‹ De La Rupture De La Grossesse Extra-UtérineChapitre 8 sur 33 · OBSERVATION III · texte numérisé non relu

OBSERVATION III

(Edinburgh medical Journal, 1880). — Wilson.

La malade, Mme Howard, âgée de 45 ans, tomba gravement malade dans la nuit du 21 mai. M. Johnstone, qui la vit le lendemain matin à 8 heures, apprit que vers minuit elle avait eu tout à coup des vomissements et une diarrhée qui persistèrent toute la nuit. Il trouva la malade avec des douleurs abdominales violentes et une sensibilité du ventre à la moindre pression : le visage très pâle, le pouls faible. La possibilité d'un empoisonnement par les irritants, lui fit demander qu} avait été le dernier repas de cette femme :

elle et son mari avaient pris de la morue à leur souper.

M. Wilson, à sontour, vit la malade à9 heures, il la trouva exsangue, la peau froide ct visqueuse, le pouls impercep-

tible, les battements du cœur à peine sensibles, les facultés mentales très nettes, les pupilles normales, mais la vue obscurcie. Cet état lui suggéra l’idée d'une hémorrhagice interne dont les douleurs abdominales iudiquaient le siège, M.{Wilson dit : ù

« L'absence de violences extérieures me fit penser que cotte hémorrhagie était peut-être duc à la rupture d'une grossesse extra-utérine et la malade m'apprit qu'elle n'avait pas eu ses règles depuis mars et que la semaine précédente elle avait eu des douleurs périodiques semblables à celles de ses couches précédentes. Comme tout ceci tendait à la conclusion de rupture, je pratiquai le toucher vaginal pour voir : 1°s’il n’y avait pas déplacement de l'utérus causé par le développement d’une tumeur en connexion avec latrompe de Fallope; 2 pour m'assurer s’il existait une hémorrhagic utérine. Je trouvai l'utérus en situation normale : pas d’hémorrhagie. Le toucher bimanuel fut impossible à case de l'exquise sensibilité du ventre et le seul fait enregistré fut une grande douleur en touchant le cul-de-sac postérieur.

Le toucher vaginal ne concluait en rien pour une grosscesse extra-utérine, il s’y opposait plutôt : je fus ainsi amené à penser que les intestins étaient le lieu de la lésion initiale et j'attribuai le collapsus ct les douleurs de ventre à l'irritation violente de l’intestin, irritation causée soit par une nourture nuisible, soit par un empoisonnement criminel, d'autant plus que j’appris que son mari, qui avait pris le même repas, présentait les mêmes symplômes, mais atténués. A ce moment, elle avait cessé de vomir et comme il était probable que les matières ingérées étaient éliminées, j’or-

- donnai seulement un cataplasme de moutarde et deux pilules

d'opium.

À à heures de l'après-midi, je la revis, elle n'avait pas eu

de retour de vomissements ni de diarrhée, la douleur était diminuée, elle parlait avec plus de facilité, enfin elle parais-

sait et se sentait mieux, mais la pâleur était la même et le pouls imperceptible. À 5 heures et demie, elle était plus

- mal et M. Johnstone la visitant, la trouva dans le coma, la

respiration à peine sensible : un quart d'heure après elle

était morte.

On recueillit les matières vomies et le corps fut transporté au bureau de police. |

Autopsie, — Le lendemain matin on fit l’autopsie. Corps très pâle, muqueuses absolument blanches. Les poumons né s’affaissent pas, ils sont très volumineux et recouvrent entièrement le péricarde. Le cœur présente la caractéristique de la mort par hémorrhagie lente : les deux ventricules contiennent des caillots décolorés s’étendant jusque dans l'aorte. Foie et reins anémiés. L’abdomen contient une grande quantité de sang liquide et le bassin est rempli de sang faiblement coagulé (environ une pinte) qui cache les viscères. En enlevant ce sang, on trouve au milieu un fœtus de 3 pouces de long avec un cordon ombilical rompu à 3 pouces de l’ombilic; l'utérus est lègèrement augmenté et sa position est normale.

