CHAPITRE XX
' Première partie des maux externes.
Sommaire. — Les maux qui viennent du dehors sont ou généraux et publics , ou privés. C'est souvent la providence qui envoie les maux publics, tels que la peste, la famine, etc. il faut s'y résigner. A quoi serviraient des plaintes et des reproches ? — Les maux privés blessent plus profondément. Ils nous affecteraient moins si nous considérions les choses sous leur véritable aspect , si nous étions moins esclaves de l'opinion. Par exemple , nous ne nous montrerions sensibles au mépris qu'on peut nous témoigner, aux offenses qu'où peut nous faire, que lorsque nous les aurions méritées par de fautes ou des faiblesses. D'ailleurs , avant de s'afiliger d'unCg offense, il faut considérer de qui elle provient. Est-ce d'nn furieux, d'un insensé, d'une femme, etc.? Ce serait folie de s'en fâcher. Ne doit-on pas s'attendre dans la société, où les intérêts sont si divers , à se voir sans cesse heurté , blessé même? Conclusion : l'homme de bien calomnié, injurié, poursuivi , n'a qu'à se réfugier dans sa conscience : il y trouvera un remède sûr contre de tels maux.
Exemple : Socrate,
Nous considérons ces maux externes en trois main. II
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nieres : en leurs causes, ce qui se fera en ce chapitre; puis en leurs effects; finalement en eux-mêmes, distinctement et particulièrement chacune espèce d'iceux ; et par-tout fournirons advis et moyens de s'affermir par vertu contre iceux.
Les causes des maux et fascheux accidens qui arrivent à un chascun de nous , sont ou publiques et générales , quand en mesme temps elles touchent plusieurs, comme peste, famine, guerre, tyrannie; et ces maux sont pour la pluspart fléaux envoyés de Dieu et du ciel, au moins la cause propre et prochaine n'est pas aysée à cognoistre ; ou particulières et cognues, sçavoir par le faict d'autruy. Ainsi l'on faict deux sortes de maux publics et privés. Or les maux publics, c'est à dire, venans de cause publique, encore qu'ils touchent un chascun en particulier, sont en divers sens plus et moins griefs , poisans et dangereux que les privés , qui ont leur cause cognue. Ils le sont plus, car ils viennent à la foule, assaillent plus impétueusement avec plus de bruict , de tempeste et de furie, ont plus grande suitte et traisnée , sont plus esclatans , produisent plus de desordre et confusion. Ils le sont moins, car la généralité et communauté semble rendre à chascun son mal moindre; c'est espèce de soûlas de n'estre seul en peine : l'on pense que c'est plustost malheur commun, ou le cours du monde, et que la cause en est naturelle , qu'affliction personnelle. Et de faict ceux que l'homme nous faict^