CHAPITRE XLV
Seconde distinction et différence plus subtile des esprits ', et suffisances des hommes.
Sommaire. — Trois sortes d'esprits : les esprits foibles , les esprits médiocres et les esprits supérieurs. — Autre distinction des esprits : les uns agissent , avancent d'eux-mêmes,, les autres ont besoin d'être excités et poussés.
Exemples : Aristote. — Socrate et Platon.
LiETTE seconde distinction, qui regarde l'esprit et la suffisance, n'est si apparente et perceptible comme
* C'est le trente-neuvième chapitre de la première édition.
les autres , et vient tant du naturel que de l'acquit; selon laquelle y a trois sortes de gens au monde , comme trois classes et degrés d'esprits. En l'un et le plus bas sont les esprits foibles et plats, de basse et petite capacité, nais *I pour obéir., servir et estre menés, qui en effect sont simplement hommes2. Au second et moyen estage sont ceux qui sont de médiocre jugement , font profession de suffisance , science , habileté : mais qui ne se sentent et ne se jugent pas assez , s'arrestent à ce que l'on tient communément et l'on leur baille du premier coup, sans davantage s'enquérir de la vérité et source des choses, voire pensent qu'il ne l'est pas permis : et ne regardent point plus loin que là où ils se trouvent ; pensent que partout est ainsi, ou doibt estre; que si c'est autrement, ils faillent et sont barbares. Ils s'asservissent aux opinions et loix municipales du lieu où ils se trouvent deslors qu'ils sont esclos , non-seulement par observance et usage, ce que tous doibvent faire, mais encore de cueur et d'ame , et pensent que ce que l'on croit en leur village est la vraye touche de vérité ( cecy ne s'entend de la vérité divine révélée, ny de religion),
** Nés.
2 Aristote , dans le premier chapitre du livre premier de sa Politique , cherche aussi à prouver que les hommes ne sont point naturellement égaux ; que les uns naissent pour l'esclavage et les autres pour la domination. Locke et J.-J. Rousseau ont réfuté son système.