‹ De la sagesse (volume 2)Chapitre 27 sur 164 · LIVRE III, CHAPITRÉ XI · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRÉ XI

ce ne sera point agréable : nemo lubenter débet qiiod non accepit, sed expressif ^^. Ce qui est accordé à force de prières est bien chèrement vendu ; non tulil gratis , qui accepit rogans; imo nihil chariîis emitur quain quod precibus^\ Celuy qui prie s'humilie, se confesse inférieur, couvre son visage de honte , honore grandement celuy qu'il prie : dont disoit César, après s'estre desfait de Pompe'e, qu'il ne prestoit plus volontiers l'oreille, et ne se plaisoit tant en aucune chose, que d'estre prié, et à ces fins donnoit espérance à tous, voire aux ennemys , qu'ils obtiendroient tout ce qu'ils demanderoient. Les grâces sont vestues de robbes transparentes et desceintes , libres et non contrainctes. Tost etpromptement : cettui-cy semble despendre du précèdent, les bienfaicts s'estiment au pris de la volonté. Or qui demeure long-temps à secourir et donner, semble avoir esté long- temps sans le vouloir, qui tarde fecit , diîi noluit ^^. Comme au rebours la promptitude redouble le bienfaict , bis dat, qui celeriter^^. La neutralité et l'amusement qui se faict icy n'est approuvé de personne que des affronteurs. Il

^^ ce A peine on croit devoir de la reconnaissance pour un bienfait que l'on a plutôt arraché que reçu, m. — Senec. de Benefic. L. I, c I.

^7 Id. ibid. L. II , CI. — La traduction précède la" citation.

^^ Id. ibid. L. I , CI. — La traduction précède.

^9 Publius Syrus. — La traduction précède.

faut user de diligence en tout eas. Il y a donc icy cinq manières de procéder , dont les trois sont reprouvées , refuser et tard, c'est double injure : refuser tost et donner tard sont presque tout un : et y en a qui s'offenseroient moins de prompt refus , minîis decipitur, cui negatur celeriter ^°. C'est donc le bon de donner tost; mais l'excellent est d'anticiper la demande , deviner la nécessité et le désir ^'.

Sans espérance de reddition : c'est où gist principalement la force et vertu du bienfaict. Si c'est vertu, elle n'est point mercenaire, tune est virtus dare bénéficia non reditura ^^. Le bienfaict est moins richement assigné, où y a rétrogradation et reflexion : mais quand iPn'y a point de lieu de revanche, voire l'on ne sçait d'où vient le bien , là le bienfaict est justement en son •lustre. Si l'on regarde à la pareille, l'on donnera tard et à peu. Or il vaut beaucoup mieux renoncer à toute pareille, que laisser à bien faire et mériter : cherchant ce payement estranger et accidentai, l'on se prive du naturel et vray, qui est la joye et gratification interne d'avoir bien faict. Aussi ne faut-il estre prié deux fois d'une mesme chose : faire injure est de soy vilain et

^° ce Celui-là est moins trompé, qui éprouve un prômp refus. » — Publius Syrus.

^' Dwînanda cujusque voluntas, Senec. de Benef. L. II, c. II.

^^^ Senec. de Benef. L. I , c. l. — '■ La traduction est dans la première plirase du paragraphe.

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