LIVRE III, CHAPITRE XVI. i
est l'autre extrémité ' '^ ; ains tenir la voye du milieu , qui est s'enfuyr ou souffrir,yL^^r^ autpati^^, les deux remèdes nomme's par la doctrine de vérité en telles extrémités. 2. L'autre moins mauvaise, qui ne touche les consciences, mais seulement les corps et les biens, est en abusant des subjects, leur déniant justice, ravissant la liberté des personnes et la propriété des biens. Auquel cas il faut avec patience et recognoissance de l'ire de Dieu , rendre les trois debvoirs susdicts, honneur, obeyssance, vœux et prières, et se souvenir de trois choses, que toute puissance est de Dieu, et qui résiste à la puissance, résiste à l'ordonnance
'^ Mariana , cité plus haut , va bienplus loin que Charron. Il dit que si un prince créé légitimement , ou successeur légitime de ses ancêtres , renverse la religion et les lois publiques, >! faut s'en défaire par les voies les plus sûres ; que le moyen le plus court et le plus sûr est d'assembler les états , de le déposer dans cette assemblée , d'ordonner qu'on prendra les armes contre lui , etc. ; qu'on peut faire mourir un tel prince, et que tout particulier a droit de le tuer. Principem, puhlicum hostem declaratum ferro périmera , eadem facultas esta cuicunque prwaio , etc. — Mariana , de Rege et Régis Institutione. L. I , c. VI. Tout cela est une conséquence du principe qu'il pose , que l'autorité du peuple est supérieure à celle des rois. Non ita in principem jura potestatis transiulit, dit-il , en parlant du peuple, ut non sibi majorem. reseroarit potestatem.
'^ «Fuir Ou souffrir ». Tertullien, de Fuga in persecutione. — Voici le passage tel qu'on le trouve dans ce Père : Aiit pati enim nos voluit persecutiànem , aut fugere.
ï36 DE LA SAGESSE,
de Dieu ; pnncipi summum rerum iudicium Dîîdederunt, Suhditis ohsequii gloria rellcia est : — bonos principes voto expetere , qualescumque tolerare *^ : et qu'il ne faut pas obeyr au supérieur, pource qu'il est cligne et dignement commande, mais pource qu'il est supérieur; non pource qu'il est bon , mais pource qu'il est vrây et légitime. Il y a bien grande différence entre vray et bon , tout ainsi qu'il faut obeyr à la loy, non pource qu'elle est bonne et juste, mais tout simplement pource qu'elle est loy. 2. Que Dieu faict régner Thypocrite pour les peche's du peuple, et l'impie au jour de sa fureur; que le meschant prince est l'instrument de sa justice , dont le faut souffrir comme les autres maux que le ciel nous envoyé : quomodo sterilitatem aut nimios imhres et caetera naturae mala , sic luxum et avaritîam dominantium tolerare '^ 3. Les exemples de Saiil , Nabucliodonosor, de plusieurs empereurs avant Constantin, et quelques autres depuis luy, meschans, tyrans au possible : auxquels toutesfois ces trois deb-
'** « Les Dieux ont donné au prince l'autorîté suprême : ils ont laissé aux sujets la gloire de l'obéissance. — On peut faire des vœux p'our que les princes soient bons , mais il faut les supporter quels qu'ils soient 55. Tacit. Annal. L. VI, c. VIII. — ■ Id. Hist. L. iV, c. VIII.
'7 « Supporter ou le luxe ou l'avarice de ceux qui commandent, comme on supporte ou les trop grandes sécheresses ou les pluies excessives , et tous les autres fléaux du ciel w- Tacit. Bist. L. IV, c. xiv.