‹ De la sagesseChapitre 206 sur 280 · LIVRE I, CHAPITRE XLV · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XLV

estage ressemblent à l'ether et plus haute région voisine du ciel, sereine, claire, nette et paisible. Cette différence d'hommes vient en partie du naturel , de la première composition et tempérament du cerveau, qui est différent , humide , chaud , sec, et par plusieurs degrés; dont les esprits et jugemens sont ou forts, solides, courageux, ou foibles, craintifs, plats : en partie de l'instruction et discipline ; aussi de l'expérience et hantise*6 du monde, qui sert fort à se desniaiser et mettre son esprit hors de page. Au reste , il se trouve de toutes ces trois sortes de gens , soubs toute robe , forme et condition , et des bons et des mauvais , mais bien diversement.

L'on faict encores une autre distinction d'esprits et suffisances , car les uns se font voye eux-mesmes et ouverture, se conduisent seuls. Ceux-cy sont heureux de la plus haute taille, et bien rares ; les autres ontbesoing d'aide, mais ils sont encore doubles; car les uns n'ont besoing que d'estre esclairés ; c'est assez qu'il y aye un guide et un flambeau qui marche devant , ils suyvront volontiers et bien aisément. Les autres veulent estre tirés , ont besoing de compulsoire , et que l'on les prenne par la main. Je laisse ceux qui par grande faiblesse , comme ceux de la plus basse marche, ou par malignité de nature, comme il y en a en la moyenne , qui ne sont bons à suyvre , ny ne se laissent tirer et conduire , gens désespérés.

*c Et fréquentation.

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