‹ De la sagesse (volume 2)Chapitre 159 sur 164 · DISCOURS · texte numérisé non relu

DISCOURS

C'est vue grande peine, dit-on, et tourment non pareil , semblable à celuy des damnez , de désirer et ne pouuoir iouyr; en ceste peine sont ceux qui désirent choses impossibles , et iustement : c'est raison que puis qu'ils sont débordez en leurs désirs et cupiditez , ils soient punis en ne pouuant paruenir à ce qu'ils désirent; et que le fol et insensé plaisir qu'ils prennent à mal désirer, soit payé par le desplaisir de n'y pouuoir arriuer. La règle et la leçon de sagesse

^ Ce discours est le premier de la collection des Discours chrétiens , de P. Charron ; laquelle formerait seule un trèsgros volume. Dans la plupart des autres , il ne s'occupe guères que de questions purement théologiqnes. Il en est un pourtant sur l'homme^ qui contient des observations morales ; et je l'aurais placé après ce discours sur Dieu , si je ne m'étais aperçu que l'auteur l'avait employé entièrement dans les premiers chapitres du livre de la Sagesse. Je renvoie à ces chapitres le lecteur qui, après avoir lu comment Charron pensait que l'on pouvait s'élever à la connaissance de Dieu , serait curieux de se rappeller ses opinions sur Phomme, m. 21

est de ne désirer rien de ce qui est hors de notre puissance (c'est aux fols à ce faire), mais de régler et mesurer ses souhaits à sa portée, et à sa capacité.

Cela va bien , et est fonde' en raison et iustice : mais que dirons-nous de plusieurs désirs, bons, saincts , iustes et légitimes, desquels Dieu est autheur ? Nature mesme nous les a plantez au cœur, qui toutesfois sont hors notre puissance, et n'y pouuons iamais arriuer : il semble que Dieu nous traite bien à la rigueur, et prenne plaisir de nous tenir à la question, d'allumer en nous vn feu, vne faim et soif d'ardent désir, et que ne la puissions iamais estancher ou assouuir. L'homme désire naturellement et sur toutes choses cognoistre la ve'rité, et ne peut cognoistre Dieu, ses œuures, les secrets de nature, les ressorts et mouuemens de son ame, Pestât et disposition des parties secrettes et intérieures de son corps, et tout cela il ne peut. Ainsi l'homme désire bien et iustement ce qui n'est pas en sa puissance; il désire par nature, ce que par nature il n'obtiendra iamais.

Laissons les autres poincts, et arrestons-nous seulement à ceste proposition: l'homme désire naturellement cognoistre Dieu et ne peut. Elle a deux parties, la première, que l'homme désire cognoistre Dieu. Qui est si beste qui ne cognoist et ne sent la vérité' de ceste proposition ? L'homme désire sçauoir naturellement de c[ui il tient, de qui vient et dépend son bien et son mal, de qui il doit espérer et craindre : si tost

que Foii est arriue' en quelque lieu, ville, village, hostellerie , Ton demande , qui commande icy ? où est le maistre r" C'est vn désir naturel de vouloir sçauoir la cause , si tost que l'on void les effects : si tost que nous ouurons les yeux, et voyons remuer et agir ce Soleil, ces Estoilles, les pièces de ce monde, il nous prend vne enuie , et vn désir nous chatouille de sçauoir qui a fait tout cecy , qui gouuerne et tient la main à toutes ces choses.

Et puis c'est le propre de l'homme de s'exercer en la cognoissance de Dieu , c'est par là vrayement qu'il est distingué et séparé desbestes, et de tout le reste qui est au dessous de luy , bien plus vrayement que par la raison , le rire , la parole et toute autre chose que l'on pourroit dire ; car en tout cela elles ont quelque part , et doiuent plutost estre dites inférieures et foibles , que n'en tenir rien : bref, la cognoissance de Dieu , son principe autheur et cause première de toutes choses , est tout son bien et sa perfection ; Hœc est vita ceterna vt cognoscant te solum Deum vemm* Car par là son esprit s'esleue, s'annoblit, se parfait. Parquoy quiconque n'est touché de ce désir n'est point homme. Voila la première partie, en laquelle n'y a lieu de s'arrester plus.

La seconde est, que l'homme ne peut cognoistre Dieu ; ceste impossibilité et ignorance vient de la part de Dieu, et de la nostre ; pour cognoistre \Tie chose faut qu'elle soit cognoissable , et que nostre es-

prit en soit capable, pour voir vne chose faut qu'elle soit en veuë et expose'e, et nostre œil disposé. Or Dieu est incognoissable > la Deïté est ce que nous ne sçauons ny ne pouuons scauoir, et ne peut estre entendue que d'elle mesme; la raison est son infinité , l'infinité est du tout incognoissable , si elle pouuait estre cogneuë, ce ne seroit plus infinité; tout ce qui est cognu est finy, cognoistre vne chose, c'est sçauoir ses confrontations , son estenduë , son fonds , ses bords , son milieu , sa fin. Scire est definire, per definitionetn cognoscere ; ce qui est infiny n'a rien de tout cela , il n'y a rien plus contraire à l'infiny , que d'estre cognu. Or Dieu est infiny , vne abisme sans fonds , sansriue, sans temps, sans commencement, sans milieu, sans fin ; Parquoy l'on ne le peut ti^ouuer, aborder, approcher: Pour cognoistre l'infiny, il faut estre infiny : pour cognoistre Dieu , il faut estre Dieu , et Dieu ne peut estre cognu que de soy, ce dit la Philosophie et la Théologie : Car il est incompréhensible, Incomprehensibilis cogitaîu; inaccessible, Lucein habitat inaccessibilem; caché, que l'on ne peut voir, Deus absconditus^ Deum nemo vidit vnquam; son domicile et sa retraite est dedans les ténèbres, posuit tenebras latîbulum Simm ; Quîd sit hoc sine quo nihil est , scire non possumus^ efiniramuT si quos igniculos pars nouimus, cuni maxima pars mundi Deus , laleat. Dieu surmonte infiniement toute pensée, toute imagination, exuperat

omnern sensum.

Tant s'en faut que l'on puisse excéder et outrepasser, comme en toute autre chose, que l'on n'y peut arriuer, ny approcher : Certes l'esprit créé plus il sera fort, releue', plus belles hautes, clignes conceptions aura-il de la Diuinité : Et en ce sens, il semble qu'il la cognoistra mieux et en approchera de plus prez que le grossier, pesant et foible : mais il n'en est rien, car à l'infiny il n'y a point de prez ny de loing, il n'y a point de bord, d'approche, de commencement.

Et à cecy n'est point contraire ce qu'enseigne la mesrae Philosophie et Théologie , qu'il n'y a rien plus cognoissable que Dieu, dautant que tout ce qui sert et aide à rendre vne chose aysee à cognoistre est en Dieu , comme sont premièrement l'estre : c'est par là que les choses sont entendues, comme la couleur est l'obiect de la veuë, le son de l'oîiye , aussi est l'estre de l'entendement, ce qui n'a point d'estre ne peut estre entendu, comme la matière première , et plus est entier, constant et parfaict l'estre , plus est la chose intelligible. L'estre imparfait et non permanent , comme celuy des Météores et Cornettes est moins aysé à entendre. Or Dieu a estre , mais plutost est luymesme l'estre tres-parfaitement parfaict. Puis l'vnité, la simplicité , pureté , clarté , facilitent la cognoissance , comme au rebours la composition , multiplication, confusion, desordre, la troublent et l'empeschent : Or toutes ces choses sont souuerainement en Dieu. Tierceraent , la présence et exposition fait cog-

noistre la chose , et Dieu est très présent par tout et voisin de nous.

