‹ De la sagesse (volume 2)Chapitre 92 sur 164 · LIVRE III, CHAPITRE XIX. i · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE XIX. i

tîve est appellëe simplement vertu. C'est la plus difficile, la plus glorieuse, qui produict de plus grands, esclatans et excellens effects : elle comprend magnanimité , patience , constance, persévérance invincible, vertus héroïques , dont plusieurs ont recherché les maux avec faim , pour en venir à ce noble exercice. Cette vertu est le rempart imprenable , le harnois complet , l'armure acérée et à l'épreuve à tous accidens : munimentum imheciïlitatis humanae inexpugnabile ; quod qui cîrcumdedit sibi , securus in hac vitae ûbsidione. perdurât ^.

Mais pource que plusieurs se mescomptent et imaginent des faulses et bastardes vaillances, au lieu de l'unique vraye vertu, je veux, en expliquant plus au long sa nature et définition, secouer et rejetter les erreurs populaires qui se fourrent icy. Nous remarquerons donc en cette vertu quatre conditions. La première est généralement et indifféremment contre toutes sortes de difficultés et dangers, parquoy faillent ceux qui n'estiment autre vaillance que la militaire, laquelle seule ils mettent en prix , pource que peustestre elle est plus pompeuse et bruyante, et qu'elle apporte plus de réputation et de gloire, qui est la langue et la trompette de l'immortalité, car à vray

^ « C'est une forteresse inexpugnable qui garantit l'humaine faiblesse : ceux qu'elle protège n'ont rien à craindre des maux qui assiègent la vie ». — Seacc. Ep. CXlll.

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dire il y a plus d'esclat et de bruict , que de peine et danger. Or ce n'est qu'une petite parcelle et bien petit rayon de la vraye, entière, parfaicte et universelle , pour laquelle l'homme est tel seul qu'en compagnie, en un lict avec les douleurs qu'au camp, aussi peu craignant la mort en la maison qu'en l'armée. Cette militaire vaillance est pure et naturelle aux bestes , chez lesquelles elle est pareille aux femelles qu'aux masles : aux hommes elle est souvent artificielle , acquise par craincte et appréhension de captivité, de mort, de douleur, de pauvreté, desquelles choses la beste n'a point de peur. La vaillance humaine est une sage couardise, une craincte accompaignée de la science d'éviter un mal par un autre ; cholere est sa trempe et son fil, les bestes Font toute pure. Aux hommes aussi elle s'acquiert par l'usage, institution, exemple, coustume, et se trouve es âmes basses et villes : de valet et facteur de boutique se faict un bon et vaillant soldat, et souvent sans aucune teincture de la vertu et vraye vaillance philosophique.

La seconde condition, elle présuppose cognoissance, tant de la difficullë, peine et danger qu'il y a au faict qui se présente, que de la beauté, honnesteté, justice et debvoir requis en Fentreprinse ou soustenement d'iceluy; parquoy faillentceux qui mettent vaillance en une témérité inconsidérée, ou bien bestise et stupidité. Non est inconsulta temeritas nec

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