‹ De la richesse minerale. Consideration sur les mines, usines et salines des differens etats, presentees comparativement ... Avec un Atlas infolio de 65 planchesChapitre 69 sur 94 · EXPLOITATION DU SEL GEMME · texte numérisé non relu

EXPLOITATION DU SEL GEMME

. Mine dite Dürrenberg, près Hallein, dans le pays de Saljburg; Méthode

de dis solution.

Depuis plus de douze siècles, on exploite, sur la rive gauche de la Salza , au sud-ouest et à une lieue de la petite ville de Hallein , dans le pays de Salzburg, une masse énorme de sel gemme. On assure que ce précieux dépôt étoit connu des Romains, et qu’ils avoient même formé, non loin de Salzburg, alors nommé Jwavia , dans l’ancienne Norique, des établissemens qui paroissent avoir été détruits par les Goths lors de l’irruption de ces barbares.

C’est dans la montagne de Dürrenberg qu’est ouverte la célèbre exploitation qui doit nous occuper: un coup-d’œil sur \es Jig. t, 2 de la pi. 2 2 fera apercevoir la forme générale de cette montagne, entre quatre ruisseaux désignés par les chiffres 21, 22,2g et 2/, sa plus grande hauteur au point 20, enfin la différence d’élévation qui existe entre son sommet et l’orifice t de la galerie inférieure; celle-ci est située à 1600 pieds audessus du niveau de la mer, et peu élevée au-dessus du niveau deHallein.

De savans observateurs sont portés à croire que la masse salifère de Dürrenberg s’étend, sans interruption, jusque dans les mines de sel de Berchtolsgaden , situées à quatre lieues, vers le sud-ouest, de Hallein. Ils attribuent au voisinage de cette masse les sources salées de Reichenhalf, situées à six lieues au nord-est de la même ville de Hallein.

Il paroit que les masses de sel gemme qu’on exploite à Iscliel , à Hailstadt en Autriche, à Aussee en Styrie , et à Hall en Tyrol , appartiennent toutes à cette même formation de substances salifères , déposées sur le pied septentrional d’une grande chaîne de hautes mon-

^Salzburg , Pl.it.

Coup-<i\xil général.

S.SUHVHC.

PI. i>.

Roche* enviicnn<inics,

r-g. i ig.

tagnes calcaires, qui s’étend, de l’est à l’ouest, dans fa haute Autriche, dans les pays de Salzburg, de Berchtobgaden, de Keichenhall, sur Hall en Tyrol, et jusque dans la Suisse.

Bornons-nous à considérer la portion de ce dépôt qu’on exploite auprès de Hallein.

Quand on descend des montagnes de Tauern , en venant de la Carinthie, pour se porter vers Halleiti, on voit auprès de Wèrfen, bourg situé à 7 lieues au-dessus de cette même ville, sur le cours de la Salza, une roche calcaire de transition qui, d’après les observations de M. de Bucli, passe, par des nuances insensibles, au calcaire stratiforme ou secondaire [ flœljkalksieiti J. Les bancs de cette roche, dont l’épaisseur varie de 3 à 6 pieds, se dirigent d’abord de l’est à l’ouest, et s'inclinent de 60 degrés vers le nord; c’est ce qu’on remarque auprès de Werfen, dans l’étroite vallée où la Salza semble s’être ouvert un passage, avec violence, à travers les roches qui encaissent aujourd'hui ses deux rives , entre deux murs presque verticaux , d’une hauteur de joo à 800 pieds.

Au sortir de ce défilé, la direction des roches, s’étint modifiée graduellement, présente une ligne qui va du sud-est vers le nord-ouest. Bientôt on reconnoît que la chaîne calcaire forme , sur la rive gaucTîe de b Salza, un avancement ou promontoire qui s'étend au loin dans le pays, en diminuant considérablement de hauteur.

C’est dans le bassin qui résulte des inégalités de ce promontoire, que s’est déposée la masse salifere de Dürrenberg; ici , la roche calcaire est un marbre rosâtre, d’un grain fin, dont les bancs, d'après M. de Buch , se dirigent du sud-est au nord-ouest, sous l’église de Dürrenberg (voyez n.° jp , fig. /), avec une inclinaison qui , en ce meme endroit, n’est plus que de 30 degrés vers le nord-est.

