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CHAPITRE XXX

Vengeance.

■Sommaire. — La vengeance est la passion des âmes viles et lâches ; elle emploie le plus souvent l'artifice et les trahisons. Pour se satisfaire , elle n'a que des moyens dangereux pour elle-même et impuissans. Tuer n'est pas se venger.

Exemples : Alexandre , César , Epaminondas , Scipion.

l^E désir de vengeance est premierementpassionlasche et efféminée d'ame foible et basse, pressée et foulée, tesmoin que les plus, foibles âmes sont les plus vindicatives et malicieuses , comme des femmes et enfans ; les fortes et généreuses n'en sentent gueres, la mes- ' '■•;..*»/• prisent et desdaignent , ou pource que l'injure ne les touche pas, ou pource que l'injuriant n'est digne qu'on s'en remue : l'on se sent beaucoup au-dessus de tout cela , Indignus Caesaris ira l . Les gresles , tonnerres et tempestes, et tout le bruit qui se faict en l'air ne trouble ny ne touebe les corps supérieurs et célestes , mais seulement les inférieurs et caduques : ainsi les indiscrétions et pétulances des fols ne heurtent point les grandes et hautes âmes. Tous les grands,

* C'est le trente-unième de la première édition. 1 «t Indigne de la colère de César ».

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Alexandre , César , Epaminonclas , Scipion , ont esté si esloignés de vengeance, qu'au contraire ils ont bienfaict à leurs ennemis.

Secondement, elle est cuisante et mordante, comme un ver qui ronge le cueur de ceux qui en sont infectés , les agite de jour, les resveille de nuict.

Elle est aussi pleine d'injustice , car elle tourmente l'innocent, et adjouste affliction. C'est à faire à celuy qui a faict l'offense , de sentir le mal et la peine que donne au cueur le désir de vengeance ; et l'offensé s'en va charger, comme s'il n'avoit pas assez de mal de l'injure ja receue ; tellement que souvent et ordinairement, cependant que cettuy-cy se tourmente à chercher les moyens de la vengeance, celuy qui a faict l'offense, rit et se donne du bon temps. Mais elle est bien y / P^us mjuste encore aux moyens de son exécution, la- 7 t)'^ ' quelle souvent se faict par trahisons et vilains artifices.

Finalement l'exécution , outre qu'elle est pénible , elle est très dangereuse ; car l'expérience nous apprend que celuy qui cherche à se venger, il ne faict pas ce qu'il veust , et son coup ne porte pas ; mais ordinairement il advient ce qu'il ne veust pas , et pensant crever un œil à son ennemy, il luy crevé tous les deux; le voilà en crainte de la justice et des amis de sa partie, en peine de se cacher et fuyr de lieu en autre.

Au reste tuer et achever son ennemy ne peust estre vengeance, mais pure cruauté qui vient de couardise

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