Tout cela est vray , mais il ne s'ensuit que Dieu soit cognoissable à l'homme ; la cause de cecy est, que tout ce qui aide et fauorise la cognoissance des choses finies et médiocres, empesche celle de Dieu infini, auquel tout est en perfection et souuerainetë : ainsi que les choses qui n'ont point ou fort peu d'estre , d'vnité, simplicité', pureté, clarté, présence, aussi celles qui en ont beaucoup ne peuuent bien estre entendues : Ainsi le peu et le beaucoup tombent en mesme inconuenient : l'esprit humain n'est capable que des choses médiocres : les extremitez Festonnent et le troublent , la vérité de cecy est aysee à voir par exemples : Les choses trop peu présentes et trop esloignees de nostre veuë ne peuuent estre veuës : Aussi trop présentes , si proches et voisines qu'elles touchent l'œil , ne peuuent estre veuës, il faut de la proportion : Il n'y a rien plus aysé à voir que le Soleil, tant clair, pur, net , exposé aux yeux ; et n'y a rien qui se voye plus mal à l'aise à cause de sa trop grande, forte , viue et esclatante clarté , qui estonne la veuë , et qui s'y voudroit fort opiniastrer en receuroit du dommage; la trop grande clarté empesche de voir, comme les ténèbres. Dieu donc est fort cognoissable , et de force qu'il l'est il ne peut estre cognu, ce qui est richement exprimé par l'Apostre, disant qu'il habite vne lumière inaccessible, c'est à dire cognois-

sable et incognoissable , que d'autres ont dit en autres termes , Nil Deo prœsentius , nil incomprchensibilius , nil magis Deo laiens et païens.

De nostre part Dieu ne peut non plus estre cognu : quand bien il ne seroit infini et seroit cognoissable , nostre foiblesse nous empescheroit de le cognoistre ; car estant l'autheur, l'ouurier et maistre de nature, il est par dessus nature. Or l'esprit humain ne peut venir à bout de cognoistre les choses naturelles : ie ne dy pas seulement les hautes , célestes , rares , mais celles qu'il void et touche auec les yeux et les doigts, qui se font tous les iours , comme le flux et reflux de la mer ; l'effect de l'aymant à tirer le fer qui luy a esté frotte' , ne s'arreste qu'au Nort, et mille autres choses : et qui peut cognoistre les ressorts, les bransles et mouuemens de son ame , soit en veillant ou en dormant ? Naturœ vis ac maiestas singulis pêne momentis fide caret : le monde seroit bien peu de chose si on le cognoissoit, et si l'on ne trouuoit tousiours quelque chose à y apprendre : Pusilla res mundus est , nisi in illo (juod (juœratomnis mundus habeat : Si l'homme ne peut comprendre les œuures de Dieu qu'il void , palpe , manie et s'en sert , operurn Dei nullam potest homo inuenire rationem , comment pourra il cognoistre l'ouurier qu'il ne void ny n'apperçoit point ? Mais qni ne peut trouuer raison aux faicts de Dieu , trouuera (dit S. Grégoire ) en sa foiblesse la raison pourquoy. Que dis-ie , qu'il ne peut cognoistre les choses

naturelles ouurées de Dieu ? non pas mesme les artificielles et ses propres ouurages. Combien aduient-il souuent à rhomme de dire et faire des clioses dont il n'en sçauroit rendre raison , ny trouuer la cause et le ressort? combien, par bazard ou par furie et saillie nullement pourpensee ? que si on y eust bien pensé et estudie', l 'on ne s'en fust iamais aduise'. Si donc l'homme n'est pas raaistre de soy-mesme, et ne tient pas bien ce que luy-mesme faicl, et ne sçait d'oia vient ce qui sort de luy , comment pourra-il comprendre ny entendre ce qui est tant par dessus luy, qui est Dieu? Bref, l'homme ne peut entendre toutes choses. Or Dieu est tout, par dessus tout, outre tout, Deus est, omnia , super ornnîa , prœter omnia.

Ramassons en petit volume ce que nous auons dit iusques icy ; l'homme désire naturellement cognoistre Dieu , mais il ne peut , tant à cause de sa propre foiblesse, que de la grandeur immense de Dieu; nonobstant que Dieu soit de soy-mesme fort cognoissable : Mais les moyens de le cognoistre qui sont en luy , sont trop forts et trop par dessus les prises et la capacité de l'homme : Sçachons maintenant pour respondre au doute proposé, pourquoy Dieu et Nature luy a donné ce désir , puis qu'il ne le peut assouuir ny contenter.

Certes ce désir hiy a esté donné, premièrement, afin de l'induire et Teschauffer à le chercher, l'estudier , s'employer de cœur et d'ame , et mettre peine à

le cognoistre ; c'est ce que Dieu veut et requiert de

nous tant instamment, nous conuiant à nous deffaire de toutes autres basses et indignes pensées , pour nous esleuer à luy : se portant enuers nous comme nous faisons aux animaux , pour lès leurrer et attirer en leur présentant quand ils sont affamez la viande, mais de haut, afin qu'ils s'esleuent droict sur la pointe de leurs pieds , s'estendent et s'estirent au long, voir qu'ils sautellent en Tair pour y atteindre : Ainsi Dieu par ce désir naturel , lequel puis il resueille et reschauffe , nous attire et amorce h soy , pour nous esleuer de la lie de ce monde , nous sevrer de la nature que ne tenions plus que par vn petit et par la nécessité à la terre, afin que par sainctes et viues méditations comme par eslancemens et rauiissemens nous nous esleuions à luy. Yoila le premier fruict prétendu de ce désir, lequel fruict nous dispose et rend capables de son accomplissement.

Et combien que l'homme ne le puisse obtenir de soy-mesme. Dieu qui l'a donné, fournit les moyens d'y paruenir. Ces moyens nous sont baillez et mis en main par la religion , qui est l'eschole oii l'on apprend à cognoistre Dieu. Pveligion n'est autre chose que cognoistre et seruir Dieu , ce sont deux : mais cognoistre va deuant , comment sçaura-on bien seruir le Seigneur si Ion ne sçait ses qualitez , grandeurs, mœurs, volontez, selon lesquelles il faut régler le service ? Et puis cognoistre est en l'entendement ,

33o SUR LA COGNOISSANCE

seruir en la volonté. Or l'entendement précède la volonté. Le prouerbe dit qu'il faut cognoistre auant aimer : or aimer Dieu est le seruir , Dieu est vn Esprit, le cognoistre et contempler , c'est desia le seruir, Deum colit (jui nouit : Nature nous donne l'enuie de cognoistre Dieu, la religion nous enseigne à le cognoistre, voilà comme la religion aide, secourt, et parfaict la nature. Voyons maintenant les moyens qu'il y a, et qui s'employent pour cognoistre Dieu, et par iceux nous verrons encore mieux la vérité de ceste proposition nostre, que Dieu est incognoissable; les Philosophes et Théologiens nous enseignent diuers moyens de cognoistre Dieu, mais qui tous commencent et viennent de la considération des créatures, comme l'on cognoist la cause par les effects, l'ouurier par les œuures. Ces moyens sont deux principaux et entr'eux contraires , l'vn et le premier selon nature, et négatif cle tous défauts et imperfections, enseignant ce que Dieu n'est pas, par où se void qu'il est fort court , chetif et imparfaict , puis qu'il n'enseigne aucunement ce que Dieu est : mais seulement ce qu'il n'est pas. C'est toutesfois le plus fréquent de tous, le plus propre et le plus asseuré, car il est incommunicable à la créature et peculier à Dieu. A luy appartiennent tous les mots négatifs, qui sont en mesme nombre que les défauts et imperfections , mais qui se peuuent rapporter à ce mot, Infiny, liltre le plus fertile de tous, le plus propre à

DE DIEU. 33i

Dieu, et moins comraunicable à la créature , lequel reiette toute imperfection , c'estàdirefinité , carfinité et imperfection sont souuent mesme chose , comme infinité et perfection.

