‹ De la sagesseChapitre 107 sur 280 · LIVRE I, CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XXIII

part nous pousse avec violence à cette action : tout le mouvement du monde se resoult et se rend à cet accouplage de masle et de femelle, et d'autre part nous laisse accuser, cacher, et rougir pour icelle, comme insolente, deshonneste. Nous l'appelions honteuse, et les parties qui y servent honteuses. Pourquoy donc tant honteuse, puisque tant naturelle, et (se tenant en ses bornes*1) si juste, légitime, nécessaire, et que les bestes sont exemptes de cette honte ? Est-ce à cause de la contenance qui semble laide? Pourquoy laide, puisque naturelle ? au pleurer, rire, mascher, baailler, le visage se contrefaict encores plus. Est-ce pour servir de bride et d'arrest à une telle violence ? Pourquoy donc nature cause-t-elle telle violence ? Mais c'est au contraire ; la honte sert d'aiguillon et d'allumette, comme se dira. Est-ce que les instrumens d'icelles se remuent sans nostre consentement, voire contre nostre volonté ? Pour cette raison aussi les bestes en devroient avoir honte : et tant d'autres choses se remuent de soy-mesmes en nous sans nostre consentement , qui ne sont vitieuses ny honteuses, non-seulement internes et cachées, comme le pouls et mouvement du cœur, artères, poulinons, les outils et parties qui servent à l'appétit du manger, boire, descharger le cerveau, le ventre, et sont

*' Quand elle se renferme dans les bornes prescrites par les lois.

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leurs compressions et dilatations outre et souvent contre nostre advis et volonté, tesmoin les esternuemens, baaillemens, saignées, larmes, hoquets et fluxions, qui ne sont de nostre liberté : cecy est du corps; l'esprit oublie , se souvient, croist, mescroist, et la volonté mesme qui veust souvent ce que nous voudrions qu'elle ne voulust pas : mais externes et apparentes; le visage rougist, pallist, blesmist , le corps engraisse et amaigrist, le poil grisonne, noircist, blanchist, croist, se hérisse, la peau fremist , sans et contre nostre consentement. Est-ce qu'en cela vse monstre plus au vray la pouvreté et foiblesse humaine ? Si faict-elle au manger, boyre, douloir, lasser, se descharger, mourir , dont l'on n'a pas de honte. Quoy que soit, l'action n'est aucunement en soy et par nature honteuse ; elle est vrayement naturelle , et non la honte, tesmoin les bestes : que dis-je les bestes ! la nature humaine, dict la théologie, se maintenant en son premier originel estât, n'y eust senti aucune honte; comme de faict, d'où vient la honte que de foiblesse, et la foiblesse que du péché, ny ayant rien en nature et de soy honteux ? N'estant la cause de cette honte en la nature , il la faut chercher ailleurs; elle est donc artificielle. Seroit-ce point une invention forgée au cabinet de Venus pour donner prixàlabesongne, et en faire venir davantage l'envie ? C'est avec un peu d'eau allumer plus de feu, comme faict le mareschal ; c'est convier et embraser l'envie

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