nom des anciennes provinces
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auxquelles ils appartenoient, et il a fallu exposer de môme leur ancienne forme d’administration ; mais j’ai indiqué, dans les notes et dans le cours de l’ouvrage, les changemens qui ont eu lieu depuis l’cpoque à laquelle mes recherches ont été terminées. D’ailleurs, la division départementale du royaume de Westphalie se trouve sur la carte qui accompagne cet ouvrage, et l’organisation actuelle des mines et usines est exposée dans la troisième et dans la quatrième partie qui ont été revues et augmentées en 180g.
Ce ne sera quedans le cours de ces deux dernières parties, que je citerai les autorités auxquelles je suis redevable des renseignemens dont elles offrent la réunion. Quant aux deux premières parties, les chefs de l’administration actuelle des mines et usines du royaume de Westphalie, etparticulièrement MM. de Meding, Gerhard , Hausmann et Willc, savent qu’elles ne contiennent pas un seul fait dont je n’aie entre les mains toutes les preuves officielles. Les tableaux qu’elles
présentent sont rédigés dans une autre forme que les registres volumineux dont ils offrent l’extrait; par là, ils ont acquis de la clarté, sans rien perdre de leur exactitude qui sera toujours facile à constater sur chacun des établissemens.
Il est à propos de prévenir ici les discussions auxquelles pourroit donner lieu le tableau statistique de la richesse minérale, qui se trouve dans la troisième partie. Pour comparer entre elles les mines et usines des différens pays, et pour déterminer le degré d’importance qu’offre ce genre d’industrie dans chacun des principaux étals, il étoit indispensable de considérer d’abord les résultats de l’exploitation des mines et usines. Ces résultats sont de plusieurs espèces. Trop souvent on se borne à considérer le produit net d’une exploitation comme la mesure de son importance; mais le résultat le plus essentiel des travaux de ce g^hre est sans contredit le produit brut , c’est-à-dire l’aliment que les mines et usines offrent aux manufactures et au