PREMIÈRE SECTION
Disposition générale J es Combustibles fossiles.
La première formation de houille [steinkohle] s’appuie sur le terrain Combustibles primitif, dont elle est souvent très-voisine, mais quelquefois plus ou * moins éloignée: peut-être, en quelques endroits, est-elle contemporaine Houille mdcnnr. du terrain de transition , dans lequel se rencontrent les premiers vestiges de la destruction des êtres organisés. Dans tous les cas, cette formation de houille est plus récente que le terrain primitif. En plusieurs lieux , comine sur les rives de la Saale , à Wettin, elle se montre plus ancienne que les brèches quartzeuses [ rothe-iodte-liegende J qui supportent le schiste cuivreux bitumineux; mais quelquefois aussi on la trouve appuyée sur une roche qui paroît avoir de l'analogie avec ces brèches.
En général, cette première formation de houille s’annonce comme antérieure à celle des roches calcaires que supporte le schiste cuivreux.
Nulle autre formation de combustible fossile n’est aussi répandue sur la terre, aussi riche, aussi favorable au développement de l’industrie; nulle autre n’est exploitée avec autant de succès.
On y trouve sur-tout les combustibles connus sous les noms suivans ;
Houille grossière [grobloh/ej ;
schisteuse, ou grasse, ou lamelleuse {scbiefèrboble , schmiede-
kohle , bloetterkohlej .
Quelquefois elle présente, du moins à ce qu’il paroît, la houille compacte [ kennelbhle ], plus rarement quelques variétés de houille sèche, qu’on retrouve principalement dans les formations des époques postérieures.
A cette première formation appartiennent des couches de houille Canctirc» di»plus ou moins puissantes, plus ou moins nombreuses, rarement solitaires. Ces couches alternent, par une stratification très-marquée, avec l’argile schisteuse et le grès connu sous le nom de brèche ou de grès des houillères [steinkohlen-sandsteinj ; elles se conforment à toutes les indexions des roches qui les enveloppent immédiatement, se montant,
Combustibles comme elles , sur les contours et les sinuosités des bassins plus ou moins fuwla. vastes <jU; supportent le terrain houiller. Ainsi, on trouve des couches de houille en toutes sortes de directions et d’inclinaisons. Souvent, ces circonstances du gisement sont très -varia b les pour une seule et meme couche; ordinairement, elles sont les mêmes pour toutes les couches d'un même ensemble.
C’est un caractère frappant , pour cette formation , que l’abondance des empreintes de roseaux, de palmiers et de fougères qui s’y rencontrent, sur tout dans l’argile schisteuse. Ces débris de végétaux, semblables entre eux dans les contrées les plus éloignées, différent, par leur aspect général, des espèces connues aujourd’hui ; ils semblent se rapprocher, par leurs dimensions et par leur forme, des grands végétaux des mêmes familles qui croissent dans les Indes orientales et dans l’Amérique. Le bois minéralisé ne se rencontre presque jamais ici ; on ne peut citer que comme des raretés quelques débris du règne animai , par exemple quelques coquilles délicates qui ont été trouvées sur un fragment de l’argile schisteuse propre à cette formation.
Un autre caractère paroît être distinctif pour la houille de cette formation : c’est qu’une substance pulvérulente, semblable à la poussière du charbon de bois , et criant comme elle sous le doigt, se présente souvent dans toutes les variétés de houille de cette époque, principalement entre le toit de la couche et le combustible auquel cette substance adhère.
Le voisinage des minerais de fer argileux ou de fer carbonaté terreux, est aussi un indice fréquent de cette même formation ; enfin , dans les dépôts de houille quelle présente, les couches de combustible et les roches qui les enveloppent sont souvent dérangées, mais avec une certaine symétrie, et coupées par des failles. Ces phénomènes, dont nous avons déjà fait mention, ne sont pas, à beaucoup près, aussi communs dans les autres formations de combustibles, que dans celle qui vient de nous occuper; nous y reviendrons plus tard, par le moyen des exemples, en considérant, à l’égard de cette première formation, les mines de houille du pays de la Marck , du pays d’Essen et Werden , des Pays-Bas, du nord de la France, et enfin de la Silésie. C’est sur la
même formation que sont ouvertes les mines les plus célèbres de l’Angleterre , dont nous ferons mention.
La formation de houille que nous avons appelée récente, est déposée dans des roches calcaires qui sont évidemment plus récentes que le schiste cuivreux, et plus anciennes que le terrain d’alluvion; mais , entre ces deux limites, il se présente plusieurs dépôts calcaires qui appartiennent à des époques de formation très-différentes.
Si l’on veut chercher à concilier les témoignages des divers observateurs, il paroit que la houille se trouve dans deux de ces époques, de sorte que la formation qui nous occupe en ce moment doit peut-être se subdiviser en deux parties : à la première semblent se rapporter, d’après M. Karsten, les couches de houille observées en Suisse, en Bavière, dans le Ty roi, dans la Savoie et dansle»midi de la France.au sein d'une roche calcaire que ce savant a désignée par le nom de calcaire des Alpes [Alpenkalkstein] dans ses Tableaux minéralogiques.
