DES DIVERS OUTILS ET PROCÉDÉS D' ÉNTAILLEMENT
Nous appellerons travail d'enta'tllemcnt , par imitation de la langue allemande / hauerarbeit ] , l’ensemble des procédés à l’aide desquels le mineur attaque immédiatement les substances minérales, soit roches, soit minerais , pour les détacher du sein de la terre.
On peut rapporter tous les cas d’entaillement à cinq classes, d'après M. Werner. Ces classes sont formées d’après (es degrés de ténactié des substances à entailler, combinés avec les moyens que le mineur emploie le plus avantageusement pour les détacher du sein de la terre.
C'est ainsi qu’on distingue les classes suivantes :
1 . ° Les substances Houleuses n’exigent qu’un simple travail de déblaiement à ia pelle et à la pioche : telles sont , la terre végétale , les sables, certains dépôts terreux et plusieurs alluvions.
2. ® Les substances tendres se laissent attaquer fet détacher avec un pic de fer (ou avec la rive/aine ); quelquefois avec un simple levier de fer (ou avec la pince), mais sans maillet ni pointerole acérée. Le mineur traite ainsi les sables fortement agglutinés, la plupart des alluvions, l’argile durcie, les dépôts cariés qui sont entièrement pénétrés d’argile et d’oxide de fer rubigineux, les roches très-décomposées de granité, de gneiss , quelques gypses, presque toutes lot sortes de houille , le sel gemme, quelques minerais à gangue de spath pesant, le cinabre, l’argent rouge, et en général tous les minerais à gangue pulvérulente.
3. ° Les substances traitables sont celles qui, résistant aux moyens précédens, peuvent être attaquées et détachées à l’aide du marteau et de la pointerole. Telles sont certaines roches calcaires, et assez fréquemment le schiste cuivreux, le schiste alumineux, la serpentine, les marnes, les gypses , les grès, toutes les roches qui sont fortement imprégnées d’argile et de feroxidé rubigineux, celles qui présentent de grandes
parties de mica ou de courtes fissures, tous fes granités , gneiss , porphyres et schistes micacés, qui.ont déjà subi une décomposition assez avancée, toutes les substances dites spathiques, excepté le feldspath, qui est tenace, et le spath pesant, qui est tendre; enfin la plupart des minerais métallifères, tels que le plomb sulfuré, le zinc sulfuré ,1e cuivre pyriteuxet le fer spathique.
4-* Les substances tenaces sont attaquées à l’aide du fleuret de mineur, et détachées à l’aide de la poudre : cette classe comprend la plupart des granités, des gneiss, des schistes micacés, des porphyres, des schistes argileux, des grauwackes, des basaltes et des roches calcaires; on y range encore le quartz , quand il est tapissé de cristaux ou mélangé d’argile, presque toutes les roches amphiboliques , presque tous les minerais de fer oxidulé ou de fer oxidé le fer pyriteux, le
fer arsenical, les minerais de cobalt, tous les minerais très-mélangés de quartz.
J." Les substances récalcitrantes , c’est-à-dire, les substances les plus tenaces, sont attaquées, quand les circonstances le permettent, à l’aide du feu , qui les détache en partie et facilite le reste de l’opération : tels sont , le quartz pur, les roches très-quartzeuses de granité , de gneiss, de schiste micacé, le porphyre à base de pétrosilex, le schiste porphyrique, le grenat compacte , les grès trcs-quartzeux, quelques poudings , quelques minerais qui sont un mélange intime de cuivre, de fer, de zinc, de soufre, d’arsenic et de qqartz, enfin les minerais d’étain disséminés dans une roche très tenace.
D’après cette classification, nous avons à considérer dans l’entaillement des substances minérales, i .° Le travail de déblaiement; a.* Le travail au pic;
j .* Le travail au marteau et à la pointerole ; #
4.° Le travail au fleuret et à la poudre; y.* Le travail par le feu.
Les outils qu’exige le travail de déblaiement sont trop connus de tout le monde pour que nous nous y arrêtions ; d’ailleurs, ce genre de travail ne se présente guère que dans les fouilles superficielles.
Outils du Mineur.
Modes d’cnuiU ietnent.
DébUicmem.
Ol'TllS du Mineur,
Travail au pic.
Pointerole
marteau.