Geste infinité et négation de tous défauts comprend cinq chefs : ausquels se peuuent rapporter toutes les finitez et imperfections qui sont aux créatures. Le premier regarde l'estre ou essence. L'estre de Dieu est infiny,non seulement pource qu'il est universel , ayant tout estre en soy , mais pource qu'il l'a de soy-mesme , et est luy-mesme essentiellement l'estre, tellement que Dieu et l'estre c'est tout vn : toutes choses ont vn estre finy et court , l'estre de la rose n'est pas l'estre du chenal , de l'estolUe , ce sont toutes petites parcelles de l'estre, car elles n'ont pas l'estre de soy, mais de Dieu. Tout ce qui est, est de soy ou par autruy , qui est de soy, est l'estre mesmes, estre infmy et vniuersel, et c'est Dieu. Qui est par autruy, est mieux dit auoir estre que simplement estre , car il l'a reçeu , et n'en a qu'vne parcelle , telle que luy a voulu donner celuy qui est de soy , et c'est le monde. Par ce premier chef d'infinité', est chassée toute imagination de matière , corporalité , composition , priuation , passion , accident.

Le second chef regarde l'action et mouuement , selon iceluy Dieu est dit immuable, Ego Deus et non muior. Toutes choses sont muables et changent en quelque sens par leur mouuement, sortent d'vn estai ^

332 SUPv LA COGNOISSANCE

arriuent en vn autre ; perdent et laissent d'vne part ^ acquièrent et reçoiuent d'autre, Dieu seul ne perd ny n'acquiert : rien n'en sort , et rien ne luj arriue de nouueau , car il est tres-parfaict et infiny.

Le troisiesme regarde le temps qui n'est point en Dieu , car il est sans commencement, dont il est dit increé et sans fm, dont il est dit immortel : Mais en vn mot qui comprend tout, il est dit éternel : Eternité' est infinité de temps : Au temps il y a deux choses , sçauoir, les bouts premier et dernier, et la succession de parties ; en l'éternité il n'y a ny bouts ny succession de parties , car c'est vn seul instant, tousiours durable, c'est vne durée entière et permanente.

La quatriesme regarde le lieu, par cestuy-cy Dieu est partout, et n'est en aucun lieu, NuUihiest, qui vhique est. Il est présent remplissant et contenant tout, Cœluin et terrain ego iinpleo, magiiitudinis eîus non est finis , de ceste présence par tout , sera parlé cy-après en la Prouidence.

La cinquiesme qui resuite de ces quatre, regarde la cognoissance tant actiue quepassiue; OrDieucognoist et sçait tout sans exception, et n'est cognu d'aucun, dont il est dit incompréhensible , ineffable, incognoissable.

L'autre moyen est affirmatif , qui attribue à Dieu toutes perfections , non seulement celles qui se trouuent es créatures dispersées par parcelles et à certaine mesure, et sont en Dieu toutes ramassées etvniessans différence et mesure, comme les costes et lignes d'vne piramide, qui estant en très-grand nombre à la baze,

sont toutes vnies en la cime et poincte , et les diuerses valeurs des petites momioyes d'argent, sont toutes vmquement comprises en celle d'or , non seulement dis-ie toutes celles-là, mais encore toutes celles qui peuuent estre en nature et en imagination. A ce moyen appartiennent tous noms attributifs de bien, bonneur, grandeur, et perfection : Mais ils sont doubles, les vns sont incommunicables aux créatures, et tous propres à Dieu, comme Créateur, Consefuateur, Gouuerneur du monde , Tout-puissant , les autres communicables à la créature, comme bon, sage , puissant. Item , ils expriment doublement et en diuers termes, sçauoir, adiectifs, comme, bon, sage, iuste; et substantifs bonté', sagesse, puissance. Généralement tous substantifs, sontplus propres , plus emphatiques , plus forts que les adiectifs, car ils signifient vne plus grande simplicité et perfection, et à vray dire, les adiectifs sont indignes de Dieu , car ils sonnent composition, finité dont est beaucoup mieux dit Dieu estla uerité, la sagesse, la bonté, que véritable, sage et bon. Or ce moyen de cognoistre et parler de Dieu est tres-impropre et dangereux, non seulement pource que toute affirmation est dangereuse et difficile en cbose que l'on n'entend pas bien , et beaucoup plus que la negatiue , mais encore pour vne autre raison plus haute et principe notable, qui est que tout esprit quel qu'il soit , ne peut conceuoir ny entendre vne chose que par soy et selon soy ; le pied et la baze de

toute cognoissance , c'est l'estre et la nature de celuy qui cognoist , Omne cognitum et conientum est in cognoscente et continente ad modum cognoscentis et continentis. Ainsi l'homme ne peut imaginer ny conceuoir vne bonté, puissance, sagesse, qu'humaine: il peut bien, s'il est sain et fort en iugement ( car foiblesse, maladie et malice, l'en pourroit bien empescher), la conceuoir plus grande que la sienne propre personnelle, l'esleuer, grossir et enfler par plusieurs degrez, mais tousiours humaine et non autre , ainsi l'Ange Angélique. Or Dieu est infiniment par dessus toute la portée , mesure et capacité humaine et Angélique. Parquoy la créature est bien loin de cognoistre Dieu par affirmatiue, car qu'il conçoiue et dise Dieu bon, sage et puissant; ou à mieux dire , la bonté, sagesse, puissance, tousiours sera-il en erreur , car Dieu n'est point bonté, puissance, sagesse telle et en ce sens que l'homme conçoit; c'est vne bonté, puissance, sagesse diuine, tres-parfaite , inhnie , et telle ne peut-il imaginer, mais humaine, finie, dont ce seroit encore beaucoup mieux et plus seurement parler de l'appeller surbonté , sursagesse , car ce seroit plus haut-loûer, et sans détermination : Ainsi y auroit trois degrez de parler affirmatiuement, bon, bonté, surbonté, sage, sagesse , sursagesse, le dernier est plus excellent.

