LIVRE m, CHAPITRE XVII. i^S
se souvenant qu'il n'est à soy, maïs à tous, et serviteur du public, magna serçitus , magna foriuna ^. A cette cause la loy de Moyse vculoit que les juges et les jugemens se tinssent aux portes des villes , affni qu'il fust aysé à chascun de s'y adresser ^.
3. Il doibt aussi esgalement recevoir et escouter tous, grands et petits, riches et povres, estre ouvert à tous , dont un sage le compare à l'autel, auquel on s'adresse estant pressé et affligé, pour y recevoir du secours et de la consolation.
4. Mais ne se communiquer point h plusieurs , et ne se familiariser si ce n'est avec fort peu , et iceux bien sages et sensés , et secrettemcnt : car cela avilit l'authorité, trouble et relasche la fermeté et vigueur nécessaire. Cleon appelle au gouvernement du public, assembla tous ses amys, et renonça à leur amitié, comme incompatible avec sa charge; car, dict Ciceron, celuy despouille le personnage d'amy qui sousfient celuy de juge '".
5. Son office est principalement en deux choses, soustenir et garder l'honneur, la dignité et le droict de son souverain , et du public qu'il représente : ge-
8 a Une grande fortune n'est qu'une grande servitude w. — Senec. Consolât, ad Polyb. c. xxvi.
9 Dealer, c. XVI, f. 18.
'° Ponlt enim personam amici , quum. induit judicis. Cicer. (h Ojfic. L. llï , c. X , n. 4-3.
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i|6 DE Lk SAGESSE,
rere personam civitatis , ejus dignitaîem et decus sustinere ", avec authorité et une douce sévérité'.
6. Puis comme bon et loyal truchement et ofticier du prince, faire garder exactement sa volonté, c'est à dire la loy, de laquelle il est exacteur, et est sa charge de la faire observer à tous , dont il est appelle la loy vive, la loy parlante '".
7. Combien que le magistrat doive prudemment attremper *''' la douceur avec la rigueur, si vaut-il mieux un magistrat severe et rigoureux qu'un doux, facile et pitoyable : et Dieu deffend d'avoir pitié en jugement. Le severe retient les subjects en l'obeyssance des loix : le doux et piteux faict mespriser les loix, et les magistrats, et le prince qui à faict tous deux. Bref pour bien s'acquitter de cette charge , il
" ce Ce dont il doit se pénétrer , c^ est qu'il représente la cité elle-même , et qu'il doit en soutenir la dignité et l'honneur yy. Cicer. de Offic'.'h. I , c xxxiv, n. 124.
'^ Cela est pris de Cicéron dont voici les paroles : Vt enim magistratibus leges, lia populo prosunt magîstratus ; vereque dici potest Tnagîstratum legemesse locjuentem ^ legem autem mutum magistratum . — Cicer. de Legib. L. IIÎ, n. 2.. Avant Cicéron, Platon avait dit : a Où la loi est sans force et soumise à ceux qui gouvernent, je vois la ruine prochaine et inévitable delà cité; au contraire , partout où la loi est seule souveraine, et où les magistrats sont ses premiers sujets , avec le salut public j'y vois l'assemblage de tous les biens que les Dieux onl jamais versés sur les états ». Platon, des Lois , L. IV.
-^^^ Mêler.