Le travail au pic demande déjà plus d’habileté de la part de l’ouvrier. Le pic est composé de l’outil proprement dit, qui est enfer, et du manche, qui est en bois. L’outil doit présenter une certaine courbure , se terminer d’un côté en forme de coin pointu , et porter de l’autre une ouverture ( un ai!) propre à recevoir le manche. Ordinairement la longueur du manche est d’environ 8 décimètres, et celle de l’outil de 3 à 4- Quelquefois l’outil n’a que o"’,24 de long, comme par exemple dans les mines de houille, où le pic est fréquemment employé pour dépouiller les couches à leur mur, ce qu’on appelle haver. C’est par un travail semblable qu’on prépare l’arrachement du schiste cuivreux. Dans certains cas, on substitue au pic des outils analogues, mais de diverses dimensions, tels qu’un marteau pointu par un bout ou par les deux bouts. Dans ce dernier cas , on lui donrt^Jïux mines d’Anzin, le nom de rivelaine. C’est un outil à deux pointes , dont le manche n’a que 3 2 centimètres de long : il est usité pour abattre la houille; ce qui s’exécute au moyen de coins dits Aiguilles , que l’on chasse à coups de maillet, après avoir havê dans la couche. En général, le pic du mineur et les outils qui s’y rapportent sont employés, soit pour haver dans le minerai, soit pour attaquer les roches tendres. On pourroit se servir du pic , pour ce dernier objet , plus souvent qu’on ne le fait; mais l’ouvrier est porté à préférer les procédés suivans, qui sont plus prompts, et quelquefois sans songer qu’il n’a pas toute l’adresse et toute l’expérience qui sont nécessaires pour que l’emploi en devienne aussi avantageux qu’il peut l’être.
Le travail à la pointerole et au marteau étoit le procédé le plus ordinaire, avant que l’usage de la poudre fut appliqué aux mines, c’est-àdire, jusqu’au commencement du XVII.' siècle. D’anciennes galeries de plusieurs lieues de longueur présentent encore les traces de la pointerole sur toute leur étendue ; telles sont , par exemple , les galeries des niveaux supérieurs, parmi ceffcfcqui parcourent l’ensemble des mines de Clausthal. (Va/eçpl. 4 à 8.) On remarque, en visitant ces monumens de persévérance , que souvent, dans tout le cours d’une année d’exploitation très-active, le mineur n’avançoit ainsi que de 4 à J toises au sein de la roche- Aujourd’hui ce genre de travail n’est plus guère en usage que pour les substances traitables , et quelquefois dans les substances tenaces.
Outils du Mineur.
pour certains cas que nous indiquerons, après avoir examiné les outils qui lui sont propres.
La pointerole est un outil de fer ou d’acier, semblable , jusqu’à un certain point, à la tête d’un marteau, mais terminé d’un côté par une pyramide quadrangulaire, de l’autre par une face plane; entre ces deux extrémités se trouve un tril propre à recevoir un manche de bois. Pour se servir de la pointerole, le mineur tient.de la main droite , un marteau avec lequel il frappe sur la face plane , tandis que, de la main gauche , il tient le manche de la pointerole et dirige convenablement la pointe de l’outil contre la substance minérale qu’il s’agit d’attaquer. Il est des endroits , par exemple en Espagne , où le mineur emploie la pointerole sans manche.
La longueur d’une pointerole varie depuisyi jusqu’à 1 68 millimètres.
Plus la masse minérale est tenace, moins la pointerole doit être longue.
Cet outil est tantôt de fer et armé d’acier seulement à la pointe , comme en Hongrie, tantôt entièrement d’acier, comme en haute Saxe et au Hartz , ce qui est préférable à tous égards. Chaque-mineur, en se rendant à l’ouvrage, emporte avec lui une provision convenable de pointeroles, enfilées sur une courroie de cuir. Une telle provision est ce qu’on appelle une treusst. Il n’est pas sans exemple que, dans un poste de huit heures , un mineur mette hors de service une trousse de 20 pointeroles et même davantage.
Le maillet ou marteau est composé d’une masse de fer terminée par deux faces planes, et d'un manche court, propre à bien tenir dans la main, mais non cylindrique. La masse est du poids de 4 à 6 livres, suivant que le mineur doit travailler au-dessus ou au-dessous de lui.
Nous avons remarquique, dans certains cas, les substances tenaces sont encore attaquées à l’aidé du marteau et de la pointerole. C’est, par P"ln,crclc' exemple, dans un puits boisé, pour entailler une roche qui doit supporter l’extrémité d’une pièce principale de charpente : on évite ainsi le tirage à la poudre, dans le percement d’une communication souterraine , lorsqu’il pourrait endommager le boisage déjà existant, ou ébranler les masses minérales des environs.
Travail à fa
Ol^TTLS du Mineur.
Travail à poudre.
Ootib (PI. ij Fif. n.)
Le meme travail est employé, pourattaquer la roche, dans «ne cage de roue hydraulique, ou auprès des machines, pour préparer un trou de fleuret avant d’employer cet outil , pour achever de détacher ce que l'effet de la poudre a déjà ébranlé , ou bien pour dépouiller un gîte , de la roche qui l’avoisine au mur; quelquefois enfin , dans le dépouillement d’un gîte de minerais, c’est pour pratiquer des entai Iles propresà recevoir des coins : dans ces deux derniers cas , on emploie les pointeroles les plus longues.
Dans le cas où il s’agit d’achever de détacher des masses déjà ébranlées par le tirage à la poudre, on emploie en outre , quand les circonstances le permettent, des leviers ou pinces de fer, des maillets, des coins et d’autres outils analogues.