Suivant le meme auteur, ce calcaire est le plus ancien dans l'époque des terrains secondaires. Ce qu’il y a de certain , c’est que , dans le calcaire qui renferme la houille récente, on trouve une grande quantité de coquilles marines , principalement au toit et au mur des couches de combustible, ainsi que l’ont exposé MM. Duhamel et Bernard. (Vtyeç le Journal des Mines de France, n.* 8.)
La seconde subdivision de la formation de combustible qui nous occupe, comprend les couches de houille qui, d’après MM. Voigt et .Hausmann, sont renfermées dans le calcaire le plus récent. M. Voigt cite à cet égard les mines de houille limoneuse du pays de Weimar.
M. Hausmann , dans celles du pays de Hanovre, a observé des couches de combustibles déposées au sein du calcaire récent, dit muschelkalkstein ou calcaire coquillier, et du grès récent, dit quaJersandstein.
11 est à propos de remarquer que M. Karsten, dans ses Tableaux minéralogiques (édition de t 8o8), indique un gisement de houille absolument semblable, dans la nouvelle Silésie, vers l’esr de Tarnowitz, aux environs de Sewierz et de Pilica. Nous verrons, dans les exemples, un profil dont nous lui sommes redevables, concernant cette contrée; nous y verrons aussi le gisement de la houille récente aux mines d’Entre-
CoMBUSTtSUS
fossile*.
Houille récente.
Combustibles
fov>ilcj.
Lignite.
ventes en Savoie, et aux raines des environs de Hanovre. Peut-être, par de nouvelles observations, sera-t-on porté à penser que M. Karsten assigne une époque trop ancienne au calcaire coquillier qui renferme la houille dans les Alpes; peut-être les deux subdivisions indiquées cidessus doivent-elles se réduire à une seule et même époque : mais notre objet n’est point d’entrer dans ces discussions ; contentons-nous de rappeler que, le plus souvent, les couches de houille qui se trouvent dans le calcaire, sont environnées, au toit et au mur, d’une argile noirâtre , durcie et calcaire; que les coquilles abondent dans leur voisinage ; que les impressions de végétaux y sont rares; que le combustible qu’elles fournissent est, en général, moins bitumineux que celui de la formation ancienne; enfin, que la formation récente de houille, quoique riche en couches de combustible , i’ess beaucoup moins que la première.
La troisième formation de combustible fossile est celle qui ouvre le plus vaste champ aux conjectures et aux savantes discussions : ce n’est point par son étendue, qui est beaucoup mçindre que celle- de la première formation; c’est par la nature du combustible quelle présente, par l'arrangement des masses minérales au sein desquelles la nature a déposé cette singulière formation, et sur-tout par la diversité des circonstances dans lesquelles s’y trouve le combustible. Le plus souvent, il se rapproche tellement du bois , qu’il est impossible de méconnoître son origine; c’est alors un lignite fort différent de la houille proprement dite, et d’une qualité qui lui est très-inférieure. Mais ce même lignite passe quelquefois à un aspect qui le rapproche plus ou moins de certaines^ variétés de houille : est ce alors une formation de houille analogue à celles que nous avons déjà indiquées! est-ce une formation de lignite différente de celle où il ne se trouve que du bois et des débris de végétaux reconnoissables !
La nature et la disposition des roches, qui jettent quelquefois un si grand jour sur les objets de l’exploitation des mines, sont ici les principales causes de l’incertitude. Tantôt le combustible fossile que la minéralogie désigne par le nom de figniie , forme un lit d’une épaisseur variable , qui repose sur des couches d’argile et de sable , et qui est recouvert de masses, soit continues, soit bouleversées, de basalte et de rqthes
trappéennes, jusqu a une hauteur considérable'; tantôt le lignite, ou CoMBUsnnLts bois fossile, se présente dans l’argile et le sable, près de la surface du lusilc>' sol , en lits épais et continus, ou en masses informes , et sans être recouvert par une roche solide.
Sans vouloir renouveler ici les discussions auxquelles donnent lieu de tels problèmes, nous réunissons, sous le nom d’une seule et mcmc formation, les circonstances principales qui se rapportent aux divers . gisemens du lignite ou bois fossile [braunkohle] . Notre motif ou notre excuse sera le désir de ne pas séparer en deux formations une subs- . tance qui s’exploite, en général, sous un même nom, pour un même /
genre d'emploi, pour l’évaporation et le chAiffage, et dont les qualités économiques ne varient paf d’une manière très-sensible, quelles que soient d’ailleurs les circonstances de son gisement. Mais , pour nous conduire en même temps d’après les faits qui se rapportent aux travaux du mineur, distinguons ,
1. ° Le gisement du bois fossile sous le basalte et les roches trap-
péennes ; 9
2. ° Le gisement du bois fossile dans le terrain secondaire ou dans le terrain d’alluvion , sans 'recouvrement de basalte et sans roche de trapp.
