‹ De la sagesseChapitre 104 sur 280 · LIVRE I, CHAPITRE XXII. i · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XXII. i

dévoient aymer : car elle a faict qu'es terres où il croist, il ne vient ny herbes, ny plantes, ny autre chose qui vaille, comme nous annonçant qu'es esprits où le désir de ce metail naistra, il ne demeurera aucune scintille *3 d'honneur ny de vertu. Que *i se dégrader jusques-là que de servir et demourer esclave de ce qui nous doiht estre subject : Apud sapientem diviliae surit in servitute , apud stultum in imperio 5. Car l'avare est aux richesses, non elles à luy; et il est dict avoir des biens comme la fièvre, laquelle tient et gourmande l'homme, non luy elle. Que d' aymer ce qui n'est bon, ny ne peust faire l'homme bon, voire est commun et en la main des plus meschans du monde, qui pervertissent souvent les bonnes mœurs , n'amendent jamais les mauvaises, sans lesquelles tant de sages ont rendu leur vie heureuse , et pour lesquelles plusieurs meschans ont eu une mort malheureuse : bref attacher le vif avec le mort, comme faisoit Mezentius6 : pour le faire languir et plus cruellement mourir, l'esprit avec l'excrément et escume de la terre, et embar-

*3 Étincelle , du latin scintilla.

*4 C'est-à-dire : « quelle folie que de se dégrader , etc. » et plus bas : « quelle folie que d'aimer, etc. » Les mots quelle folie, sont sous-entendus, parce qu'ils ont été placés trois phrases plus haut.

5 « La richesse est l'esclave du sage ; elle est le tyran de l'insensé ! » )*«««- ^c K#&l &<mUT1 ZC.

6 Le Mézence de l'Enéide.

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rasser son ame en mille tourmens et traverses qu'ameine cette passion amoureuse des biens, et s'empescher aux filets et cordages du maling, comme les , appelle l'escriture saincte , qui les descrie fort , les appellant iniques, espines, larron du cœur humain, lacqs et filets du diable , idolâtrie , racine de tous maux. Et certes qui verroit aussi bien la rouille des ennuis qu'engendrent les richesses dedans les cœurs, comme leur esclat et splendeur, elles seroient autant haïes, comme elles sontaymées. Désuni inopiné multa , avantiae omnia : in nullum avarus bonus est , in se pessimus1 .

C'est une autre contraire passion vitieuse de hayr et rejetter les biens et richesses, c'est refuser les moyens de bien faire, et pratiquer plusieurs vertus, et la peine , qui est beaucoup plus grande , à bien commander et user des richesses, que de n'en avoir point, se gouverner mieux en l'abondance, qu'en la pouvrete' *. En cette-cy n'y a qu'une espèce de vertu, qui est ne ravaller point de courage, mais se tenir ferme. En l'abondance y en a plusieurs , tempérance, modération, libéralité, diligence, prudence, etc. Là

7 « Beaucoup de choses manquent à l'indigence , tout manque à l'avarice ; l'avare n'est bon pc-ur personne , il est très-mauvais pour lui-même ». ÙtUri» JpjA»*J .

* Variantes. Qui ne sçait qu'il y a beaucoup plus à faire à bien commander et user des richiesses^qw-e de n'en avoir point, se gouverner bien en l'abondance qu'en la pouvrete.

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