Par tout ce discours se void quels sont les moyens ordinaires et enseignez en l'eschoUe, pour cognoistre , dépeindre et parler de Dieu , sçauoir , négatifs et

affirmatîfs , communicables , et incommunicables , adîectifs et substantifs, et que les négatifs et incommunicables et substantifs sont plus propres h la Deïté, plus asseurez que les autres. Mais tous sont courts, foibles et imparfaits, et par tout y a danger, car les incommunicables qui sont les plus propres , nous ne les entendons du tout point , ce sont des mots en l'air , il n'y a esprit crée' et fini qui sçaclie que c'est qu'Eternité', Infinité, Toute-puissance, tout ainsi que celuy qui seroit né et nourry, et auroit tousiours demeuré dedans vne caue profonde ne sçauroit que c'est que le Soleil et les champs qu'il n'auroit iamaisveu; aussi la créature close et enfermée dedans les barrières du temps , du lieu , de la finité et du mouueraent, comment peut-elle sçauoir que c'est qu'Eternité , infinité , présence et existance par tout ? les négatifs qui sont moins dangereux ne nous apprennent pas que c'est que Dieu, mais seulement ce qu'il n'est pas , qui est encore bien loin de sçauoir ce qu'il est. Les affirmatifs et les communicables qui pour ce sont et moins propres et plus dangereux, l'homme ny l'Ange ne les peut entendre qu'en sa manière , comme a esté dit : comment donc pourra l'homme par tout cela bien cognoistre Dieu , puis que tout ce qu'il en peut dire, ou il ne l'entend pas, ou s'il l'entend il ne conuient point à Dieu en la «laniere qu'il l'entend? C'est pourquoy vn sainct Docteur a dit, que tout ce qui se dit de Dieu , est indigne de Dieu , à

cause et pource qu'il a peu estre dit, car si la pensée

ne peut suffire, comment y suffira la langue?

C'est pourquoy tous les sages ont dit , que Dieu n'auoit point de nom, qu'il eStoit ineffable , innorainable, Ecll yap wcbv avovupoç xœ. appyjTOç, et S. lustin dit , que c'est vne extresme folie et maudite rage de vouloir nommer Dieu : Ce n'est pas vrayment et proprement pour ce qu'il est le premier et le plus grand , n'ayant aucun plus ancien ny plus grand qui luy aye peu donner nom, comme ont dit Philon, Trismegiste, lustin, car il a peu s'en donner luy- mesme , et Adam faict le dernier après toutes choses, a bien donné nom à toutes choses ; ny pource qu'il est vnique sans pair ny compagnon , comme respondit bien le Martyr Attalus au tyran qui par mocquerie luy demandoit le nom de son Dieu, disant , que les noms sont requis aux choses qui sont en nombre , pour les distinguer et remarquer , afin que Ion ne se mesconte ( car c'est l'effet du nom de designer et remarquer la chose , présupposant multitude et danger de mesconte) , mais c'est vrayement à cause qu'il ne peut estre exprimé ny représenté de parole , ny conceu par pensée, car il surpasse infiniment non seulement toute parole, tout nom , mais toute pensée, toute imagination, nombre, temps et toute finité, comme a esté tant dit.

Il est bien vray que pour parler de luy il faut bien auoir quelque mot, et luy donner nom; dont Moyse

estant eiiuoyé de Dieu vers Pharaon , eut raison de demander comment il lenommeroit, eten quels termes il parleroit de luy ? Or le monde luy a donné plusieurs diuers noms : mais la nation et religion ludaïque a passé de beaucoup toutes les autres , et en multitude et en prosperitez de noms ; S. Hierosme en a remarqué par preciput dix, plus excellens , sçauoir, lehoua , Adonài , Saddi , El, Elohîn , Elion , îak , Ehîel , Sahaoih , EtohcSsimcl Denis en met 45, les autres 72 , mais il n'y en a aucun qui soit nom propre, ce sont noms appellatifs , adjectifs et plutost Epithetes que noms propres ; Celuy qui semble et est tenu pour plus propre, est le grand nom de lehoua, qui signifie celuy qui est, auquel respondent le Grec cov deTrismegiste et Platon , et le Latin Ens : Mais comment seroit-il bien propre et naturel à Dieu, puis qu'il est deriué d'vn autre plus simple et primitif ^«z/«/^, qui signifie estre et qui s'exprime en tant de façons diuerses : lehéua , leheui, lehue, Ehie , et puis (comme disent ceux qui le font tant propre) il est ineffable , et tel le disent, non seulement par honneur et reuerence, dont n'estoit permis le prononcer qu'au grand et souuerain Prestre , et ce rarement , certaines fois de l'année dedans le Sanctuaire, et auec grande solemnité, mais encores par impuissance à cause qu'il ne se peut bien prononcer , tellement qu'ils l'expriment par périphrase, Fappellant le nom de quatre lettres, rîxpa- VpajjifjiaTOv , (bien qu'il y en aye aussi d'autres de jir, 22

quatre lettres , comme Jldonaï, Egie , ^gla^ ou bien substituoîent quelqu'vn des autres en sa place, comme Adondi , Sabaoth , El : Ny aussi bien le peindre et escrire, dont ils figurent par trois lod 777 , et puis par deux caractères Grecs,repetez in IIl qu'ils lisoient toutesfois à l'enuers Pipi. Bref, les 70 interprètes l'ont supprimé , et ont substitué vn des autres noms , et certes auec très-grande raison , car à vray dire , le nom de la chose ineffable, doit estre aussi ineffable. Or estant nom ineffable, c'est comme s'il n'estoit point nom ; il le faut certes tenir pour le plus propre et le plus excellent ( selon le jargon et la portée humaine , car il faut croire qu'entre les Anges il y en a d'autres plus propres et excellens , selon leur condition et portée plus haute ) tant par sa signification , qui emporte selon S. Thomas vne propriété essentielle, et vniuersalité , et éternelle contmuité d'essence , trois choses peculieres à Dieu , incommunicables à la créature, que pour ce que Dieu luy mesmes l'a reuelé, et ce h Moyse, au plus grand et important affaire qu'il luy commettoit, à la demande qu'il luy fit de son nom, sans lequel il ne pouiioit exploiter sa charge; et auec ces mots : que c'estoit son grand nom Eternel et mémorable à iaraais. l'ay esté long en ce nom de Dieu; Pour le conclure et reuenir, ie dis, que comme Dieu est incognoissable aussi est-il ineffable et innominable.

C'est aussi pourquoy,: et à la suite de ces deux in-

cognoissable et ineffable , tous les sages ont enseigné qu'il failoit parler peu, sobrement, craintiuement et pudiquement de Dieu, sobriè , timide, verecundè : in nulla re verecundiores esse dehemus (jiiàin cum de Deo loquimur : timide de Deo, etpauca dicenda sunt. Car l'on n'en parle iamais sans danger, dit le Père et Martyr S. Cyprian , Periculosum malt a lo(]iii de Deo , etiam ver a dicentem. Car encores que l'on en parle très honorablement et en très bonne intention, si est ce quenostre imagination ne peut arriuer au sens et au degré qu'il faut; ioinct que l'honneur et le respect que nous deuons à Dieu ne permet pas que nous parli ons de luy légèrement, indifféremment; ce que les anciens ont voulu signifier en défendant de porter l'image de Dieu au doigt, ou en anneau , in annûlo Jiguram Dei ne gestato.