Le même savant, et M. Karsten dans ses Tableaux minéralogiques, regardent la roche calcaire sur laquelle repose b masse salifere , comme se rapportant à l’époque de formation qu’on désigne par le nom de calcaire alpin , et par conséquent , comme d’une époque peu postérieure â celle des grès ( dits roih und rr eusse tedie liegende), qui supportent le schiste cuivreux dont il est fait mention ailleurs dans cet ouvrage. (Vçye7 pi. 23.)

Si Ton considère ïe Dürrenberg en venant deHallein, on observe Saomurc, que les galeries principales par lesquelles le milieu!’ a pénétré, à diflè- 1 1rens niveaux , dans la masse salifère, s’étendent , en général , du nord-est vers le sud-ouest , comme le fera voir un simple coup-d’œil sur la fig. 2 de la pt. 22.

Depuis les orifices 1, ] , 4 , /, 6 de ces galeries, jusqu’aux points désignés sur leur cours par les lettres a, h, c, J, ) ( voyez fig. a et j) , elles sont pratiquées dans cette même roche calcaire que nous venons de reconnoitre comme supportant la niasse salifère de l’autre côté, c’està dire, entre Werfen et Durrenberg,

C’est principalement dans la galerie n.° 1 , qui est la plus profonde de M«k ulifcw. toutes, qu’on a distingué la superposition du terrain salifère sur la roche calcaire qui s’incline de 30 degrés vers le sud ouest. Il résulte de la correspondance des observations analogues qui ont été faites dans les différentes galeries, que la masse salifère est bornée, de ce côté, par la roche calcaire, suivant un plan incliné que représente fa ligne A B, sur la coupe fig. y.

On ne connoît point les bornes de cette masse vers le sud-est et ver» le nord-ouest, non plus que dans (a profondeur; mais il paraît , quoique ce ne soit pas encore l’opinion générale , que , dans la partie sud-ouest de l’exploitation , on est parvenu , par le prolongement de plusieurs galeries , jusqu’à la roche calcaire qui borne, de ce côté, la niasse salifère.

Nous distinguons, sur la fig. 2, parles lettres e,f,g, G ,h,j, les points de ces divers ouvrages souterrains dans lesquels on a reconnu la roche calcaire. C'est de leur corrélation que résulte , sur la fig. j , la ligne C D qui figure l’inclinaison vraisemblable de la paroi calcaire sur laquelle la masse salifère repose de ce côté.

Autour de la niasse salifcre, on voit s’élever des montagnes calcaires dont elle a enveloppé les contours et rempli les sinuosités, comme le feroit, pour ainsi dire , une bouillie répandue entre des cloches dont elle cnvelopperoit le pied, sans atteindre leur sommet.

Quelquefois , des portions considérables de ces roches environnantes sont tombées, de leur position première, dans le sein de la niasse ; elle* y présentent alors des anomalies qui, au premier coup-d’œil, pourraient faire croire que le calcaire est superposé à la niasse saii/ère.

S.uzkuiic.

Exemple <lu gisement.

. fig. 4.

C’est ce qu’on observe, par exemple, au point qui est indiqué parE sur les fig. i et a; mais , d’après les observations récentesdeM. deSchenk, inspecteur en chef des mines de Hallein , et digne élève de M. Werner, il paroît hors de doute que, dans la partie sud ouest de l’exploitation, comme dans la partie nord-est, la disposition des substances minérales est telle que nous allons l’indiquer.

Plaçons-nous au point F (fig. i et 2) dans la galerie dite Johann Jacobberg stolln, non loin de l'endroit où le puits incliné en glissoire, dit Johann Jacob relie (lettre <r) , aboutit , par sa partie inférieure , à la galerie de même nom qui est indiquée sur la fig. 2 par le chiffre j. Partant de ce point situé dans la masse salifere, et marchant de F en G vers le sud, considérons d’anciens travaux dits A It-anherschacht-trïtt , qui se trouvent sur ce même étage. Voici quel est l’ordre de superposition des roches qui a été observé en cet endroit; il est figuré par la coupe, fig. 4.

