‹ De la sagesse (volume 2)Chapitre 97 sur 164 · LIVRE m, CHAPITRE XX. i · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAPITRE XX. i

picquent plus fort, navrent au vif, et nous altèrent beaucoup plus. Toutes les deux sortes ont leurs remèdes et consolations.

Contre les maux publics, il faut considérer de qui et par qui ils sont envoye's , et regarder à leur cause. C'est Dieu, sa providence, de laquelle vient et despeiid une nécessité absolue qui gouverne et modère tout, à laquelle tout est subject. Ce ne sont pas, à vray dire, deux loix distinctes en essence, que la providence et la destinée ou nécessité, Trpovoja xcà àvdcyv,rj*\ ne sont qu'une. La diversité est seulement en la considération et raison différente. Or gronder et se tourmenter au contraire, c'est premièrement impieté telle qu'elle ne se trouve point ailleurs; car toutes choses obeyssent doucement, l'homme seul faict l'enragé. Et puis c'est folie , car c est en vain et sans rien advancer. Si l'on ne veut suyvre cette souveraine et absolue maistresse de gré à gré , elle entraisnera et emportera tout par force : ad hoc sacramenlum adadi sumus ferre mortalia, me perturbari iis çuae vîiare nostrae potestatis non est : in régna nati sumus, Deo parère lihertas est "".

'^'^ Ces trois mots grecs sont traduits par les trois mots qui les précèdent : Trpôvota est la providence , àvayxyj est la nécessité,

"^ « C'est pour tout mortel une stricte condition de supporter tout ce qui peut atteindre les mortels ; il ne doit point se laisser troubler par les maux qu'il n'est pas en sa puissance

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Desine fata Deum flectl sperare querendo^.

Il n'y a point de meilleur remède que de vouloir ce qu'elle veut, et selon l'advis de sagesse, faire de nécessité vertu : non est aliud effugium necessitatis , quain velle (juod ipsa cogat ^. En nous voulant escrimer ou disputer contre elle, nous ne faisons qu'aigrir et irriter le mal . Laeto animo ferre (juidquid accident , quasi tihi volueris accidere ; debuisses enim velle , si scisses ex decrelo Dei ûeri^ . Outre que nous en aurons meilleur marché, nous ferons ce que nous debvons, qui est de suyvre noslre gênerai et souverain qui l'a ainsi ordonné : optimum paii (juod einendare non possis , et Deum, cjuo authore cuncta proveniunt , sine murmuratione comi-

d'éviter. Nous naissons tous sujets de la destinée ; lui obéir, c'est encore être libre « . — Senec. de Viiâ heatâ , L. XV in fine.

^ « Cesse d'espérer que tes plaintes pourront changer les décrets des dieux ». — Virg. Mneid. L. VI , y. 3j6. — Il y a dans Virgile , precando.

^ Senec. Epist. Liv. La traduction précède. Charron a changé le passage de Sénèque , pour l'adapter à son sens. Le voici tel qu'il est dans le philosophe latin : Nihil invitUs fincit sapiens , necessitaiem. effugit : quia vult quod ipsa coactura est.

5 K Supporte gaîment tout ce qui pourra t'atteindre , et même comme si tu eusses désiré que cela arrivât. Et , en effets n'aurais-tu pas dû vouloir tel ou tel événement , si tu avais été persuadé que le destin l'ayait ainsi résolu «. — Senec. Natural. Quœsi. L. III , in Prœfat.

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