■'.Farquoy après tous ces moyens de cognoistre , nommer et parler de Dien , courts et insuffisans , nous disons qu'il y en a vu autre plus noble , plus riche et honorable, plus agréable à Dieu, et plus asseuré pour nous , qui ne se traite en l'escholle, ny ne consiste en paroles et préceptes , au pris duquel tous les precedens ne sont que rudimens préparatifs et grossiers exercices. C'est une sérieuse , cordiale , humble et silentieuse estimation, admiration, adoration , qui naist d'vne saincte eleuation d'ame ; par laquelle nostre esprit après auoir guindé et monté de toute sa force son imagination à la conception de la plushaute, plus grande et parfaite bonté, puissance,

3^o SUR LA COGNOISSANCE

sagesse, majesté, perfection qu'il peut; puis recognoissant que tout cela n'est encores rien , et que toutesfois il ne peut aller plus auant, ny monter plus haut (car c'est un abysme sans fin , sans fonds, et sans bord), il demeure comme en extase, tout estonné, tout transi : Geste façon fait tarir les discours et la parole en la bouche , saisit toute l'ame , la remplit et l'inuestit d'vne très grande reuerence, respect, adoration , amour , deuotion enuers ceste infinité de perfections, dont elle demeure toute prise, percluse, ou bien eslance et esclate des exclamations : ô estre des estres! ô cause éternelle ! ô mer , abysme, infinité de biens ! comme faisoit vn grand contemplatif qui les yeux fichez au Ciel , le cœur rauy en Dieu , s'escrioit par plusieurs fois réitérées , ô Dieu ! ô Dieu !

Les parties de ceste excellente cognoissance , sont premièrement vne consciencieuse ignorance, que nous apprenons, sentons, recognoissons par l'insuffisance et foiblesse de tous les autres susdits moyens. Ignorance très docte , qui surpasse toute science, car combien que l'ignorance soit vu défaut , vne laideur , vne place vuide et difforme en l'ame, mais en ceste affaire elle est au throsne et lict d'honneur. C'est vne souueraine science et sagesse, par laquelle nous recognoissons fidellement et humblement que Dieu est ce qui ne peut , ny ne doit estre conceu ny imaginé par aucun esprit créé et fiiiy. Dont tous les Sages ont dit , que Dieu se cognoissoit mieux par ignorance que par

science. Que bien le cognoistre , c'est sçauoir , que l'on ne le peut, ny Tonne le doit cognoistre, Melius scitur nescîendo, Perfecta Dei ignoratio, ver a est eius cogniiio. Tune verè de Deo aliçuid eognoscimus , cum illud cognosci non posse seniinius.

Que les plus beaux et asseurez mots, sont ceux qui le disent Estre et Sur-Estre, expriment ensemble, et sa grandeur etnostre petitesse et ignorance, comme infiny , incompréhensible , ineffable , (juœ dicunt esse et superesse. Il y a , dit la Philosophie , mesme moyen de cognoistre la plus haute, parfaite, souueraine chose , comme la plus basse et imparfaite : Contrariorum eadem disciplina; Dieu , comme la matière première , laquelle est cogneuë et descrite en la Métaphysique par négation et ignorance : humana cogiiatio materiam ignorando noscit, et noscendo ignorât; Celuy qui est par dessus tout , comme ce qui est , au dessous de tout ; Dieu comme le rien, la priuation , les ténèbres , lesquelles nous apperceuons ne voyant rien , et voyant ne les pouuons apperceuoir. Nous auons dit cy-dessus que la grandeur et infinité incompréhensible de Dieu empesche de le cognoistre et en parler. Nous disons maintenant que c'est par-là que nous le cognoissons mieux. Nous auons dit aussi que Dieu est fort cognoissable , et qu'à l'exemple du Soleil et de nostre veuë , de force qu'il estoît cognoissable , il en estoit incognoissable. Maintenant nous disons, que de ce , et parce qu'il est du tout incognoissable , il

est cognoissable : car le bien cognoistre, c'est sçaaoir que l'on ne le peut cognoistre. Voilà comment ce qui nous empeschoit et destournoit d'aller h luy, et le cognoistre , nous sert maintenant d'esclielle pour monter à luy, et d'ayde à le cognoistre.

Ceste telle ignorance nous meine à vne admiration (ignorance est mère d'admiration) par laquelle l'ame demeure toute transie, estonnee, et rauie , et en vn silence plein de respect et d'humilité , silence treseloquent. Melius de Deo dicimus si sub formidiiie admiranâo tacemus. De Deo facundîus locjuiinur , cum ohstiipescendo reticemus. Deus îneffabilis, non dicendo silentio expnniendus. Arcanum dminitaûsquodoninem inlellectum transcendit , sacris animi venerationihus , inejfahili et casto honoremus silentio. Tibi, o Deus! silentium laus.

Ceste façon de s'exercer en la cognoissance de Dieu est en soy noble et excellente, comme il se void, pour nous tres-asseuree , car elle est sans aucune affirmation, détermination, prescription à Dieu plus honorable; c'est le souuerain et dernier moyen d'honorer, comme qui diroit d'vne beauté qu'elle ne se peut tirer au pinceau , ny représenter par aucun artifice, ny s'exprimer par paroUes, la loiieroit beaucoup plus que la vouloir descrire par aucun de ces moyens. Le Philosophe interrogé et sommé par le Roy de luy dire qui c'estoit que Dieu , demanda terme de trois iours, lesquels expirez, demanda encore pareil delay , après lequel renouuella encores sa demande , donnant

à entendre par toutes ces remises et délais, que c'estoit chose qui ne se pouuoit dire. Le peintre qui voulut représenter en vn tableau le deuil mené en la mort et aux funérailles d'ïphigenia, ayant tire' les visages de ses parens et amis fort tristes et esplorez , puis celuy de la raere encore beaucoup plus désolée, auquel il espuisa toute son industrie et suffisance, enfin voulant tirer celuy du père , et le représenter pour garder la vérité de l'histoire encores plus abatu et comblé de tristesse que celuy de la mère, et ne pouuant, couurit à escient sa face d'vn voile , confessant par là de bonne foy , que l'art et l'industrie luy manquoit à dignement represententel' vne telle extrémité de douleur.

Ainsi est il requis et tres-digne de recognoistre nostre foiblesse et impossibilité, et confesser que toutes nos pensées et conceptions ( combien plus les paroles) les plus saintes et plus hautes, qui puissent estre , demeurent infiniement au dessous de ceste infinie Majesté incognoissable , et parce nous couurir du voile et ombrage de ceste saincte, humble et consciencieuse ignorance , plus pie , plus docte , plus honorable , et agréable à Dieu , plus asseurée que tous les discours que Ion en pourroit faire , qui nous apprend à parler peu , et penser beaucoup de Dieu , penser, dis-je, auec vne humble, craintiue, pudique, secrette admiration , estimation , adoration cordiale , et ardente affection de luy plaire , et estre en sa grâce ;c'est ce qui est tant dit, l'adorer en l'esprit et vérité,

Dieu demande et cherche tels adorateurs et cognoissans, Pater taies quœnt adoratores , et les désire tels et demande, car ils sont fort rares ; c'est ce que le Fils de Dieu uous a voulu faire sentir en ce mot.