Plusieurs savans placent le premier cas dans l’histoire desroches secondaires, sous le nom de formation trappéenne de combustibles fossiles :\\s regardent cette formation comme s’étant opérée au sein des eaux , à la manière des autres roches , postérieurement à celle des couches secondaires les plus récentes, mais antérieurement à l’époque d’alluvion, dans laquelle ils rangent une grande partie du second cas de gisement, laissant l'autre au terrain secondaire. D'autres pensent que les couches d’argile et de sable, au-dessus desquelles le lignite se trouve sous le basalte, appartiennent elles-mcmes au terrain d’alluvion. Ces couches, disent les partisans de cette dernière opinion, n’ont été recouvertes de basalte que postérieurement à la formation de l’alluvion dont le bois fossile fais'oit partie; elles n’ont été recouvertes qu’accidentellement, soit par des blocs de basalte, lorsque cette roche se présente en masses bouleversées, comme au Vfesierwald dans le pays de Dillenburg, soit peut
COMllWriBLËI
fos'ile*.
Di vcrKJ opinion!.
F-iti reconnu!.
ctre pr du basalte coulant, à l’état de lave Tondue, lorsque cette roebe , divisée en colonnes, recouvre le banc de lignite, à ietat de masse continue , comme au mont Meissner dans la Hesse. ( Voyei la carte , pl. 1 .)
C’est dans les écrits des auteurs de ces opinions si diverses, qu’on trouvera les motifs sur lesquels chacun d'eux fonde la sienne. Remarquons cependant que tous s’accordent à regarder comme la même substance le lignite [traunkahlej qui, de l’aveu de tous, se trouve tantôt dans le premier cas de gisement, tantôt dans le second, mais en plus ou moins grande quantité.
Il en est de même du bois bitumineux fiiiumiittrses /, d’une sorte de jayet [pechkphle] et d’une sorte de combustible terreux [ crdkvhlej ; ces substances se trouvent dans l’un et dans l’autre cas : mais, suivant les partisans de la formation trappéenne, le gisement de lignite [braunhhiej qui se rapporte à cette formation, présente, outre le lignite et les autres substances que nous venons d’indiquer, un combustible brillant [glarrçkohie], un combustible bacillaire [stangtnkûhlc] , un combustible marécageux ’mpprkphlej , et une terre alumineuse jalauncrde] , tandis que la formation suivante , qu’ils en distinguent comme appartenant au terrain d’alluvion, ne contient que le bois bitumineux, le combustible terreux, et quelquefois le lignite [braunkphle] , avec le jayet [pechkohle].
Si l'on considère, d’un autre côté, que certaines substances combustibles, dont on a lait un caractère pour la formation trappéenne, ne se montrent que dans un petit nombre d’endroits, accompagnant le lignite ! braunkphle] , et que c’est cette dernière substance qui est, en général, l’objet des travaux du mineur, quelles que soient les variétés de combustible qui l’accompagnent dans les exploitations- de ce genre , on pourra penser avec nous qu’il suffit de rappeler au mineur les faits suivans, dans l’étafactuei de nos connoissances :
1.° Le lignite, bois fossile ou bois bitumineux, diffère essentiellement de la houille par son gisement; il en diffère aussi par sa nature, par son emploi : on peut l’en distinguer, le plus souvent, à son aspect ligneux ou terreux, et toujours aux roches qui l’accompagnent.
3.° Le lignite, bois fossile ou bois bitumineux, quelle que soit la nature des roches qui le supportent et le recouvrent, constitue ordinai-
rement, dans leur sein, un ou plusieurs lits en petit nombre, d’une Combustum!* inclinaison foible, d’une puissance variable, qui excède communément 30 pieds.
3.* Quand le lignite, bois fossile ou bois bitumineux, se trouve sous le basalte, il y repose ordinairement sur une couche d’argile fine, audessous de laquelle se trouve un sable meuble , supporté quelquefois par un calcaire coquillier, d’une inclinaison différente. Tantôt le recouvrement du lignite est entièrement de basalte, soit continu, soit bouleversé; tantôt il se trouve, entre l’argile fine et le basalte, une roche de wacke , qui paroit former une transition de l’une à l’autre, et, par-dessus le basalte, il se trouve des roches analogues aux trapps [ griinstein, porphyrschieferj.
4-° Quand le lignite, bois fossile ou bois bitumineux, se trouve sans basalte, il 11’est recouvert ordinairement que de bancs d’argile et de sable,
" et il repose , soit sur des dépôts de meme nature , soit sur des roches calcaires ou autres plus anciennes.
Passons aux exemples que nous avons annoncés.