‹ De la sagesse (volume 2)Chapitre 112 sur 164 · LIVRE m, CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAPITRE XXV

ennemys, etiarn in ohsessa via paupertas pax est '°. Un petit corps , qui se peut recueillir et couvrir soubs un bouclier, va bien plus seurement que ne faict un bien grand, qui est descouvert et opportun aux coups. Elle n'est subjecte à recepvoir de grands dommages ny charges de grands travaux. Dont ceux qui sont en cet estât sont tousjours plus gais et joyeux; car ils n'ont pas tant de soucy et craignent moins la tempeste. Cette telle povrelé est délivrée, gaye, asseure'e, nous rend vrayement inaistres de nos vies, dont les affaires, les querelles, les procez qui accompagnent nécessairement les riches, emportent la meilleure partie. Eh! quel bien est-ce là, d'où nous viennent tant de maux , qui nous faict endurer des injures, qui nous rend esclaves, qui trouble le repos de l'esprit, qui apporte tant de jalousies, soupçons, crainctes , frayeurs, désirs? Qui se fasche de la perte de ses biens est bien misérable , car il perd et les biens et l'esprit tout ensemble, « La vie des povres est semblable à ceux qui navigent terre à terre ; celle des riches à ceux qui se jettent en pleine mer. Ceux-cy ne peuvent prendre terre, quelque envie qu'ils en ayent, il faut attendre le vent et la marée; ceux-là viennent ti bord quand ils veulent ».

Finalement , il faut se représenter tant de grands et

'° (c La pauvreté marche en paix , même dans une route couverte d'ennemis ». Senec. Epist. Xiv.

généreux personnages qui se sont ry de telles pertes , voire les ont prjns à leur advantage, et ont remercié Dieu, comme Zenon après son naufrage, les Fabrices *" , les Serrans, les Curies. Ce doibt bien estre quelque chose d'excellent et divin que la povreté, puisqu'elle convient aux Dieux imagine's nuds , puisque les sages l'ont embrasse' , au moins l'ont souffert avec grand contentement. Et pour achever en un mot, « entre personnes non passionne'es elle est louable , mais entre quels que ce soit elle est supportable ».

" Les Fabricius , les Serranus , les Curius.

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