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CHAPITRE LI

De V estât , souveraineté , souverains.

Sommaire. — Définition et nécessité du gouvernement. — Définition de la souveraineté ; ses propriétés distinctives. « — Des mœurs des souverains. — De leurs misères et contrariétés dans l'exercice de la souveraineté. Combien leur condition est désavantageuse , par rapport aux plaisirs

et aux actions de la vie, à leurs mariages , aux exercices de l'esprit et du corps , à la liberté daller et voyager , à la privation de toute amitié et société mutuelle , à leur ignorance des choses , et aux choix des personnes qui les entourent , à l'usage de leur volonté. Leur fin souvent déplorable.

Exemples : Auguste , Marc-Aurèle , Pertinax , Dioclétien et les douze premiers Césars. — Cyrus. — Vespasien. — Pompée, César. — Marie, reine d'Ecosse, Henri III. *

APRÈS la puissance privée , faut venir à la publique de Testât. L'estat, c'est à dire la domination, ou bien l'ordre certain en commandant et obéissant, est l'appuy , le ciment , et l'ame des choses humaines : c'est îe lien de la socie'té, qui ne pourroit autrement subsister; c'est l'esprit vital qui faict respirer tant de milliers d'hommes, et toute la nature des choses1.

Or, nonobstant que ce soit le soustien de tout, si est-ce chose mal asseure'e, très difficile, subjecte à changemens : arduum et subjectum fortunae cuncta regendi onus 2, qui décline et quelquesfois tresbuche par des causes occultes et incognues, et tout en un coup

* Ce chapitre est le quarante-cinquième de la i'e. édition.

* Charron dit ici de l'état ce que Sénèque dit du prince : Me est enim vinculurn per quod resp. cohœret s Me spiritus vitalis queni hœc lot millia trahunt , nihil ipsa per se Jittura , nisi onus et prœda , si mens Ma imperii subtrahatur. Senec. de Clément. L. I , c. 4-

a « C'est un lourd fardeau que le gouvernement; celui

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