Geste façon de faire ne plaist et ne contente gueres les superstitieux , lesquels veulent parler, descrire et peindre Dieu , voire s'ils pouuoient le palper, manier et accommoder à leurs desseins et imaginations : Ils veulent et imaginent vne diuinité toute humaine, souple et affublée de passions , et semble que l'on la leur emporte et enleue , si on les empesche de la conceuoir telle ; Pensent que c'est mescroire Dieu que de le conceuoir autre, et le contempler nuëment en ceste haute spirituelle manière , que nous auons dit : Car s'ils n'agissent auec Dieu d'vne manière grossière , sordide, et charnelle, et telle qu'vn homme d'honneur et de qualité s'en sentiroit offense' , et indignement traité, ils ne sont pas contens , et leur semble qu'ils sont sans reHgion. Yoila d'où deviennent tant de fols et insenseZ erreurs et l'idolâtrie par le monde ; Car si l'on veut bien iuger l'on trouuera que tous les mescontes et fautes qui se commettent en la religion , et peut estre au monde, viennent et sourdent de Ce que l'on n'estime pas assez Dieu , c'est à dire, que l'on ne le cognoist pas. Religion est cognoistre et seruir Dieu ; mais le second dépend et suit la condition du premier. Si l'on mescognoistDieu , que l'on le prenne pour autre qu'il n'est , comme faict la plus part du

. monde, comment le pourra-on bien servir, adorer, ayraer , craindre , honorer , prier , inuoquer ? Car toutes ces choses doiuent estre niuelees et réglées à la cognoissance. Il faudra dire comme aux Athéniens, vous ne sçauez ce que vous adorez. L'on se peine à le seruir, et non à le cognoistre , et Ton le sert sans le cognoistre. C'est pourquoy y a grand danger qu'ils perdent leur peine , et qu'on ne leur en sçache ny gré ny grâce. Si l'on se peinoit autant à le bien cognoistre, comme on fait souuent à le mal seruir , la belle chose ! Mais à cela il faut l'esprit tout entier pur et subtil ^ et à cecy l'on n'y fournit gueres que le corps. Quelles pensées et imaginations , ie vous prie , a-on de la diuinité? Combien viles, lasches, chetiues et indignes ! l'on ne le cuide pas ainsi , et l'on ne le sent pas ; et comme ils l'imaginent, de mesme ils en parlent et le seruent , aussi ne sçauroient-ils autiement, comme ^ m'a esté dict,par là l'on cognoist ce que l'on en pense, et l'on en croit. Escoutons le monde parler de Dieu, ne diroit-on pas que c'est de quelque petit luge de village, regardons comme ils le seruent, comme ils traitent et agissent auec luy , tant en public qu'en priué. Certes vn homme de qualité et d'honneur s'en sentiroit intéressé ; l'ay pensé mille et mille fois en moy-mesme les voyant fort empressez à leur seruice , si Dieu prend plaisir en ces gens icy et en leur seruice, comme ils cuident, de quel naturel doil-il estre ? certes il y a bien à penser et à douter. îene puis croire

qu'eux mesmes vousissent estre ainsi traitez et seruis en leur petit faict. Les vns l'imaginent graue, seuere, chagrin , exact , guettant les gens au pas , les prenant au pied leue', difficile à contenter : C'est pourquoy ils le redoutent, s'en deffient, tremblent, demeurent transis. Les autres , ou bien ceux-là mesmes vne autre fois , le croyent indulgent , facile , ne soignant les choses que laschement, aussi se portent-ils enuers luy assez nonchalamment. Les vns doutent s'il pourra, ou voudra , ou sçaura bien. Pour pratiquer et gaigner sa bonne grâce, ils tiennent diuerses voyes, les vns s'y portent comme enuers vn lasclie , foible , efféminé , le pensent contenter de mines, le flattent, carressent, courtisent par des stances, assistances, contenances , paroles certaines et prescrites qu'ils font et disent sans autrement y auoir le cœur, pensant que cela est nécessaire, et qu'il vaut de soy et paye , ex operalo, et que la bonne pensée seule ne seruiroit de rien, car elle n'apparoistroit pas, seroit sombre et sans bruit : s'il ny a du remuement nostre cas ne vaut rien ce nous semble : Les autres n'en demeurent pas là , car ils se tuent iour et nuict pour esmouuoir et adoucir le plus dur et acéré cœur : Aucuns entrent en marché et composition auec luy : Autres le pensent fort gratiiier et obliger ; voire y en a qui entreprennent de déguiser , sophistiquer , et faire des fins auec luy : Mais tous parlent de luy hardiment , résolument , affirraatiuement, et de sa na-

ture, et de ses œuures, le nomment promiscuëment, indifféremment, en iugent selon lem^ humeur , luy demandent et le pressent de choses qu'ils auroient honte d'en parler à vn homme d'honneur, voire à leur aray. Des partis contraires et ennemis , chacun le prie h sa faueur et profit, et au desaduantage de sa partie, et tasche de L'attirer à sa cordelle. Chacun dit tout haut, et hostes superare , mot qui n'est point de l'Eglise , (juœ multa tolérât quœ non prohat. Ils croiront bien d'vn homme graue et bien sage , qu'il est tousiours lemesme, ferme, constant, vniforme, qu'il ne s'esmeut et ne se change pour aucune chose qui tempesle h l'eritoar de luy , inflexible aux larmes, supplications, presens , menaces, submissions, tourmens, tousiours se portant droict selon la raison et l'équité ou la Loy , mais de Dieu ne le veulent pas croire. Bref, au lieu d'aller et monter à Dieu pour le cognoistre , ils le rauallent , le font venir et s'accommoder à eux : au lieu de se despoiiiller de toute conception et imagination charnelle et basse , se purifier , subtiliser et esleuer son corps pour auoir accez à la diuinité , ils le coiffent, l'affeublent , et l'inuestissent de leurs passions et affections propres, et chacun à sa guise le grossissent, l'entlent, et corporahsent pour l'approcher d'eux-mesmes. C'est certes chose honteuse et déplorable de si fort mescognoistre Dieu , si grossièrement et charnellement penser , sentir , parier de la Diuinité, et de raesmes la seruir et adorer. l'e»

donne icy aduertissement, et fermant ce premier discours ie conuie h rentrer en soy-mesme, et adorer Dieu en esprit et vérité par toutes les plus sainctes et hautes conceptions et imaginations de perfection que Ton pourra, auec resolution que tout cela et encores plus si Ton peut , demeure infmiement au dessous de celuy qui est du tout incognoissable à la créature, et ne peut estre cognu que de luy-mesme , et ce faisant s'offrir et resigner purement et simplement à luy , désirer de tout son cœur , et luy demander d' estre en sa grâce, car c'est le souuerain bien : et cecy est la vraye religion.

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DISCOVRS CHRESTIENC),

qu'il n'est permis AV SVBIET,

POVR QVELQVE CAVSE ET RAISON QVE CE SOIT, DE SE tlGVER, BANDER, ET REBELLER CONTRE SON ROY.

Extraîct d'vne Lettre escrite à vn Docteur de la Sorbonne en Auril i58g, par P. Charron^ Parisien, Chantre et Chanoine théologal en l'Eglise de Condom.

iVlAIsie voudrolsbien sauoir ce qu'il vous semble de ce temps : Cette agitation publique, quand bien les monstrueux , horribles et sanglans exploits en seroient hors, ne nous afflige-elle pas? Parla grâce de Dieu, quant à mon particulier, i'en ay bon marché, au regard de tant d'autres. Mais les secousses et atteintes qu'en reçoit et souffre mon imagination, sont telles que tout le reste qui est en moy en vaut beaucoup

* Ce Discours fut écrit, au milieu des troubles civils, quatre mois avant Tassassinat de Henri III , par Jacques Clément.

