‹ De la sagesseChapitre 120 sur 280 · LIVRE I, CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XXX

et de crainte : se venger c'est le battre , le faire bouquer*2, et non pas l'achever : le tuant l'on ne lui faict pas ressentir son courroux, qui est la fin de la vengeance. "Voilà pourquoy l'on n'attaque pas une pierre, une beste, car elles sont incapables de gouster nostre revanche. En la vraye vengeance il faut que le vengeur y soit pour en recevoir du plaisir, et le vengé pour sentir et souffrir du desplaisir et de la repentance. Estant tue' il ne s'en peust repentir, voire il est à l'abry de tout mal, ou au rebours le vengeur est souvent en peine et en crainte. Tuer donc est tesmoignage de couardise et de crainte que l'offensé se ressentant du desplaisir, nous recherche dépareille : l'on s'en veust * défaire du tout ; et ainsi c'est quitter la fin de la vengeance et blesser sa réputation ; c'est un tour de précaution et non de courage ; c'est y procéder seurement, et non honorablement. Qui occidit longe non ulciscituT, nec gloriam assequiiur1 '.

Advis et remèdes particuliers contre ce mal sont liv. III, chap. XXXIV.

*2 Le faire bisquer, prendre la chèvre (la bique) ; ce qui prouvé que bouqucr vient de bouc , comme bisquer vient de bique. Ce mot est donc mal expliqué dans le Glossaire de la langue romane , par gronder , bouder , murmurer , embrasser I * âV&t'forck ; il ne* vient pas de bucca , bouche, comme il est dit dans ce glossaire.

3 « Celui qui tue ne savoure pas longuement la vengeance , et n'acquiert pas la gloire ».

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