‹ De la sagesseChapitre 219 sur 280 · LIVRE I, CHAPITRE XLVIII · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XLVIII

mort, comme aux Piomains par la loy de Piomulus I] : et le mary pouvoit tuer sa femme en quatre cas, adultère, supposition denfans, fausses clefs , et avoir beu du vin'8. Aussi chez les Grecs, dict Folybe , et les anciens Gaulois , dict César19, la puissance maritale estoit sur la vie et la mort de la femme. Ailleurs, et là mesme depuis, cette puissance a este' modere'e : mais presque par-tout la puissance du mary et la subjection de la femme porte que le mary est maistre des actions et vœus de sa femme , la peust corriger de paroles et tenir aux ceps(la battre de coups2 "est indigne de femme d'honneur, dict la loy) , et la femme est tenue de tenir la condition, suyvre la qualité', le pays, la famille, le domicile et le rang du mary , doibt accompagner et suyvre le mary par-tout, en voyage , en exil , en prison, errant, vagabond, fugitif21. Les exemples sont beaux de-Suîpitîa suyvant son mary Lentulus, proscrit et relégué en Sicile ; AErithre'e , son mary Pha-

*7 Plutarque , in vita Romuli , attribue cette loi à Romulus, Poy. aussi Denys d'Halic. L, il.

18 Voici le texte de la loi rapportée par les jurisconsultes ■. temulentem. uxorem. maritus. necato.

!9 De Bello Gallico, L. vi , cap. 18, et Polyb. L. il.

30 Plutarque dit que Caton ne frappa jamais sa femme , tenant cela pour sacrilège. Plut. Vie de Caton le Censeur.

21 Bodin cite toutes les lois des jurisconsultes sur cette matière. Presque tout ce que dit ici Charron est tiré de cet auteur. F oyez sa République, L. I , c. 3.

laris banni ; Ipsicrates , femme du roy Mythridates , vaincu par Pompe'e , s'en allant et errant par le monde. Aucuns adjoustent à la guerre et aux provinces où le mary est envoyé avec charge publique. Et la femme ne peust estre en jugement, soit en demandant ou deffendant, sans l'authorité de son mary , ou du juge à son refus ; et ne peust appeller son mary en jugement sans permission du magistrat 22.

Le mariage ne se porte pas de mesme façon, et n'a pas mesmes loix et reigles par-tout : selon les diverses religions et nations il a ses reigles ou plus lasches et larges , ou plus estroictes : selon la chrestienté la plus estroicte de toutes, le mariage est fort subject et tenu de court. Il n'a que l'entrée libre ; sa durée est toute contraincte, dépendant d'ailleurs que de nostre vouloir. Les autres nations et religions, pour rendre le mariage plus aysé, libre et fertile, reçoivent et practiquent la polygamie et la répudiation , liberté de prendre et laisser femme , accusent la chrestienté d'avoir tollu*23 ces deux, et par ce moyen prejudicié à l'amitié et multiplication, fins principales du mariage ; d'autant que l'amitié est ennemie de toute contraincte , et se maintient mieux en une honneste liberté. Et la multiplication se faict par les femmes , comme nature nous monstre richement aux

** Tout ceci est, mot pour mot, dans Bodin , loc. citât, *a3 Enlevé, ôté. du latin tollcre.

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