‹ De la sagesseChapitre 223 sur 280 · LIVRE 1, CHAPITRE XLIX · texte numérisé non relu

LIVRE 1, CHAPITRE XLIX

Abraham. — Les Grecs. — Auguste- — Néron. — Fulvius. — Capius Tratius. — • Maulius Torquatus. — Loi de Moïse. — Constantin le Grand , Théodose , Justinien. — Les Juifs.

IL y a plusieurs sortes et degrés d'authorité et puissance humaine, publique et privée : mais il n'y en a point de pus naturelle ny plus grande que celle du père sur les enfans (je dis père , car la mère qui est subjecte à son mary, ne peust proprement avoir les enfans en sa puissance et subjection) ; mais elle n'a pas toujours ny en tous lieux esté pareille. Anciennement presque par-tout elle estoit absolue et universelle sur la vie, la mort, la liberté, les biens, l'honneur, les actions et deportemens des enfans, comme sont de plaider, se marier, acquérir biens; scavoir est chez les Romains1 par la loy expresse deRomulus:

*' Denys d'Halicarnasse dit que Romulus donna aux pères une puissance absolue sur leurs enfans , sans en limiter le tems ; qu'en vertu de ce pouvoir il leur était permis de les mettre en prison , de les faire battre de verges , de les charger de fers , de les envoyer travailler à la campagne , et même de les faire mourir. Voici la loi : in liberos suprema palrum auctoritas esto ; venunclare , occidere liceto. Il donna droit à un père de vendre son fils jusqu'à trois fois ; droit que les maîtres même n'avaient pas sur leurs esclaves. Un esclave qui avait été vendu une seule fois , s'il recouvrait sa liberté , n'était plus sujet à la servitude. Un fils, au contraire, ne devenait son maître qu'après avoir été vendu jusqu'à trois fois. Voici la

parenlum in lîberos omne jus esto relegandi, vendendi; occidendi~, exceptés seulement les enfans au-dessoubs trois ans, qui ne peuvent encores avoir mesdict ny mesfaict. Laquelle loy fust renouvellée depuis par la loy des douze tables , par laquelle estoit permis au père de vendre ses enfans jusques à trois fois ; chez les Perses, selon Aristote3; chez les anciens Gaulois, comme dict César et Prosper /f; chez les Moscovites et Tartares, qui peuvent les vendre jusques à la quatriesme fois. Et semble qu'en la loy de nature cette puissance aye esté par le faict d'Abraham voulant tuer son fils. Car si cela eust esté contre le debvoir, et hors la puissance du père , il n'y eust jamais consenti,

loi : si paler fîlium ter venumduit , filius a pâtre liber esto. Tant que Rome fut gouvernée par les rois , cette loi fut soigneusement observée comme un des plus beaux règlcmens qui eussent été faits. Après qu'on eût aboli la monarchie , les decemvirs qui furent chargés alors de ramasser et d'écrire les lois, mirent celles ci au rang des autres; et elle se trouva la quatrième de celles qu'on appelle des douze tables. V. Beftys d'Halic. L. Il , c. 26. — L'auteur de l'Histoire de la Jurisprudence romaine fait , au sujet de ce droit de vente attribué aux pères , des observations qu'il faut lire. Voy. Histoire de la Jurisprudence romaine. Part. I , §. 7.

2 « Que les pères aient tout droit sur leurs enfans , de les bannir, de les vendre , de les tuer ». L. in suis, Digest. de lib. et poslh.

3 Ethic. Nicom. L. vm, c. 12.

4 César, de Bello Gallico. c. 18. Prosper. AquUan..z>x epist. Sigism.

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