On y verra quelles étaient, dans ces terribles circonstances , les opinions politiques de Charron ; opinions qu'il développa ensuite dans son Traité de la Sagesse , liv. m , chap. iv. et xvi.

35o DISCOURS CHRETIEN,

moins. Il semble que ce n'est pas la raison d'en estre du tout exempt : si voudrois-je estre caclié en quelque coin, pour n'entendre rien qu'après tout faict , et pour que l'on m'en fist des comptes. Laissons cela , et venons à ce qui est de la conscience. le me confesseray à vous, et diray tout franchement ce qui m'en semble. Vn temps a este' que ie marchandois d' estre de la Ligue , et y ay mis vn pied dedans. Car en vérité ie n'en fus iaraais du tout, ny résolument, voire leurs actions m'ont outrément offensé. Ce qui m'y auoit poussé , estoit principalement le faict de Blois qui m'a fort affligé, non pour autre raison que pour le défaut, que ie trouuois en la manière et procédure de l'exécution. Or ce grand bouillon de colère et indignation estant aucunement refroidy, et là dessus ayant ouy parler des gens de toutes sortes, consultant à par moy souuent de ce qu'en conscience il en faut tenir et en croire, enfin ie me suis apperceu bien changé. Car i'ay trouué premièrement douteux, puis mauuais , finalement horrible et abominable, ce qui auparauant me sembloit non seulement tolerable, mais bon et expédient, et suis venu à auoir grosse honte de moy-mesme, pitié et compassion des autres, que ie voyois encore tremper en mon erreur. Et recherchant pourquoy le m'estois ainsi égaré, veu que je sçauois bien auparauant tout ce qui m'a fait reuenir et me desdire i'ay trouué que c'estoit la passion et la rage , et que i'auois esté en quelque opinion de

DISCOURS CHRETIEN. 35i

Ligue: i'estois tousiours comme en colère, en fièvre et émotion continue , dont i'ay bien appris à mes despens , qu'il est impossible d'estre emeu et sage tout ensemble. Le commencement de mon rauissement est venu d'vne sentence du bon Cassiodore , qui dit : Nullam salis iustam causam videri posse , aduersus pairiam arma capîendi , qui m'est reuenuë en mémoire. le ne veux point icy plaider la cause du Roy , ny entrer en accusation et iustification du Roi et de la Ligue , force petits liurets courent par tout cela. l'en ay veu quelques -vns , et par tout il me semble que l'on peut adiouster, et aux accusations et auxiuslifications, tellement que le procez n'y est pas tout. Mais ie veux que tout ce que dit la Ligue du Roy soit vray, combien que tout ce qu'ils allèguent contre luy soit ou calomnie , ou pure imposture, ou bien conjectures et diuinations pour l'aduenir, surquoy il ne seroit pas seulement permis de faire le procez au plus malotru du monde, et qui fust le plus abominable qui ait iamais esté, et que l'on puisse imaginer. Que veut-on , que peut-on , conclure de cela ? qu'il est permis ou loisible aux François de s'esleuer auec main armée contre luy ? Per ipiam re^ulam cela ? y a-il loy , règle , décision, exemple, sentence qui serue à cela? Parlons sérieusement, en conscience, comme deuant Dieu, car ie iure et proteste que ie n'ay autre considération. ïc trouue trois poincts de doctrine en TEscriture saincle, toucbant cette matière , d'obéir ou désobéir aux Sou-

uerains. Primo, nous auons commandement tres-exprez d'obéir aux Rois , addressant à tous généralement : Omnis anima potestatihus sublimioribus subdita sit. Et ce auec deux additions bien notables pour le présent : l'vne d'obéir à tous , tant bons que meschans ; car en matière d'obéissance , la bonté ou malice du Supérieur ne vient aucunement en considération , ny ne doit aduancer , ou retarder , eschauffer , ou refroidir le subjet à obéir : car le commandement et l'obligation d'obéir , est fonde' sur ce qui. est de Dieu , sçauoir sur son ordonnance , et non sur ce qui est de l'Homme ; Non est potestas nisi à Deo , et potestas à Deo ordinaia est; ita(]ue qui potestati resistit Dei ordinationi resistit. En disant toute puissance estre de Dieu , il n'en excepte ny n'en exclud pas vne , disant estre l'ordonnance de Dieu, il deffend de baisser les yeux sur les mérites ou démérites, valeur, bonté, indignité des personnes. Ce n'est pas raison que le deffaut des hommes rabatte rien de l'inuention et de l'ordonnance de Dieu. Apres cela les exemples de INabuchodonosor , Saiil, de César, en sont si exprez. Alléguer la tyrannie, meschanceté, insuffisance, nonchalance des Ptois, c'est les dire meschans, mais ils ne laissent pas d'estre vrays Rois. Or il leur faut obéir, non pource qu'ils sont bons, maispource qu'ils sont vrays , c'est à dire , légitimes : car il faut bien en toutes choses sçauoir distinguer entre vray et bon, faux etmeschant. Le Fils de Dieu dit bien que l'on se

garde des faux Prophètes, mais non pas des meschans. Ce ne seroit iamais fait, il faudroit sortir de ce monde. Au contraire, il veut que Ion obéisse aux meschans , tels qu'estoient les Scribes et Pharisiens, qui estoient meschans tout à fait , mais pource qu'ils estoient vrays et assis en la chaire de Moyse , le Fils de Dieu commande de leur obéir. L'autre addition €St , que l'obéissance leur soit rendue , non pour considération politique humaine , comme pour la nécessité, quasi malum sit necessarium , ou pour l'vtilité qui en renient à la société humaine , ou pour euiter les troubles et malheurs qui en arriueroient, si l'on vouloit désobéir et remuer rien en l'Estat, mais pour considération spirituelle et conscientieuse. Non soluni propter iram , dit S. Paul, sed etiam propier conscientîam. Et vn peu deuant il auoit dit , Qui résistant , ipsi ibi damnationein acquirunt. Yoila le premier poinct qui contient le commandement d'obéir, tres-exprez } tres-general , tres-ample et bien estoffé. Mais ce commandement est-il si absolu qu'il n'y ait aucune exception? N'y a il iamais lieu de désobéir? S'y a, et voici le second poinct. L'Escriture saincte enseigne de n'obéir point : mais c'est en vn seul certain cas , c'est quand ils commandent choses contraires à Dieu. Comment, dis-je ? Carviuent, pensent, disent, fassent les Souuerains ce qu'ils voudront contre Dieu, nature, et toute loy , cela tombe sin' leurs coffres, ce n'est pas au sujet d'y regarder, c'est crime d'en pariir. 23

