‹ De la sagesse (volume 2)Chapitre 65 sur 164 · LIVRE m, CHAPITRE XIV. m · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAPITRE XIV. m

créance et manière de vivre. 0 la grande sottise et foiblesse de pen;?er que tout le monde marche, croit, diet, faict, vit et meurt comme l'on faict en son pays, comme font ces badauds, lesquels quand ils oyent reciter les mœurs et opinions d'ailleurs fort différentes ou contraires aux leurs, ils trémoussent, ils mescroyent , ou bien tout *^^ destroussement disent que c'est barbarie, tant ils sont asservis et renferme's dedans leur berceau , gens , comme Ton dict , nourris dans une bouteille, qui n'ont vu que par un trou! Or cet esprit universel se doibt acquérir de bonne heure par la diligence du maistre instructeur, puis par les voyages et communications avec les estrangers, et par la lecture des livres et histoires de toutes nations.

Finalement il doibt lui apprendre à ne rien recevoir à crédit et par authorité ^^ : c'est estre beste et se laisser conduire comme un buffle ; mais d'examiner tout avec la raison , luy proposer tout, et puis qu'il choisisse. S'il ne s^ait choisir, qu'il doubte, c'est peut-estre le meilleur, le plus sain et le plus seur, mais luy apprendre aussi à ne rien resouldre tout seul et se deffier de soy.

Après l'ame vient le corps; il en faut avoir soing tout quant et quant *^^ l'esprit, et n'en faire point à

**=' Tout ouvertement.

8^ Voyez encore le ch. ii du L. II.

*^^ En même tems que de l'esprit.

deux fois : tous deux font l'homme entier. Or il faut chasser de luy toute mollesse et délicatesse au vestir, coucher, boire, manger, le nourrir grossièrement à la peine et au travail, l'accoustumer au chaud, au froid, au vent, voire aux hazards, luy roidir et endurcir les muscles et les nerfs (aussi bien que Tame) au labeur, et de là à la douleur. : car le premier dispose au second, lahoT callum ohducit dolori ^^ ; bref le rendre verd et vigoureux, indiffèrent aux viandes et au goust. Tout cecy sert non seulement à la santé , mais aux affaires et au service public.

Venons au troisiesme chef, qui est des mœurs, auxquelles ont part et l'ame et le corps. Cecy est double, empescher les mauvaises, enter et cultiver les bonnes. Le premier est encores plus nécessaire , et auquel faut apporter plus de soing et d'attention. Il faut donc de très bonne heure, et ne sçaurait-on trop tost empescher la naissance de toutes mauvaises mœurs et complexions, spécialement ceux icy, qui sont à craindre en la jeunesse!

Mentir, vice vilain et de valets , d'ame lasche et crainctive ; et souvent la mauvaise et trop rude instruction en est cause.

Une sotte honte et foiblesse, par laquelle ils se cachent, baissent la teste, rougissent à tout propos, ne

^5 « Le travail endurcit à la douleur. » Cic. Tuscul. Quœst. L. II, c. XV.

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