‹ De la sagesse (volume 2)Chapitre 79 sur 164 · LIVRE III, CHAPITRE XVI. i · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE XVI. i

l'image de Dieu , ordonne's et establis par luy , dont font très mal ceui qui en detractentet en parlent mal, engeance de Cham et Chanaam. i. Rendre obejssance , sous laquelle sont comprins plusieurs debvoirs , comme aller à la guerre, payer les tributs et imposts mis sus par leur autborité. 3. Leur désirer tout bien et prospérité, et prier Dieu pour eux.

Mais la question est, s'il faut rendre ces trois droicts généralement à tous princes, si aux mescbâns , aux tyrans. La décision de cecy ne se peut faire en un mot : il faut distinguer. Le prince est tyran et mescbant, ou à l'entrée, ou en exercice. Si à l'entrée, c'est à dire qu'il envahisse la souveraineté par force et de sa propre autborité, sans droict aucun , soit-il au r^ste bon ou meschant (et c'est en ce sens que se doibt prendre ce mot de tyran) c'est sans double qu'il luy faut résister, ou par voye de justice, s'il y a tempset lieu , ou par voye de faict '°; et y avoit anciennement entre les Grecs, dict Ciceron, loyers et bonneurs de-

"* Le jésuite Mariana est du même sentiment ; il dit que, selon les théologiens et les philosophes , un prince qui , de vive force et sans le consentement de la nation, s'est saisi de la souveraineté, est un homme à qui chaque particulier est en droit d'ôter la vie : perîmi a quocunque, vita et principatu spoh'ari passe. — Mariana, de Rege et Régis. Instituiione. L. I , cap. vi. L'ouvrage est imprimé à Tolède , en 1598, avec privilège du

roi.

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cernés à ceux qui en deslivroient le public ". Et ne se peut dire que ce soit résister au prince , ne l'estant encores nj de droict ny de faict, puis qu'il n'est reçeu ny recognu.

Si en l'exercice, c'est à dire qu'il soit entré duement, mais qu'il commande induement, cruellement et meschamment, c'est à dire, selon le jargon du vulgaire, tyranniquement, il vient encores à distinguer : car il peut estre tel en trois manières, et à chascuny a advis particulier, i. L'une est en violant les loix de Dieu et de nature '^, c'est à dire contre la religion du pays , commandemens de Dieu , et forçant les consciences '"*. En ce cas il ne luy faut pas rendre l'obeyssance, suyvant les axiomes saincts, qu'il faut plustost obeyr à Dieu qu'aux hommes, et plus craindre celuy qui a puissance sur l'homme entier, que ceux qui n'en ont que sur la moindre partie. Mais aussi ne se faut-il pas eslever contre lui par voye de faict qui

' ' Grceci homines Deorum honores tribuunt iis viris qui tyrannos necavenint. — Cicer. pro Milone , n. 80.

" Voyez encore à ce sujet , ce qui a été dit ci- dessus , c. IV, de la Tyrannie et Rébellion , §. X.

'3 II n'y a point de tyrannie plus exécrable que celle que le prince veut exercer sur les consciences. Rien n'est plus contraire à la morale de l'évangile et à la voix de la raison ; aussi Tertullien disait très-bien : Non religionis est cogère religionem quœ sponic suscipi debeat, nonvi, etc. — Tertull. ad ScapuL cap. lï.

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