LIVRE III, CHAPITRE XI. 5i
terre stérile et ingrate, beneficiitui etiam infelicitas placent ; nusquam hœcvox , vellem nonfecisse ^^. L'ingrat ne faict tort qu'à soy : le bienfaict pour cela n'est pas perdu; c'est une chose consacrée, qui ne peut estre violée ny estreincte par le vice d'autruy. Et pource qu'un autre est meschant, ne faut pas laisser d'estre bon et continuer son office : mais qui plus est , Tœuvre du noble cueur et généreux est en continuant à bien faire, rompre et vaincre la malice et ingratitude d'autruy, et le remettre en santé; optimi viri et ingeniis animiest tamdiu ferre ingratum , donecfeceris gratum: vincit malos pertinax bonitas '*'.
Sans troubler ou importuner le recevant en sa jouyssance , comme foDt ceux qui ayant donné une dignité ou charge à quelqu'un, veulent encores après l'exercer : ou bien luy procurer un bien, pour puis en tirer tout ce qui leur plaira. Celuy qui a reçeu ce bien ne le doibt endurer, et pour ce n'est point ingrat : et le bienfacteur efface son bienfaict et cancelle*'^^ l'obliga-
4^ « Que les résultats malheureux de tes bienfaits ne te causent aucun regret, et ne dis jamais : je voudrais n'avoir pas fait cette bonne oeuvre. » — Senec. de Benefic. L. VII, c. xxvi.
'^7 « Il est d'un homme magnanime, d'une belle ame , de se conduire avec l'ingrat de manière à le forcer d'être enfin reconnaissant : la constante bonté triomphe de la méchanceté. » — Senec. de benef, L. VII , c. xxxi.
♦^^ Annulle.
tion. Un de nos Papes refusant à un Cardinal , qui le prioit peut-estre de chose injuste, et lui alléguant d'estre cause qu'il estoit Pape, repondit bien, laisse moy donc estre Pape , et ne m'oste ce que tu m'as donne ^^.
Après ces reigles et advis de bien faire, il est à sça- ^-oir qu'il y a des bienfaicts plus recevables et agréables les uns que les autres , et qui sont plus ou moins obligeans : ceux-là sont les mieux venus , qui sortent de main amie , de ceux que l'on est disposé d'aymer sans cette occasion : au contraire il est grief d'estre obligé à celuy qui ne plaist,et auquel on ne veut rien debvoir '^°. Ceux aussi qui viennent de la main de celuy qui y est aucunement obligé ; car il y a de la justice, et obligent moins. Ceux qui sont faicts en la nécessité et au grand besoing, ceux-cy ont une grande force ^^ ; ils font oublier toutes les injures et offenses passées, s'il y en avait eu, et obligent fort; comme au contraire le refus en telle saison est fort injurieux,
^9 Ce pape est Clément VII ; et le cardinal à qui il fit cette réponse, est Pompée Colonna. Ce dernier mourut l'an i532. — Voyez le trait rapporte plus au long dans Meynier, Réponses libres aux demandes curieuses, p. 27g. Bayle, Rem. B. de l'article Pompée Colonna , cite le passage de Meynier.
5o Grave tormentum est debere cui nolis. — Sencc. de benef. L. II , c. XVIII.
^' Qui beneficium accipit, magis accipit quo magis indiget, ^— Senec. de benef. L. III, c. xxxv.