CHAPITRE XXXIII
Compassion,
Sommaire. — La compassion est louable ou blâmable , selon les circonstances; louable lorsqu'elle nous porte à secourir les affligés; blâmable lorsqu'elle n'est que l'effet d'une pitié peu raisonnée. Celle-ci peut se trouver même dans les âmes les plus vicieuses.
JNous souspirons avec les affliges, compatissons à leur mal, ou pource que par un secret consentement nous participons au mal les uns des autres, ou bien que nous craignons en nous-mesmes ce qui arrive aux autres.
**Mais cecy se faict doublement, dont y a double miséricorde : l'une fort bonne , qui est de volonté' , et par effect secourir les affligés sans se troubler ou affliger soy-mesme , et sans se ramollir ou relascher de la justice ou de la dignité'. C'est la vertu tant recommandée en la religion, qui se trouve aux saincts
* C'est le trente-quatrième de la première édition.
** Variantes. Or c'est passion d'ame foible ; c'est une sotte et féminine pitié, qui vient de mollesse et foïblesse d'ams esmeue et troublée ; elle loge volontiers aux femmes, enfans , aux âmes cruelles et malicieuses.
i98 DE LA SAGESSE,
et aux sages : l'autre est une passion d'ame foible , une sotte et féminine pitié' qui vient de mollesse, trouble d'esprit, logée volontiers aux femmes, enfans , aux âmes cruelles et malicieuses ( qui sont par conséquent lasehes et couardes , comme a este' dict en la cruauté' ) , qui ont pitié' des meschans qui sont en peine, dont elle produict des effects injustes, ne regardant qu'à la fortune , estât et condition présente , et non au fonds et mérite de la cause.
Advis et remèdes particuliers contre ce mal sont liv. III, chap. XXX.