‹ De la sagesseChapitre 192 sur 280 · LIVRE I, CHAPITRE XLIII · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XLIII

d'homme à homme, que d'homme à beste6 : car un excellent animal est plus approchant de l'homme de la plus basse marche, que n'est cet homme d'un autre grand et excellent. Cette grande différence des hommes vient des qualités internes, et de la part de l'esprit, où y a tant de pièces , tant de ressorts que c'est chose infinie, et des degrés sans nombre. Il nous faut icy pour le dernier apprendre à cognoistre l'homme , par les distinctions et différences qui sont en luy : or elles sont diverses, selon qu'il y a plusieurs pièces en l'homme, plusieurs raisons et moyens de les considérer et comparer. Nous en donnerons icy cinq principales , auxquelles toutes les autres se pourront rapporter , et généralement tout ce qui est en l'homme , esprit, corps, naturel, acquit, public, privé, apparent, secret : et ainsi cette cinquiesme et dernière considération de l'homme aura cinq parties, qui seront cinq grandes et capitales distinctions des hommes ; savoir :

La première naturelle, et essentielle, et universelle de tout l'homme, esprit et corps.

La seconde naturelle et essentielle principalement; et aucunement acquise, de la force et suffisance de l'esprit.

La tierce accidentale de Testât, condition ^t devoir, tirée de la supériorité et infériorité.

6 Voyez Montaigne. L. I , chap. 42 ? inilio.

La quatriesme accidentale de la condition et profession de vie.

La cinquiesme et dernière des faveurs et desfaveurs de la nature, et de la fortune.

Page 1