L'ovaire gauche et la trompe sont normaux. A droite, la portion de la trompe la plus rapprochée de l'utérus est normale sur une longueur de 1 pouce et demi, mais à cet endroit elle disparait dans une tumeur ovale comme un citron,

dont la paroi ferme et luisante se continue avec celle.de la trompe. |

Tout le contenu du bassin est enlevé et durci dans l’alcool. L’utérus aumenté de volume mesure 4 pouces de long, 3 de large et 2 d'épaisseur. En l’ouvrant par une incision médiane antérieure, on tombe sur une membrane caduque bien développée. Sur la trompe et l’ovaire gauche, on aperçcoit une fausse membrane reliant le bord supérieur de la trompe à l’ovaire. Cet ovaire est normal sans corps jaunes. Le sac tubaire de droite est incisé longitudinalement et montre les parois de la trompe amincis. Ces parois sont déchirés en deux points et à travers les déchirures une masse de caillots fait hernie. Entre ce sac et l'utérus s'étend une membrane délicate pourvue de vaisseaux et ressemblant au péritoine. L’ovaire droit est en rapport avec la paroi postérieure du sac et contient deux corps jaunes.

On peut faire trois remarques.

1° Femme d’une santé parfaite tombe maïade à minuit, avec vomisssements et diarrhée très violents. À 9 heures du matin elle souffre de douleurs et de sensibilité dans le ventre : pouls imperceptible, peau froide et visqueuse. Esprit net. Mort à 5 heures du soir, dix-sept heures après le début. Avec un tel ensemble de symptômes, l’idée d’un empoisonnement viendra à l'esprit de tous. En plus de cela, deux faits sur lesquels l'expert insistera, à savoir que les accidents surviennent après un repas, et que l’autre personne qui avait assisté au même repas ressehtit les mêmes phénomènes, mais atténués.

2° I1 y avait absence d’hémorrhagie utérine. Me basant sur ce fait qu'une semblable rupture est généralement ac-

- compagnée. de métrorrhagies et n’en trouvant pas, j'avais abandonné comme moins probable l’idée obstétrique et j'attribuai les symptômes à une irritation gastrique.

Du reste, le docteur Burnes, dans ses remarques sur la question, insiste sur l’hémorrhagie et dit : « La douleur est constante, l’hémorrhagie ne l'est pas moins, comme je l'ai indiqué à plusieurs reprises dans mes discussions à la Société d'obstétrique. Cela confirme l’analogie avec l’avortement, et ce phénomène est si fréquent qu’on peut le regarder comme indiquant ce qui se passe dans le sac. »

3° Coincidence entre le symptôme initial (vomissement -et diarrhée) et ce que l’autopsie a révélé : la rupture d’une grossesse tubaire. Le vomissement et la diarrhée sont-ils effet de la rupture ou en sont-ils cause ?

Sans aucun doute on s'attendait à ce que tous les symptèmes énumérés avant soient le résultat de la rupture (douleur locale, vomissement, pâleur, prostration, pouls imperceptible et mort par collapsus). Mais en plus, il y avait la. diarrhée, symptôme qu’on ne regarde pas comme une conséquence nécessaire; d'autre part, le fait significatif du mari qui, ayant pris la même nourriture avait ressenti les mêmes symptômes, indique que probablement le vomissement et la diarrhée furent réellement la cause de la rupture et que les douleurs accidentelles que cette femme avait ressenties la semaine précédente, étaient dues à la distension préliminaire et à la légère déchirure de cette trompe distendue, qui fut finalement rompue dans les efforts de vomis-

sements. »

Les. 06

Il est encore une catégorie de faits qui viennent augmenter les présomptions morales de crime et donner plus de corps aux soupçons suscités par l’étrangeté de cette mort. Ils tiennent surtout à la situation sociale à laquelle appartient la victime de l'accident de rupture, Cette situation est parfois telle que l’on peut facilement croire que. l’on à ou bien voulu se venger ou bien se débarrasser par. un crime d’une personne gênante et sortir ainsi d’une situation devenue impossible, C’est dans de pareilles circonstances que l'intervention de la justice devient alors toute na-

turelle, conme le montre les observations suivantes :

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