OBSERVATION VI
Albu. — Berliner Klinische Wochenschrift. 1875.
Le 3 juillet 1873, entre4 et 5 heures du soir, je fus appelé près de Marie M. qui, étant venue voir sa sœur, s'était trouvée subitement indisposée. Elle avait eu des vomissements, de la diarrhée, de violentes douleurs dans le basventre et des faiblesses répétées. Je trouvai une femme bien constituée, mais paraissant anémiée avec une’ légère teinte ictérique. L’interrogatoire m'apprit que la malade était gaie et bien portante le matin et qu'elle était venue à pied d’une autre partie de la ville. Elle avait été subitement
prise de douleurs abdominales comme si elle souffrait d’une obstruction et on lui fait avait prendre une tasse de thé purgatif. Aussitôt qu’elle l’eut prise, elle éprouva des vomissements intenses et eut plusieurs faiblesses. |
Elle me raconta d’une voix de cholérique qu’elle attribuait ses douleurs à ce que ses règles n'étaient pas apparues depuis deux mois et aussi à ce qu'elle souffrait souvent de l'estomac. L'examen de l’abdomen révéla une douleur exquise dans tout le ventre, l’utérus était sensible au toucher
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4 sorte qu’en ce moment un examen plus approfondi fut | impossible. se
Les matières vomies se composaient du liquide absorbé 7 des reste; du dernier repas. L'ensemble des symptômes indiquait surtout un empoisonnement, et comme la malade qui avait été diaconnesse vivait maintenant en concubinage, ceci me confirma dans mes soupçons. Questionnée sur ce point, elle me répondit négativement et sa sœur, qui était mariée, ne put absolument rien dire. J ’ordonnai un peu de laudanum. À peine de retour chez moi, je fus appelé de nouveau: elle était mourante. Comme l’empoisonnement paraissait vraisemblable, je refusai le certificat et, à tout hasard, je demandai l'autopsie. Je la fis le 5 juillet avec MM. Langenbeck et Settegart.
La peau du cadavre ètait pâle et jaunâtre, l'abdomen distendu et tuméfié. À peine le ventre fut-1l ouvert, qu’à la suite d’une échappée de gaz puants, jaillit une masse sanglante, spumeuse et liquide. Il devint immédiatement assuré que nous avions affaire à une hémorrhagie interne, chose dont j'avais pris le diagnostic en considération. Aprés l'écoulement du sang, on trouva l’intestin intact comme on l'avait supposé a priori, puisqu'il n’y avait pas de sang ni dans les vomissements, ni dans les selles. Rien au foie, ni aux reins, ni à la rate; quelques calculs dans la vésicule biliaire. Après avoir écarté les intestins, on trouva les ligaments larges et les parties voisines couvertes de caillots de sang, surtout à gauche, On chercha la source de cette
hémorrhagie. L'utérusæt ses annexes furent enlevés. L'utérus était un peu augmenté de volume et dans sa cavité se
trouvait une caduque. Dans la trompe gauche se trouvait
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une tumeur de la grosseur d’une noisette avec un trou! à
bords très nets : c’était la cause de l’hémorrhagie. La disposition de la matrice, qui visiblement suivait ses fonctions SE naturelles et simulait une grossesse, pérmit de dia. gnostiquer une grossesse ‘tubaire rompue, d'autant plus que dans la trompe on retrouvait se débris de membranes = d'œuf. Eu | Ce cas rentre donc dans ceux L décrits par Mashka, et où il a attiré l'attention sur des hémorrhagies internes causant la mort soudaine et exigeant des autopsies judiciaires à cause de ces phénomènes particuliers sue BTE Vidéo d’empoisonnement. ä o
Quand: on est en face de-faits accomplis, que la mort est arrivée, l’autopsie seule peut faire connaître la véritable nature de l'accident. Si le médecin est appelé à temps, il peut, par un examen attentif de tout ce qui s’est passé dans les derniers temps faire un diagnostic exact et ses investi-. gations doivent porter sur plusieurs points.
1° Etat de la menstruation. — Il est rare, quoiqu’ en ait -dit Antoine Petit en 1710, que les règles soient continuées sans aucune modification de temps ou de quantité, Le plus souvent, il y a suppression pendant un mois, puis dans les semaines qui suivent se montrent des hémorrhagies irréeulières, peu ou très abondantes, intérmittentes ou continuelles, accompagnées de douleurs fixes dans le bas-ventre . ou irradiées vers les reins ou les cuisses. Au moment de la rupture, il se fait en général un écoulement de sang par le vagin auquel s'ajoute souvent l'expulsion d’une caduque.
La simple inspection de cette membrane, et surtout l’examen microscopique, indiquent sa nature et ce qui se passe
plus haut. D'autres fois, il est vrai, la rapidité avec laquelle arrive la mort fait que l’ hémorrhagie et la décharge de la __ caduque n’ont pas le temps de se produire. - Siau moment de la mort l’'aménorrhée subsistait depuis deux ou trois mois, c’est encore un signe de grossesse et l’on devra rechercher si cette grossesse est extra ou intra-
utérine.
= 2 Examen duventre, — Il y a dans ce cas une tumeur nette ou tout au moins une tuméfaction plus ou moins diffuse d’un des côtés de l’abdomen. Le ventre est ballonné,
douloureux à la pression.
3 Toucher vaginal. — Le toucher fournit des renseignements plus précis. Le col est mou, entr'ouvert et pou- -vant admettre l'extrémité du doigt; il est appliqué contre la symphise pubienne et dévié d’un côté. Un des culs-desac latéraux ou postérieur est effacé par l'hémorrhagie qui s’est produite. Sur l’un des côtés de l'utérus ct distinct de lui, on peut sentir une tumeur : c’est le sac fœtal cause de tous les accidents. Enfin on peut percevoir tous les signes d'une hématocèle rétro-utérine, presque toujours due à une grossesse ectopique.
Cependant si la malade est dans le collapsus et dans l’impossibilité de répondre, les renseignements fournis par l'entourage seront trop vagues pour éclairer le diagnostic, mais par une analyse rigoureuse de l’état où se trouve la
3 malade on peut encore recueillir des indications: précicuses.
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Ce qui domine surtout ce sont les Symptômes d’anémie aiguë : refroidissement des extrémités, abaissement de la température, pouls petit, sueurs froides, qui feront penser à une hémorrhagie interne dont on aura à rechercher la cause. Ces symptômes seront encore augmentés par le Shok nerveux dû à l'invasion du Sang dans le péritoine.