On a traversé les substances qu’indiquent les numéros ci après :

] , la masse salifere, argile schisteuse, d’un gris bleuâtre ou verdâtre, plus ou moins imprégnée de soude muriatée ; c’est ce que les minéralogistes allemands appellent sal^thon, ou argile salifere. Quand cette masse renferme de nombreux fragmens ou noyaux d'une marne que nous verrons tout-à l’heure, les mineurs désignent la roche salifere par le nom de haselgebirge [mot à mot, roche à noisettes], et ils regardent avec raison la rencontre du haselgebirge comme un indice prochain de la niasse utilement exploitable.’

Tantôt le sel est disséminé dans toute la masse d’argile, et reconnoissablc seulement par le goût; tantôt il est cristallisé, et il présente aux yeux comme un assortiment de rubans des couleurs les plus brillantes, parmi lesquelles dominent le rouge et le blanc. Des veines minces de gypse, diversement colorées, accompagnent les veines de sel, en se conformant à leurs fréquentes ondulations.

Au-delà du n.° 1, on a traversé:

2, marne chisteuse [mergelsch'ufer], d’un aspect terreux , marne grisâtre dans laquelle se trouvent des rognons de gypse qui font corps, avec elle ; ce banc a une épaisseur de 92 pieds;

/, gypse stratifié, 10 pieds;

g , marne schisteuse, noirâtre, luisante, d’un aspect qui offre quelque Saubuhg, analogie avec celui du schiste mamo-bitumineux; elle forme un banc Pl' **' épais de z4 pieds;

j , marne schisteuse, noirâtre, tente, i pied et

6, marne schisteuse, comme ci-dessus n.* 19 pieds;

y, marne schisteuse, comme n.°/, 1 pied et

8, roche calcaire, compacte, d’un grain fin, susceptible de poli, ordinairement grise ou jaunâtre, quelquefois bigarrée de rouge et de brun , formant ici une épaisseur totale de 25 pieds;

marne schisteuse, comme ci-dessus n.°’ y et/, épaisseur de 1 pied et ■j;

jo j roche calcaire, comme n ° 8 ci-dessus, épaisseur de 19 pieds.

Si, revenant au point F, on parcourt la galerie principale de ce mcine étage, dite Johann Jacobberg stolln , en se dirigeant vers son orifice / , on commence par traverser la masse salifère , qui est accompagnée des mêmes substances que ci-dessus , jusqu’à ce qu’étant parvenu au pointé, on retrouve le calcaire qui la supporte de ce côté.

Un coup-d’oeil sur les Jig. 1, 2 et/, fera saisir l'ensemble et la coné- Opinion i ce Iation d’un grand nombre d’observations analogues; il en résulte que la masse salifcre nous paroit être supportée par la roche calcaire du côté du sud-ouest , aussi bien que du côté du nord-est.

Dans plusieurs des bancs de la roche calcaire de Diirrenberg , on trouve diverses coquilles bivalves, et quelquefois des impressions de coquilles tellement abondantes, que la roche ressemble à un marbre coquillier ; c’est principalement dans des bancs puissans qui se montrent Curtèra »obin». au jour, et qu’on exploite à la carrière dite Wallbrunn, située au point H, /g. 2.

On trouve aussi, aux environs de la montagne de Dürrenberg, des masses considérables d’un grès ferrugineux, grisâtre, qui paroît se rapporter à celui que les Tableaux minéralogiques de M. Karsten désignent par le nom de bunter-sandsicin , grès bigarré, d’une formation récente dans l’époque du terrain secondaire. Plus loin , et particulièrement auprès de Salzburg, s’élèvent des montagnes composées de ces fragment calcaires agglutinés, que les minéralogistes allemands désignent, dans 2, 48

Salzburc, PI. 11.

Ensemble de l'exploitation du sel.

l’époque du terrain d’aliuvion, par le nom de keilk-nagelfiuh. Enfin, dans les ravins qui sillonnent la surface de la montagne de Dürrenbcrg , on trouve, sous la terre végétale, la marne durcie, l’argile à poterie, qui ne constituent, en général, qu’une croûte peu épaisse au-dessus de la masse salifère.

