‹ De la sagesse (volume 2)Chapitre 29 sur 164 · LIVRE III, CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE XI

pouvant, ou qui pis est, ne voulant tenir, et remettant à vuider la difficulté au poinct de l'exécution, ils se fient que plusieurs choses arriveront qui pourront empescher et troubler l'effect de la promesse, et ainsi délivreront le prometteur de son obligation; ou bien estant question de tenir, l'on trouvera des excuses et des eschappatoires , et cependant contentent pour l'heure le demandeur. Mais tout cela est reprouvé ; il ne faut accorder ny promettre que ce que l'on peut, doibt et veut tenir. Et se trouvant entre ces deux dangers de mal promettre, car il est ou injuste, 0}\ ^ indigne et messeant, ou faire un refus qui irritera et causera quelque sédition ou ruine, l'advis est de rompre le coup, ou en dilayant *^^ la response, ou bien composant tellement la promesse en termes généraux ou ambigus, qu'elle n'oblige point précisément. Il y a icy de la subtilité et finesse, esloignée de la franchise, mais l'injustice du demandeur en est cause et le mérite. D'un cueur humain et affection cordialle, homo sum, humanià me nihil alienum puto ^^ ; spécialement envers les affligés et indigens, c'est ce qu'on appelle miséricorde. Ceux qui n'ont cette affection, 'âçopyot et immanes^'^, sont inhumains, et marqués pour n'estre

*38 En différant.

^9 " Je suis homme , et rien de ce qui intéresse fespèce hu maine , ne doit m'ëtre étranger. »

4° « Les insensibles , les hommes au cœur dur. »

lU.

5o DE LA SAGESSE,

des bons et esleus. Mais c'est d'une forte , ferme et généreuse, et non d'une molle, efféminée et trouble'e. C'est une passion vicieuse et qui peut tomber en meschante ame, de laquelle il est parlé en son lieu; car il y a bonne et mauvaise miséricorde. Il faut secourir aux affligés sans s'affliger, et adapter à soy le mal d'autruy *^^, n'y rien ravaller de la justice et dignité, car Dieu dict ^^ qu'il ne faut point avoir pitié du povre en jugement : ainsi Dieu et les Saincts sont dicts miséricordieux et pitoyables.

<&> , Sans se jacter *^^ , en faire feste, ny bruict; c'est espèce de reproche : ces vanteries ostent tant la grâce, voire descrient et rendent odieux les bienfaicts, hoc est in odîum bénéficia perducere ^^.d t&t en ce sens qu'il est dict que le bienfacteur doibt oublier les bienfaicts ^^

Continuer et par nouveaux bienfaicts confirmer et rajeunir les vieux ( cela convie tout le monde à l'aymer et rechercher son amitié), et jamais ne se repentir des vieux, quoy qu'on sente avoir semé dans une

*^' C'est-à-dire, «■ et sans s'identifier avec l'être souffrant. >• '^^ Voyez le Lévitique, c XXiii, jlf. 3. '^'^^ Sans se vanter, sans jactance.

** Senec. de Benef. L. VII, c. XXVI. — Les mots qui précèdent contiennent la traduction du latin. |5 C'était une des maximes de Chilon :

Tu bene si quidfacias, non memintsse fus est.

AUSONE , in Ludo septem sapientium.

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