‹ De la sagesse (volume 2)Chapitre 158 sur 164 · CHAPITRE V ET DERNIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE V ET DERNIER

Response générale aux doutes et plaintes proposées contre le Hure de Sagesse , et puis l'argument et sommaire d'iceluy.

lE veux icy pour acheuer et clorre ce liuret, et ioindre sa fin auec son commencement et préface, respondre en gênerai à ceux qui se plaisgnent de mon Hure de Sagesse , selon que l'en ai peu apprendre , et peut-estre encores se plaindront de cestuy petit abrégé, et satisfaire au Lecteur débonnaire et équitable. Us y trouuent de la hardiesse et liberté qui les offense , moy ie me plains d'eux , et taxe par tout cette foiblesse populaire, et délicatesse féminine, comme indigne et trop tendre pour entendre chose qui vaille, et du tout incapable de sagesse. Les plus fortes et hardies propositions sont les plus séantes à Tesprit fort releué , et ny à rien d'estrange à celuy qui st^ait que c'est que du monde : c'est foiblesse de s'estonner d'aucune chose, il faut roidir son courage, affermir son ame et l'acerer à ouyr, sçauoir entendre, iuger toutes choses tant estranges semblent elles (tout est sortable et du gibier de l'esprit, pourueu qu'il ne manque point à soy-mesme) : et de raesmes aussi à ne faire iamais ny ne consentir qu'aux bonnes et

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belles, quand tout le monde en parleroit. Ces geiis peut estre ne sont capables de l'un ny de l'autre, c'est au Sage d'auoir tous les deux. Estimer et faire cas de de l'Empire et condaitte du grand Seigneur. Dire que parmy les Indois , Chinois , Canibales , Turcs , et autres nations qu'ils estiment Barbares, il y a de belles loix, polices, coustumes, mœurs, voire préférables à aucunes des nostres : Qu'il y a plusieurs choses que le peuple estime miracles, enchantemens, opération des Démons qui sont purement naturelles, artificielles, humaines, effects d'imagination: Que la douleur est le souuerain et vayment le seul mal : Que la mort, le cocuage, ste'rilite' d'enfans, pauureté n'est pas vrayement et en soy mal : Que les actions naturelles ne sont point de soy et naturellement honteuses : Que la science n'est point nécessaire à la conduite de nostre vie, enteste et affollit plusieurs esprits , ces propositions et autres pareilles les heurtent. Voila pas des esprits bien délicats et bien capables de grandes choses ? Que diroient-ils à de beaucoup plus hardies et estranges, puis qu'ils les appellent ainsi, si on les leur proposoit.

Or à de telles gens, outre les sept distinctions, que ie leur ai conté tout au commencement, et préface de ce liuret , que ie ne veux icy redire et estendre, et ausquels ils trouueront descouuertes et soluës leurs fautes et mescontes : voicy ce que ie leur dis pour les traicter doucement, et les appaiser s'ils en

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sont capables, c'est qu'en toates telles choses, ie n'y oblige personne, ny ne prétends les persuader, bien loing de les dogmatiser : ie les présente seulement et les estalle comme le marchand sur le tablier; qu'on passe sans les regarder seulement ie ne m'en soucie, ie ne me mets point en cholere si Ion ne m'en croid, c'est à faire aux Pedans : la passion tesmoigne que la raison n'y est pas. Qui se tient par l'vne à quelque chose, ne s'y lient pas par l'autre, l'vne chasse ou faict place à l'autre. Pourquoy se courroucent ces gens icy? De ce que ie ne suis pas en tout et par tout de leur aduis; le ne me courrouce pas de ce qu'ils ne sont pas du mien. De ce que ie dis des choses qui ne sont pas de leur goust; Et c'est pourquoy ie les dis : ie ne dis rien sans raison s'ils la sçauent sentir et gouster : s'ils en ont de meilleure qui détruise la mienne, ie l'escouteray auec plaisir et gratification à qui la dira; et qu'ils ne pensent me battre d'authorité et allégation d'autruy, car elle a fort peu de crédit en mon endroict, sauf en matière de Religion, où seulle elle vaut sans raison : c'est là son vray Empire, comme par tout ailleurs la raison sans elle. Il ne se faut pas esbahir si tous ne sont de mesme aduis ^ mais bien se faudroit-il esbahir si tous en estoient : il n'y a rien plus séant à la nature et à l'esprit humain que la diuersité. Le Sage diuin nous met tous en liberté par ces mois ' : Oiie chacun abonde en bon sens, et que

' Voyez TEpitre de St.~Paul aux Romains , chap. xiv.

personne ne iuge ou condamne celuy qui fait autrement, et est d'aduis contraire, et le dict en matière bien plus fort chatoiiilleuse , et qui non seulement consiste en fait et obseruation externe , où nous auons dit qu'il se faut conformer au commun , et à ce qui est prescrit ou cousturaier ; mais encores en ce qui concerne la Religion, sçauoir en l'obseruance des viandes et des iours. Or toute ma liberté et hardiesse, n'est qu'aux pensées, iugemens, opinions, esquèlles personne n'a part ny quart, que celuy qui les a chacun en droict soy.

Au reste qui enseigne une plus grande submission aux loîx et aux supérieurs , vne plus noble et généreuse probité et vertu, vne plus grande reformation et victoire des passions et des vices, et en fournit, plus de moyens et de remèdes que ce liure ? mais pource que ce n'est pas laschement et pedantesquement, il n'agrée pas à aucuns gens qui toujours trainent le ventre par terre. Aussi ie ne parle point à eux ny pour eux : Il n'y a rien si aisé que reprendre et mesdire , et plusieurs se pensent recommander en charpentant le nom d'autruy. Parquoy qu'ils me laissent, ou bien qu'ils m'attaquent viuement et ouuertement, ils auront de moy incontinent, ou vne franche confession et acquiescement ou un examen de leur impertinence. Au reste certaines choses qui semblaient à aucuns trop crues et courtes , ou rudes et dures pour les simples ( car les forts releuez ont l'es-

3i8 PETIT TRAICTE DE LA SAGESSE, îomac assez chaud pour cuire et digérer tout), ie les ay pour l'amour d'eux expliqué et addoucy en la seconde édition, en laquelle il y a trois liures. Le premier est tout en la cognoissance de soy et de l'humaine condition, ce qui est traicté bien amplement par cinq grandes principales considérations, dont chacune en a plusieurs sous soy. Le second contient les règles générales de Sagesse, qui sont douze, autant que de Chapitres, et sont proposées et distinguées en la Préface dudit Liure : ce sont les principaux traicts et offices du Sage , dont ce petit liuret est vn sommaire et abrège'. Le tiers contient les règles et instructions particulières de Sagesse, et ce par le discours des quatre vertus principales et morales , Prudence, lus- . tice. Force, Tempérance, sous lesquelles est comprise toufe l'instruction de la vie humaine, et toutes les parties du deuoir et de l'honneste.

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