Le travail à la poudre , dans les substances auxquelles nous avons vu qu’il convient , épargne plus de la moitié des frais que nécessite le travail au marteau et à lapointeroIe.Dans le travail à la poudre , le mineur se sert des outils suivans , qui sont représentés sur la pl. i j , par la
1 . “ Pour pratiquer le trou de mine , on emploie le f curer, barreau de fer acéré, dont la longueur et la forme varient, ainsi que nous le verrons; — le maillet ou marteau destiné à frapper sur la tète du fleuret; — la curent, tringle de fer qui présente , à l’une de ses extrémités , un crochet propre à retirer du trou de mine les matières réduites en poudre, et à l’extrémité opposée, une ouverture dans laquelle on peut faire passer un chiffon , pour assécher le trou de mine.
2. " Pour charger le trou , quand il est achevé, on emploie l’ épinglette . qui doit être une verge de cuivre , avec le bourroir, qu’on applique dans le trou de mine contre l’épinglette , et par-dessus la charge de poudre; après quoi l’on tasse ordinairement , à coups *de marteau, une bourre d’argile qui recouvre la cartouche. Par cette disposition, ou toute autre analogue, l’épînglette’ ménage une communication depuis l’orifice du trou jusqu’à la cartouche, communication qui ne se trouve ouverte que lorsque, après avoir achevé de charger le trou, on retire l’épinglette pour mettre à sa place une amorce, ou un beute-f$u surmonté d’une mèche, ainsi que nous le verrons plus tard.
Le fleuret offre, à celle de ses extrémités qui attaque les substances Outils minérales , tantôt quatre pointes disposées en croix autour d’une °° MlnCT”'' cinquième qui occupe le centre (fleuret en bonnet Je prêtre) ; tantôt deux Di»er» fleurets, pointes situées aux extrémités d’un taillant concave (fleuret en queue d'aronde); tantôt la pointé d’une pyramide quadrangulaire qui auroit des faces latérales creusées en gouttières, et des arctes tranchantes ( fleuret en allêsoir ) ; tantôt enfin le tranchant continu d’un ciseau {fleura en ciseau ). Ce dernier outil tst préférable à tous les autres, parce que c'est celui qui attaque les substances minérales sur le plus grand nombre de points à-la-fois; aussi les autres fleurets sont-ils assez généralement Lannis des mines, excepté cependant 1 t fleuret en bonnet de prêtre . dont on fait encore usage en quelques endroits , par exemple dans les mines d’Andreasberg, pour préparer les trous de mine au sein d’un minerai peu tenace. Ce même fleuret est bon à employer , quand l’un descôtés du trou présente une substance plus tenace que fautre côté, et en général pour commencer un trou de mine, parce qu’avec un tel outil on parvient plus facilement à pratiquer unjrou circulaire; c’est par ce motif qu’aux mines d’Andreasberg, chaque trousse de vingt-quatre fleurets en contient quatre ou six de cette forme.
Un trou de mine se pratique, tantôt au moyen d’un homme seul, Trous de min' à tantôt à deux et même à trois. Dans tous les cas, (a manœuvre du 1 «*»• fleuret consiste à faire tourner cet outil dans le trou, environ d’un sixième de circonférence, après chaque coup de marteau.
Les dimensions des fleurets varient en raison de leur destination ; ainsi , on distingue des fleurets ,t un et des fleurets à deux; de plus , pour un seul et même trou , soit à un, soit à deux, l’ouvrier emploie trois fleurets de différentes longueurs et de différens diamètres. Pour commencer le trou , il se sert d’un fleuret préparatoire qui est le plus court des trois, mais le plus large au taillant; pour continuer le trou, il emploie le fleuret intermédiaire; pour l’achever , le dernier fleuret, qui est le plus long des trois et le moins large au taillant. La longueur de ce dernier doit excéder de quelques pouces la profondeur du trou à pratiquer, plus la largeur de la main de l’ouvrier; quant au diamètre du taillant, il doit, dans tous les fleurets, déborder un peu
Outils du Mineur.
Fabrication des fleuret*.
Dimensions des outils.
Exemple du Engelure.
Exemple duHarrz.
celui du barreau qui forme ia partie supérieure de l’outil , et être égal , pour chaque fleuret , au diamètre de la portion de trou qu’il doit forer. Il faut aussi que la partie inférieure de l’outil soit un peu plus forte que la partie supérieure, aflnjque le fleuret ne soit pas exposé à se gauchir en tournant dans le trou.
Il est avantageux que les fleurets à un soient entièrement d’acier; les autres sont des barreaux de fer , d’un pouce et demi de diamètre , garnis d’acier seulement à leur extrémité inférieure ; c'est ainsi que sont fabriqués les fleurets dans le Erjjebirge.
Nous avons déjà vu que , dans cette contrée , il s’agit le plus souvent d’attaquer une roche de gneiss tenace; voici quelles dimensions on y donne communément aux outils du travail à la poudre (d’après le mètre ) :