CHAPITRE XXIL
De la maladie et douleur.
Sommaire. — C'est une nécessité commune de souffrir. La nature nous l'impose ; vouloir s'en affranchir serait une injustice et une vaine tentative. ■ — Au reste , les grandes
lyG DE LA SAGESSE,
douleurs ne peuvent long-tems durer ; si elles sont longues , elles sont légères. — ■- Aux douleurs de toute espèce opposons la fermeté d'ame : nous n'avons point assez de confiance dans nos forces ; l'exemple des grands personnages doit nous apprendre à supporter les maux.
Exemples : les jeunes Lacédémoniens ; un jeune Macédonien , dans un sacrifice d'Alexandre ; un jeune garçon de Lacédémone ; Pompée; Mutins - Scévola ; Attilius - Régulus ;; Anaxarque.
Nous avons dict cy-dessus ' que la douleur est le plus grand, et, à vray dire, le seul mal le plus fasclieux , qui se faict plus sentir, et où y a moins de remèdes et d'advis. Toutesfois en voicy quelques uns , qui regardent la raison, la justice, l'utilité, l'imitation et ressemblance aux grands et illustres.
C'est une commune nécessité d'endurer; ce n'est pas raison de faire pour nous un miracle. Il ne se faut pas fascher s'il advient à quelqu'un ce qui peut advenir à chascun.
C'est chose ausvsi naturelle, nous sommes nays à cela : en vouloir estre exempt est injustice. Il faut souffrir doucement les loix de nostre condition. « Nous sommes pour vieillir, affoiblir, douloir, estre malades : il faut apprendre à souffrir ce que l'on ne peut esviter.