1er, et d'en mesdire. Quelle audace, quelle i-age de controUer, iuger, condamner les actions, deportemens de son Souuerain ? Il n'est pas permis de le faire à l'endroit de son prochain, de son compagnon, l'Escriture le défend. Yeut-on auoir plus d'authorité et de droict sur son Roy , que le Roy n'en exerce sur ses subjects? Il ne va pas voir ny fureter aux cabinets. Cela est tres-digne de la malédiction de Cham et de Chanaam , de descouurir et publier les hontes de son Supérieur , de son Roy : mais quand non contens de viure , faire , et dire, ils veulent encores par Edicts et Ordonnances, par commandemens exprez, et par force contraindre leurs suiets à faire choses contraires à Dieu , lors et en ce cas cesse leur supériorité , leur puissance et qui subalterne à celle de Dieu, comme ils le recognoissent , se disans Rois par la grâce de Dieu. Dieu est leur supérieur , Dieu est le premier et plus ancien créancier , auquel nous sommes plutost obligez , et d'vne plus estroitte obligation, à qui nous deuons plutost payer et satisfaire : et l'on n'obeyt aux Rois, que pour obeyr à Dieu qui le commande , et les a Instalez : en tels cas la parole de Dieu nous dispense de leur obeyr , disant qu'il faut plutost obeyr à Dieu , qu'aux hommes. Et nostre Sauueur dit , qu'il ne faut point craindre ceux qui ont puissance sur le corps, et n'en ont point sur l'ame : mais bien celuy qui a puissance sur tous les deux. Mais aussi ne faut-il pas oublier, que combien qu'ils

commandent choses contraires à Dleu,et qu'en cela il ne leur faille obeïr, si ne laissent-ils pas d'estre vrais Roys , retenir leur puissance , et aulliorité , et que l'obeyssance ne leur soit deuë en toute autre chose, lulian l'Apostat persécutant la Chrestienté, de laquelle il auoit fait profession, et sous le titre de laquelle il estoit entre' en possession de l'Empire , fut recogneu vray Empereur , et obey des Chrestiens en la guerre , et toutes autres choses , sauf le renoncement de leur Religion,, comme disent sainct Ambroise et sainct Augustin, et l'histoire le discourt assez , et n'est receuable, ce qu'aucuns disent, que les Chrestiens pour lors n'estoient assez forts pour s'en faire croire. C'est par trop ignorer de l'histoire : L'armée , les légions Romaines , voire iotus orbis Romanus , estoient lors Chrestiens : Que s'il y auoit encores quelque Payen de reste, ce n'estoit pas de cent vn. Les chefs principaux et grands Capitaines estoient Chrestiens, comme il se monstre après sa mort, que sans aucune dispute ne difficulté , l'Empire fut vnanimement baillé à vn Chrestien , louian , qui auoit esté grand, et comme le premier auprès de lulian. Mais que diront-ils des Empereurs qui sont venus depuis et ont esté hérétiques, comme Valens, Zenon, Léon, Isaurique, Arrien, Anastase , Eulichien , et autres qui persecutans les Catholiques, ont toutesfois esté recognus Empereurs , et obejs des Catholiques sans dispute ny contredict? Mais ce n'est pas

assez de dire qu'il ne leur faut obeyr, car il n'en faut pas demeurer là : il faut sçauoir ce qu'il conuient faire, et apprendre les remèdes licites, iustes , et légitimes en tels cas , où en telle extrémité'. Voicy le troisipsme poinct. le trouue que l'Escriture nous en baille deux, fugere aut pati ; de troisiesme ie n'en trouue point, l'vn de ces remèdes est déguerpir, s'enfuyr, quitter le pays et la terre. L'autre de souffrir et endurer toutes choses. Le Fils de Dieu nous a enseigné tous les deux, et de parole et de faict. Si l'on vous persécute en vue ville , fuyez en vne autre : Vous estes bien-heureux si vous souffrez pour mon nom. Ainsi ont fait les gens de bien , ainsi le maistre. Ce n'est pas raison que le seruiteur et le disciple en ayent meilleur compte. Le troisiesme est de ne s'enfuyr, ny endurer, ou attendre le coup, mais de s'en faire à croire par voye de faict , de s'esleiier auec armes. Où est-il escrit ? que toute la Sorbonne me le monstre si elle peut. Or il est aisé de monstrer le contraire. Nabuchodonosor et Csesar , outre qu'ils estoient tous deux idolâtres, ils n'estoient point vrays et légitimes Rois par la voye ordinaire, mais estrangers , vsurpateurs : qui par force d'armes auoient empiété et enuahy le pays d'Israël, Roy de faict , et non de droict : tontesfois il est commandé d'obeyr à Nabuchodonosor. Et en leremie 27 sont appeliez faux Prophètes, tous ceux qui vouloient persuader au peuple de luy obeyr. Et est commandé par nostre

Saimeur de rendre à César ce qui est à luy. Et S. Paul appella à César , qui estoit Néron , le plus nieschant et malheureux qui Jamais nasquit de femme. Tout cela est bien loin de se rebeller. Les exemples susdits de Iulian l'Apostat, et autres Empereurs hérétiques aussi monstrent bien le contraire. H est permis de n'obeyr pas, et ce en vn certain cas seulement, mais se rebeller et vser de voyes de faict iamais. Entre n'obeyr pas, et guerroyer contre, il y a vn bien grand païs, comme entre obmission, et commission , entre l'enfant qui n'obeyst pas à son père qui luy commande de tuer sa mère , et l'enfant qui veut coupper la gorge à son père , et le persécute à outrance. O excellence de l'Euangille ! O pureté de la Doctrine Chrestienne ! qui nous donne vn si bon et doux tempérament en des extremitez si pressantes et désespérées, vn expédient si propre, que tout se sauue sans violence, tant contraire à la charité de mansuétude Chrestienne. Il n'y a point d'antinomie en l'Euangile : Les commanderaens d'obeyr à Dieu , ne résister au souuerain, nes'entr'empescher pour Dieu et le Pioy , sont-ils contraires? le deuoir et la force se heurtent ils? il y a bon remède, qui est en la main d'vn chacun, sans rien rompre. Es tu foible de reins? va t'en, retire toy : la terre est au Seigneur, l'on se va bien promener pour plus légères causes : fay place à l'ire , à la force , et sauue toy auec Dieu. As- tu bon cœur? iamais chose ne vient plus à propos, fay sacri-

fice à Dieu de tout ce que tu as, et de toy-mesmes= Fay dVne pierre deux coups , voire trois : haste toy de payer le tribut à nature , ensemble pour ta dernière main, fay vn notable seruice à Dieu , et vn très grand profit et perpétuel pour toy. Voyla la doctrine du Fils de Dieu. Or sus donc ie le trencbe plus court que tous les autres qui disputant, nient , excusent, conniuent, iustifient, et plaident au long, ie dis en un mot. Quand bien tout ce que la Ligue dit seroit vray , ce que non, et encores pis que tout cela : si est-ce que iamais pour quelque cause que ce soit, il n'est permis ny loisible d'vser de voye defaict contre son Souverain , ains c'est chose meschante, maudite, et pernicieuse. Maintenant quelle seuerité en leur conscience peuuent auoir tous ceux de la Ligue , d'estre ainsi furieux contre leur Koy , vray ^ naturel , et légitime : quand bien il seroit tout tel qu'ils le dépeignent ? le dis donc qu'il n'y a point de Paradis pour ceux qui sont contre le Roy , et mourant en cet estât , quand il n'y auroit autre chose à redire en eux, ils emportent auec eux leur condamnation : et pour le surpois et engregement d'icelle, ils participent à tous les meurtres , trahisons, voUeries» scandales, et meschancetez qui se commettent de toutes parts , dont ils sont cause.

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