‹ De la sagesse (volume 2)Chapitre 100 sur 164 · LIVRE III, CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE XX

se compare à luy, c'est, l'estimer trop et faire tort à soy. Maie lotjuuntur, quia bene loqui nesciunt; facîunt quod soient et sciant, maie quia inali , et secundum se ^". • ^Voîcy donc pour conclusion l'advis et conseil de sagesse : il faut avoir esgard à vous et à celuy qui vous offensera. Quant à vous , advisez ne faire cliose indigne et messeante de vous laisser vaincre. L'imprudent et deffiant de soy, se passionnant sans cause, s'estime en cela digne que l'on luy face affront. C'est faulte de cueur ne sçavoirmespriser l'offense : l'iiomme de bien n'est subject a injure '% il est inviolable. Une chose inviolable n'est pas seulement celle qu'on ne peut frapper, mais qui estant frappée ne reçoit playe ny blesseure. C'est le plus fort rempart contre tous accidens que cette resolution, que nous ne pouvons recevoir mal que de nous-mesmes. Si nostre raison est telle qu'elle doibt, nous sommes invulnérables. Et pour ce nous disons tousjours avec le sage Socrates : Ânitus et Melitus me peuvent bien faire mourir; mais ils ne me sçauroient mal faire '^. Ainsi l'homme de bien, comme il ne donne jamais occasion

'° « Ils parlent mal parce qu'ils ne savent pas bien parler. Ils agissent comme ils savent agir , comme c'est leur habitude ; mal, parce qu'ils sont méchants, et qu'ils suivent leur naturel». — J'ignore d'où Charron a tiré cette citation.

" Sénèque a fait un traité pour prouver cette thèse. Il est intitulé : Quod in sapientem non cadit injuria.

'- Voyez Plutarque, du Repos de l'Esprit.

i']Q DE LA SAGESSE,

à personne de l'injurier, aussi ne peut-il recepvoir injure : laedere eiiim laedique conjunctum est '^. C'est un mur d'airain que l'on ne sçauroit pénétrer; les brocards, les injures n'arrivent point jusques à luy. Joinct qu'il n'y aura celuy qui n'estime l'agresseur meschant , et luy pour homme de bien ne méritant tel outrage Quant à celuy qui vous a offensé, si vous le jugez impertinent et mal sage, traictez-le comme tel, et le laissez là ; s'il est autre, excusez-le, présumez qu'il en a eu occasion, que ce n'a pas esté par malice, mais par inadvertence et mesgarde : il en est fasché luy même , et voudroit ne l'avoir pas faict. Encores diray-je que comme bons mesnagers nous debvons faire nostre proffit , et nous servir de la commodité que nous présentent les injures et offenses. Ce que nous pouvons pour le moins en deux sortes, qui regardent l'offensant et l'offensé : l'une, qu'elles nous font cognoistre ceux qui nous les font , pour les fuyr une autre fois ; tel a mesdlt de vous , concluez, il est malin ; et ne vous fiez plus à luy : l'autre, qu'elles nous monstrent nostre infirmité et l'endroict par lequel nous sommes battables, affm de le remparer, amender le deffaut, affin qu'un autre n'aye subject de nous en dire autant ou plus. Quelle plus belle vengeance peut- on prendre de ses ennemys , que de prof-

'^ a Car pour blesser il faut pouvoir être blessé. L'un ne va point sans fautre^j. — Senec. £/?f5/. xcv.

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