LIVRE III, CHAPITRE X. 3i
bientost suyvie de l'interest particulier, et en cela se cognoist ^^ : Tamy ne cherche point le sien. 2. Le flatteur est changeant et divers en ses jugemens, comme le miroir et la cire, qui reçoit toutes formes : c'est un chameleon, un polypus : faignez de louer ou vitu^ perer et hayr, il en fera tout de mesme, se pliant et accommodant selon qu'il cognoistra estre en l'ame du flatté : Tamy est ferme et constant. 3. Il se porte trop ambitieusement et chaudement en tout ce qu'il faict , au sçeu et veu du flatté, à louer et s'offrir à servir, non imitatur amicitiam , sed praeterk '^ Il ne tient pas modération aux actions externes, et au contraire au dedans il n'a aucune affection ; c'est tout au rebours de l'amy. 4> H cède et donne tous] ours le haut bput et la victoire au flatté, et luy applaudist, n'ayant autre but que de plaire , tellement qu'il loue et tout et trop, voire quelques fois à ses despens, se blasmant et humiliant, comme le luitteur qui se baisse pour mieux atterrer son compagnon. L'amy va rondement , ne se soucie s'il a le premier ou second lieu, et ne
" « Les flatteurs, dit Plutarque, ressemblent aux poux; car les poux s'en vont incontinent d'avec les morts , et abandonnent leurs corps aussitôt que le sang duquel ils se souloient nourrir , en est esteint , etc.» — Voyez le reste du passage dans le traité , comment on pourra discerner le flatteur d'avec l'ami. — Voyez aussi Lucien , dialôg. intitulé , Défense du dialogue des images.
•^ « Il n'imite pas l'amitié , il l'exagère. » — Sén. Ep. XLV.
regarde pas tant à plaire, comme d'estre utile et proffiter, soit-il doucement ou rudement; comme le bon médecin à son malade pour le guérir. 5. Il veut quelques fois usurper la liberté de l'amy à reprendre : mais c'est bien à gauche. Car il s'arrestera à de petites et légères choses , feignant n'en voir et n'en sentir de plus grandes : il fera le rude censeur contre les autres parens, serviteurs du flatté, de ce qu'ils ne font leur debvoir envers luy : ou bien feindra d'avoir entendu quelques légères accusations contre luy, et estre en grande peine d'en sçavoir la vérité de lay-mesme : et venant le flatté à les nier, ou s'en excuser, il prend de là occasion de le louer plus fort. Je m'en esbahyssois bien, dira-t-il, et ne le pouvois croire; car je voy le contraire : comment prendriez-vous de l'autruy ? Vous donnez tout le vostre et ne vous souciez d'en avoir. Ou bien se servira de reprehensions pour davantage flatter, qu'il n'a pas assez de soing de soy, n'espargne pas assez sa personne si requise au public, comme fit un sénateur à Tybere en plein sénat avec mauvaise odeur "*. 6, Bref j'achèverai par ce
'^ Tibère , tout tyran qu'il était , n'avait pourtant pas un des vices les plus communs à la tyrannie. Tacite dit que ce prince ne voulut jamais accepter le titre de père de la patrie , et qu'il reprit aigBement ceux qui l'appelaient seigneur : de sorte , ajoute l'historien , que l'on ne savait comment parler sous un prince qui haïssait la flatterie , et craignait la liberté.