‹ De la sagesseChapitre 224 sur 280 · LIVRE I, CHAPITRE XLIX · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XLIX

et n'eust jamais pensé que ce fust este' Dieu celuy qui le luy mandoit , s'il eust esté contre la nature : et puis nous voyons qu'Isaac 5 n'y a point résisté , ny allégué son innocence , sçachant que cela estoit en la puissance du père. Ce qui ne desroge aucunement à la grandeur de la foy d'Abraham ; car il ne voulut sacrifier son fils en vertu de son droict ou puissance, ny pour aucun démérite d'Isaac , mais purement pour obéir au commandement de Dieu. En la loy de Moyse de mesme, sauf quelque modification. Voylà quelle a esté cette puissance anciennement en la pluspart du monde , et qui a duré jusques aux empereurs romains. Chez les Grecs elle n'a pas esté si grande et absolue, ny aux AEgyptiens : toutesfois s'il advenoit que le père eust tué son fils à tort et sans cause , il n'estoit point puny , sinon d'estre enfermé trois jours près du corps mort 6.

Or les raisons et fruicts d'une si grande et absolue puissance des pères sur leurs enfans, très bonne7 pour la culture des bonnes mœurs, chasser les vices, et pour le bien public , estoient premièrement de contenir les enfans en crainte et en debvoir : puis à cause

5 Gen. cli. xxn, v. 9 et 10.

6 Voyez Diodore de Sicile, L. I , sect. il , c. 27.

7 Je ne sais pas, dit l'auteur de l'Analyse de la Sagesse, comment on pourrait regretter l'abolition d'une semblable loi. Elle pourrait bien être une ressource pour les pères qui y suppléent par le cloître ; mais cette idée fait frémir.

qu'il y a plusieurs fautes grandes des enfans qui demeureraient impunies, au grand préjudice du public, si la cognoissjance et punition n'estoit qu'en la main de l'authorité publique, soit pource qu'elles sont domestiques et secrettes , outre qu'il n'y a point de partie et poursuivant. Car les parens qui le sçavent et y sont plus interesse's , ne les descrieront pas , outre qu'il y a plusieurs vices , desbauclies , insolences , qui ne se punissent jamais par justice. Joinct qu'il survienne plusieurs choses à desmesler, et plusieurs différends entre les parens et enfans, les frères et sœurs, pour les biens ou autres choses , qu'il n'est pas beau de publier, qui sont assoupies et esteinctes par cette âuthorite paternelle. Et la loy n'a point pensé que le père abusast de cette puissance , à cause de l'amour tant grande qu'il porte naturellement à ses enfans 8, incompatible avec la cruauté ; qui est cause qu'au lieu de les punir à la rigueur, ils intercèdent plustost pour eux quand ils sont en justice, et n'ont plus grand tourment que voir leurs enfans en peine ; et bien peu ou point s'en est-il trouvé qui se soit servi de cette puissance sans très grande occasion, tellement que c'estoit plustost un espouvantail aux enfans , et très utile , qu'une rigueur de faict.

Or cette puissance paternelle , comme trop aspre

8 Ce sont les expressions même de Bodin , L. I. — Voyez, au reste , dans le code , la loi Cumfuriosus.

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