Nous ne nous arrêterons pas à décrire toutes les variétés de substances minérales que réunit l’intérieur de la mine ; il nous suffit d’en avoir indiqué l’ensemble. On trouve , à cet égard , les détails les plus circonstanciés dans l’excellent ouvrage de M. de Moll, publié à Salzburg en ) 797 , sous le ùtttJahriucher , éfc. [ Annales des Mines, &ç.], tom. I.", pag. 199 et suiv. II est d’ailleurs facile de voir ces diverses substances dans plusieurs cabinets de minéralogie, ce qui est toujours préférable aux descriptions. Passons donc à l’exploitation du sel , qui est ici notre principal objet.

Comme, dans cette mine, le sel n’est que rarement en masses assez considérables et assez pures pour qu’on puisse l’exploiter, avec profit, par les procédés ordinaires d’entaillement, on a recours à la dissolution par le moyen de l’eau ; voici quel est le système général :

1 . ° On recueille, dans des conduits disposés à la surface du terrain , Teau douce qui coule dans les ruisseaux indiqués , sur les fg. 1 et a, par les chiffres 21, 22 et 2j.

2. ° On fait parvenir cette eau douce par les ouvertures ij , 14, //, 16, îy et 18 , dans des excavations telles que a , b , c , d , jusques et compris (| , excavations qui sont pratiquées au sein de la masse salifère. L’eau douce, en agrandissant ces excavations d’abord peu étendues, se sature des parties salines quelle peut seules dissoudre, et les parties terreuses se précipitent.

3.0 On se tient continuellement en garde contre les eaux douces que l’on voit fréquemment sourdre dans l’intérieur, comme, par exemple, à tous les points marqués x. On maîtrise ces eaux , qui troubleroient tout l’ordre établi , soit en les faisant écouler au -dehors par les galeries principales , ou par de petites galeries de secours, telles que celles dont les orifices sont indiqués aux points 10,12, soit en les introduisant dans les

excavations, conjointement avec les eaux douces de la surface, comme aux environs du point TL(fig. / et 2).

4-° Quand l’eau douce introduite dans les excavations a, b ,-C, d. Sic. est saturée de sel, et débarrassée des parties terreuses par leur précipitation, ce qui a lieu communément après crois semaines de séjour, on fait écouler l’eau salée dans des conduits convenablement disposés , par les galeries 1, g. 4, g , 6, S , qui la portent à différens réservoirs situés au jour; là, elle achève de laisser les impuretés se précipiter, après quoi on la fait écouler vers des chaudières qui sont établies dans la ville meme de Hallein, et on l'y soumet à l’évaporation, d'où l’on obtient le sel.

Avant d’entrer dans les détails de l’exploitation souterraine , jetons un coup d’oeil sur les objets qu’il importe de remarquer, tant au jour que dans les travaux souterrains : nous compléterons ainsi l’explication de la pl. 22.

On distinguera, sur les fg. r , 2,g , neuf étages de travaux souterrains, à chacun desquels correspond une des galeries principales qui sont indi quées par les chiffres / jusqu’à p ; un tel étage, dit berg dans ce pays, porte en outre un nom distinctif, et sa galerie est nommée stolln ; de là les dénominations suivantes:

/, orifice de la galerie d’écoulement dite Wo!f-Dietrichberg stolln. Cette galerie, pratiquée depuis le jour jusqu’au point a dans une roche calcaire grisâtre, fut entreprise en l’année 1 596, et en état de service en 1633;

2, étage dit Rapports berg. Cette galerie, qui est en communication avec l’étage /, est la seule des neuf galeries principales qui n’ait pas d’orifice au jour;

g, orifice de la galerie ou de l’étage dit Johann Jacobbtrg. Cette galerie, dont nous avons déjà indiqué qu’une portion considérable, jusqu’au point b , est pratiquée dans une roche calcaire, fut commencée en 1564; vers 1 572, elle fut mise en communication avec l’étage immédiatement supérieur. Les galeries suivantes, qui sont toutes situées audessus, datent d’une époque plus reculée;

g, orifice de fa galerie dite Untcrsitinbcrg stolln;

j t i Obersttinberg ; i

Pi. =».

Détails des Fig.

,ïs.

Étages de galeries.

Smjhurg , PI. ta.

Puits inclinés, &c.

Eaux douces, &c.

g, orifice de la galerie dite Glannerberg stelln ;

7, — Freudenberg ;

S , - — — - Leonhardsberg ;

9, Gcorgtnberg;

îe , orifice d’une galerie accessoire qui a rapport aux étages ou galeries

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