‹ De la sagesse (volume 2)Chapitre 99 sur 164 · LIVRE ni, CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE ni, CHAPITRE XX

querie. C'est folie de se fascher et se soucier de ce qui ne vient pas de sa faulte. Le moyen d'oster aux autres occasion d'en faire leurs contes, est d'en parler le premier et monstrer qu'on le sait bien : si c'est de nostre faulte que l'injure a prins sa naissance , et qu'avons donné occasion à cette affront, pourquoy nous en courroucerons-nous? Ce n'est pas offense, c'est correction , laquelle il faut recevoir, et s'en servir comme d'un chastiment : mais bien souvent elle vient de nostre propre foiblesse , qui nous rend trop douillets. Or il se faut deffaire de toutes ces tendres délicatesses qui nous font vivre mal à nostre ayse, mais d'un courage masle, fort et ferme, mespriser et fouler aux pieds les indiscrétions et folies d'autruy. Ce n'est pas signe qu'un homme soit sain, quand il s'écrie à chasque fois qu'on le touche. Jamais vous ne serez en repos, si vous vous formalisez de tout ce qui se présente.

Ils se tirent aussi de la personne qui offense. Représentons-nous en gênerai les mœurs et humeurs des personnes avec lesquelles il nous faut vivre au monde. La plupart des hommes ne prend plaisir qu'à mal faire, ne mesure sa puissance, que par le desdain et injure d'autruy. Tant peu y en a qui prennent plaisir à bien faire. 11 faut donc faire estât que de quelque costéque nous nous tournions, nous trouverons qui nous heurtera et offensera. Par-tout où nous trouverons des hommes, nous trouverons des injures. Cela

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est si certain et si nécessaire, que les législateurs mesmes qui ont voulu reigler le commerce et les affaires du monde , ont convié et permis en la justice distributive et commutative plusieurs passe-droicts. Ils ont permis de se décevoir et blesser jusques à la moitié' de juste prix. Cette nécessité de s'entre-lieurter et offenser vient premièrement de la contrariété et incompatibilité d'humeurs et de volontés. D'où vient que l'on s'offense sans le vouloir faire; puis de la concurrence et opposition des affaires, qui porte que le plaisir, proffit et bien des ims est le desplaisir, dommage et mal des autres ; et ne peut faire autrement, suivant cette commune et générale peincture du monde : si celuy qui vous offense est un insolent , fol et téméraire (comme il est, car un homme de bien ne faict jamais tort à personne), pourquoy vous plaignezvous , puisqu'il n'est non plus à soy qu'un insensé ? Vous supportez bien d'un furieux sans vous plaindre, voire en avez pitié; d'un bouffon, d'un enfant, d'une femme, vous vous en riez : un fol, yvrogne, cholere, indiscret ne vaut pas mieux. Parquoy quand telles gens vous attaquent de paroles, ne leur faut point respondre. 11 se faut taire et les quitter là. C'est une belle et glorieuse revanche et cruelle pour un fol , que de n'en faire compte; car c'est luy oster le plaisir qu'il pense prendre en vous faschant; puis par vostre silence il est condamné d'impertinence, sa témérité luy demeure en la bouche; si l'on luy respond, on

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