‹ De la sagesse (volume 2)Chapitre 66 sur 164 · LIVRE III, CHAPITRE XIV. ii · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE XIV. ii

peuvent supporter une correction, une parole aigre sans se changer tout. H y a souvent en cela du naturel : mais il le faut corriger par estude.

Toute affectation et singularité en habits, port, marcher, parler, gestes, et toutes autres choses, c'est tesmoignage de vanité et de gloire , et qui heurte les autres , mesme en bienfaisant. Licet sapere sine pompa , sine invidîa ^^.

Sur-tout la cholere, le despit, l'opiniastreté; et pour ce il faut tenir bon, que Penfant n'obtienne jamais rien pour sa cholere ou larmes de despit ; et qu'il apprenne que ces arts lui sont du tout inutiles, voire laides et vilaines *^^ : et à ces fins il ne le faut jamais flatter. Cela les gaste et corrompt , leur apprend à se despiter, s'ils n'ont ce qu'ils veulent, et enfin les rend insolens, et que l'on n'en peut plus venir à bout. Nihil inagis reddit iracundos cjuam educatio mollis et Manda ^^.

Il faut par mesme moyen luy enter les bonnes et honnestes mœurs, et premièrement l'instruire à craindre et révérer Dieu , trembler soubs cette infinie et

8^ ce II faut être sages, mais sans pompe, sans orgueil, et sans se rendre odieux aux autres. » Sen€c. Epist. cm. — Ce sont les derniers mots de Tépitre.

"♦■^7 Charron et Montaigne font art féminin : cependant le premier le fait masculin , ci-dessous dans ce même chapitre.

^^ « Ce qui fait les caractères emportés , c'est la douceur, la mollesse de réducation. » — Senec. de Ira , L. II , c. xxi. m. 8

iilt. DE LA SAGESSE,

incognue majesté; parler rarement et très sobrement de Dieu, de sa puissance, •éternité, sagesse, volonté, et de ses œuvres , non indifféremment et à tous propos , mais craintivement , avec pudeur et tout respect ; ne disputer jamais des mystères et poincts de la religion, mais simplement croire , recevoir et observer ce que l'église enseigne et ordonne.

En second lieu , lui remplir et grossir le cueur d'ingénuité, franchise, candeur, intégrité, et l'apprendre à estre noblement et fièrement homme de bien, non servilement et mechaniquement, par craincte, ou espérance de quelque honneur, ou proffit, ou autre considération que la vertu mesme. Ces deux sont principalement pour luy-mesme.

Et pour autruy et les compagnies, le faut instruire à une douceur, soupplesse et facilité à s'accommoder à toutes gens et toutes façons, Omnis Arisiippum decuii coloT, et status et res ^^. En cecy estoit excellent Alcibiades. Qu'il apprenne à pouvoir et sçavoir faire toutes choses , voire les excès et les desbauches , si besoin g est ; mais qu'il n'ayme à faire que les bonnes. Qu'il laisse à faire le mal, non a faulte de courage, ny de force et de science , mais de volonté, multum inierest uirum peccare cjuis noUt, aut nesciat ^°.

89 « Aristippe s'accommodait de tout ; de toirt état , de toute manière de 1 vivre. » Horace , Ep. xvil du L. I , y. 25.

9° Senec. Epist. XC. Sub fine. — La citation est précédée d'une traduction ou plutôt d'une paraphrase du passage.

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