LIVRE I, CHAPITRE XLVI1I. 35g
loups, desquels la race est si fertile en la production de leurs petits, jusques au nombre de douze ou treize, et surpassant de beaucoup les autres animaux utiles , desquels on tue si grand nombre tous les jours, et si peu de loups ; et toutesfois c'est la plus stérile de toutes. Ce qui vient de ce que de si grand nombre il y a une seule femelle qui le plus souvent profite peu , et ne porte point , estouffée par la multitude des masles concurrens et affamés, la plus grande partie desquels meurt sans produire à faute de femelles. Aussi voit-on. combien la polygamie profite à la multiplication parmi les nations qui la reçoivent, Juifs, Mahumetans, et autres Barbares , qui font des amas de trois à quatre cents mille combattans. Au contraire le christianisme tient plusieurs personnes attachées ensemble , l'une des parties estant stérile, quelquesfois toutes les deux ; lesquels colloques avec d'autres, l'un et l'autre laisseroit grande postérité : mais au mieux toute sa fertilité consiste en la production d'une seule femme. Finalement reprochent que cette restriction chrestienne produict des desbauches et adultères. Mais à tout, cela on respond que le christianisme ne considère pas le mariage par des raisons purement humaines , naturelles , temporelles ; mais le regarde d'un autre visage , et a ses raisons plus hautes et nobles , comme il a esté dict : joinct que l'expérience monstre en la pluspart des mariages que la contraincte sert à l'amitié, principalement aux âmes simples et débonnaires,
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qui s'accommodent facilement où ils se trouvent attachée. Et quant aux desbauches, elles viennent du desreiglemcnt des mœurs qu'aucune liberté n'arreste. Et de faict les adultères se trouvent en la polygamie et répudiation, tesmoin chez les Juifs, et David, qui ne s'en garda, pour tant de femmes qu'il eust; et au contraire ont esté long-temps incognus en des polices bien reiglées, où n'y avoit polygamie ny répudiation ; tesmoin Sparte et Piome long-temps après sa fondation. Il ne s'en faut donc pas prendre à la religion qui n'enseigne que toute netteté et continence.
La liberté de la polygamie, qui semble aucunement*24 naturelle25, se porte diversement selon les diverses nations et polices. Aux unes toutes les femmes à un mary vivent en commun, et sont en pareil degré et rang , et leurs enfans de mesme : ailleurs il y en a une qui est la principale et comme maistresse , et les enfans héritent aux biens, honneurs et titre du mary ; les autres femmes sont tenues à part , et portent en aucuns lieux titre de femmes légitimes, et ailleurs sont concubines, et leurs enfans pensionnaires seulement.
L'usage de la répudiation de mesme est différent ; car chez aucuns , comme Hébreux, Grecs, Arméniens , l'on n'exprime point la cause de la séparation , et n'est
*2/i En quelque sorte.
?5 y0yez Grotius, Droit de la Guerre. L. I, c. 2.