LIVRE III, CHAPITRE XV. laS
Vice ny obeyssance , mais seulement quelque travail et industrie pour argent; et n'a-t-on sur eux aucune correction ny commandement.
Les debvoirs des maistres envers leurs serviteurs, tant esclaves que valets , sont ne les traicter cruellement, se souvenant qu'ils sont hommes et de mesme nature qu'eux ^ , que la seule fortune y a mis la différence , laquelle est variable et se joue à faire les grands petits, et les petits grands. Dont la distance n'est pas telle, qu'il les faille rebuter si loing, sunt homines contuhemales , humiles amici, conservi, ae(jue foriunae suhjecii ^ Traicter humainement ses serviteurs, et chercher plustost à se faire aymer que craindre, est tesmoignage de bonne nature : les rudoyer par trop monstre une ame cruelle , et que la volonté est toute
* Vis tu cogitare , dit Sénèque , îstum quem seroum tuum vocas y ex iisdem seminibus urtum, eodemfrui cœlo , œque spirare , œque vhere , œque mon. — Epist. XLVil.
^ Charron , pour abréger, n'a pas cité exactement le texte de Sénèque. — On va voir que , dans l'original , ce passage a bien plus de vigueur , et même de clarté. Seivisunt F imo coniubernales. Servi sunt F imo hum,iles amici. Seroi sunt F imo conservi , si cogitaoeris tantumdem in utrosque licere fortunœ. « Ce sont des esclaves! non, mais des hommes qui vivent sous le même toit que vous : ce sont des esclaves ! dites des amis pauvres : ce sont des esclaves! vous les appellerez des compagnons d'esclavage , si vous songez à tout ce que peut la fortune et sur eux et sur vous. » Epist. XLVll, initio.
pareille envers les autres hommes, mais que le deffaut de puissance empesche l'exécution. Aussi avoir soing de leur santé, et instruction de ce qui est requis pour leur bien et salut.
Les debvoirs des serviteurs sont honorer et craindre leurs maistres , quels qu'ils soient , et leur rendre obeyssance et fidélité, les servant non par acquit, au dehors seulement et par contenance , mais cordialement, sérieusement, par conscience et sans feincte. Nous lisons de très beaux, nobles et généreux services avoir esté faicts par aucuns à leurs maistres '^, jusques à avoir employé leur vie pour sauver celle de de leurs maistres, ou leur honneur.
^ Voyez dans Plutarque , Vie de Marins , la belle action des esclaves de Cornutus.
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