‹ De la sagesse (volume 2)Chapitre 17 sur 164 · LIVRE HT, CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE HT, CHAPITRE X

des principales causes de la ruine des empires. — Elle est surtout pernicieuse aux princes et aux femmes; mais tdut le monde , les sages mêmes , les philosophes se laissent prendre à ses amorces. — Elle emprunte presque toujours l'air, le visage de Tamitié. Indication des moyens par lesquels on peut distinguer l'une de l'autre. — Le plus proche allié de la flatterie est le mensonge, vice odieux dont il faut extirper le germe avec soin dans la jeunesse. — La feiniise ^ la dissimulation sont des habitudes fort gênantes; il est bien plus doux de vivre ouvertement , au naturel : d'ailleurs , elles sont le plus souvent inutiles ; on ne croit bientôt plus ceux qui trompent toujours. — Sans doute , il ne faut pas dire tout ; mais ce que Ton dit , il faut le penser. Cependant un peu de dissimulation convient aux femmes : la bienséance, la pudeur leur en font im devoir ; mais c'est chose qu'on n'a pas besoin de leur apprendre.

Exemples : Alexandre le Grand ; un sénateur et Tibère ; Pindare.

TLATTElllE est un poison très dangereux à tous particuliers, et la presque unique cause de la ruine du prince et de Testât : est pire que faux tesmoignage, lequel ne corrompt pas le juge, mais le trompe seulement, lui faisant donner meschante sentence contre sa volonté' et jugement : mais la flatterie corrompt le jugement, enchante l'esprit, et le rend inhabile à plus cognoistre la vérité'. Et si le prince est une fois cor-

rompu de flatterie , il faudra meshuy '*"' que tous ceux qui sont autour de luy, s'il se veulent sauver, soient flatteurs. C'est une chose donc autant pernicieuse, comrae la vérité est excellente : car c'est corruption de la vérité. C'est aussi un vilain vice d'ame lasche , basse et belistresse *^ , aussi laid et meschant à l'homme , que l'impudence à la femme.

Ut matrona mcretrici iJispar erlt, atque Discolor, infido scurrae dlstabit amicus ^.

Aussi sont comparés les flatteurs aux putains , empoisonneurs, vendeurs d'huyle , questeurs de repues franches**, aux loups, et dict un autre sage ^, qu'il vaudroit mieux tomber entre les corbeaux que flatteurs *^.

Il y a deux sortes de gens subjects à estre flattés , c'est a dire à qui ne manquent jamais gens qui leur fournissent de cette marchandise, et qui aussi aisé-

"*" Désormais.

*'' Friponne , traîtresse.

^ « Autant une vénérable matrone diffère par la contenance , et même par les hr.bits , d'une vile courtisane , autant un véritable ami ressemble peu au flatteur parasite et sans foi. » — Hor. , L. I , Ep. XVIII , V. 2.

■^^ Chercheurs àe franche lippée^ parasites.

^ Anthisthène , dans Diogène Laërce , L. VI.

"*"•' C'est-à-dire qu'il vaudrait mieux être du nombre des dupes comme le corbeau de la fable , que du nombre des flatteurs comme le renard.

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